LES ÉVÊQUES RÉUNIS
son action, on sait montrer plus de dignité. C'est avec calme que les Parisiens retrouvent le chemin des églises, empressés à remplir leurs devoirs envers Dieu, et aussi à réparer leurs fautes. Les fêtes de Pâques de 1795 se célébrèrent avec une joyeuse solennité. Sans doute les églises improvisées ne déployèrent pas de pompes bien luxueuses : dans les chapelles dévastées, il fallait se contenter d'ornements de rencontre ; des bouts de tapisserie cachaient les lambris défoncés ; l'autel était une table en bois blanc ; les calices étaient d'étain, les ostensoirs de bois doré^ mais quel enthousiasme animait ces chrétiens qui, sortant des ténèbres de la persécution, entonnaient Valleluia de Jésus ressuscité !
Cest pourtant le moment où la paix qu'on croyait retrouvée allait de nouveau être compromise par de longues et douloureuses compétitions, soulevées par les tenants de l'église constitutionnelle.
Nous savons déjà que pendant l'hiver 1794-1795, Grégoire avait groupé autour de lui quatre de ses collègues : Royer, de l'Ain, et Saurine, des Landes, tous deux députés à la Convention, Gratien. métropolitain <le Rouen, récemment sorti de prison après une capti-
I. Voici à ce sujet un avis paru dans les Annales de la Religion du 18 julUet 1795(1. I. p. 228) : «Nous apprenons... que lous les jours il résulte des inconvénients graves de l'usage des calices de verre. Ce n*est pas sans raison que les canons les ont défendus. Nous ne pouvons trop inviter les prêtres ou les paroisses à se procurer des vases qui au moins soient d*étain^ dont la couimî et la patène soient dorées. Cette dépense ne peut pas dire "« objet de 5o à 60 livres, et deviendroit moins considcrablo (V^^ ^-^"^^^ des vases de verre. »
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vite rendue plus cruelle par son âge et ses infirmités, et enfin, Eléonor Desbois de Rochefort, évêque de la Somme, qui, mal vu par les insermentés, jugé trop tiède par les jureurs, suspect aux jacobins, avait qW incarcéré sur la dénonciation de ses propres vicaires, pour avoir rappelé les lois de l'Église concernant le divorce et le célibat ecclésiastique ; peu disposé à retourner dans un diocèse d'où il n'avait rapporté que de mauvais souvenirs, il s'était fixé à Paris, où il avait été curé avant la Révolution, et où il comptait de nombreux amis; il jouissait d'une fortune assez considérable qui n'avait pas été confisquée et dont il ne demandait qu'à faire profiter une cause à laquelle il était resté malgré tout profondément attaché. Les cinq prélats constituèrent ce fameux conseil qui se désignait lui-même sous une appellation amphibologique : les âvcqaes réunis.
Réunis par qui, dira-t-on ? Quel pouvoir supérieur avait créé ce rouage ecclésiastique non prévu par le< canons et dont il n'était pas question dans la Constitution civile ? Dans les circonstances difficiles où se trouvait l'Eglise de France, le Pape aurait pu, s'il l'avait voulu, déléguer quatre ou cinq évêques pour exercer en son nom des pouvoirs extraordinaires. Mai> ce n'était pas le Pape qui avait choisi les « Réunis »> : ils prolestaient sans doute de leur respect pour la pt»rsonne de celui qu'ils appelaient l'évéque de Rome, mais ils étaient trop bons gallicans pour aller lui demander une délégation que. suivant eux, il n'avait pas le droit do donner, et que du reste ils n'auraient pas acceptée.