‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 242 sur 364 · LES RÉTRACTÉS · texte numérisé non relu

LES RÉTRACTÉS

affaires de leur for intérieur. En tôte signa M. Girard, •qui donna sa démission de membre du Presbytère, puis MM. Roussineau, de Saint-Germain-des-Prés ; Duchesne, de Saint- Victor ; CoroUer, de Saint-Louis- -cn-l'Ile; peu après MM. Garât, du Gros-Caillou, Antheaume, de Saint-Jacques-du-Haut-Pas et Besson, de Saint-Leu ; et à la suite s'ajoutèrent successivement Hoo noms^ De ce chef, le nombre des constitutionnels se trouva réduit d'une grande moitié, mais pendant que les rétractés formaient avec les insermentés un groupe parfaitement homogène, ceux qui demeuraient en dehors de l'unité n'en étaient pas moins divises et subdivisés en groupes ri\aux.

Toutefois, malgré les discordes et les méfiances, il > eut un jour où les « Réunis » et le Presbytère parurent avoir oublié toutes leurs divisions, ce fut celui où fut rouverte au culte l'ancienne église paroissiale deSaint- Médard.

La loi de ventôse défendait aux communes de melln^ à la disposition du clergé les églises qui appartenaient à l'État. Nous savons qu'en province cette disposition fut éludée par un très grand nombre de municipalités: à Paris, c'était beaucoup plus difficile. Quand eut été votée la loi de liberté, les habitants de Belleville s'étaient rendus en grand nombre à l'église de leur village, « afin de remercier Dieu de cette mesure, d'in-

I. Ce rejçistre, conserv' à l'archevêché de Paris, a été vu vl utilisé par Picot pour la rédaction de ses Mémoires ; au t. VH. p. 43 j, il en donne la description et l'analyse. Comme tant d'autres pièces importantes, ce registre a disparu en i83i, lors du pillage du palais archiépiscopal.

REOUVERTURE DE SAINT-MEDARD 3O7

(1 Yoquer l'appui du Très-Saint en faveur de la Répu- « bliqueet de lui recommander les mehibres d(^ la Gon- « vention, auteurs de celte loi bienfaisante». Ils furent fort surpris en trouvant fermées les portes dv loglise, et plus encore quand l'agent municipal refus;», la loi à la main, de les leur ouvrir. 11 y avait pour les iionnêtes cultivateurs qui formaient alors la population <lo Belleville, une contradiction inexplicable : le culte libre, cl le lieu de culte interdit. Le ao ventôse ils einoNèrent une députation à la Convention pour demander !a réouverture de leur temple. La députation fut rerue avec bienveillance, écoutée avec attention, puis on r\|)liqua aux pétitionnaires que la loi était formelle, que (<• qu'ils demandaient était illégal, et l'Assemblée passa ii l'ordre du jour *.

Deux mois après, les évêques « réunis » nmn lièrent moins de timidité, et pour des gens qui poussaient le respect de la Loi jusqu'au scrupule, c'est une tl/ marche bien significative. Sans avoir ni acheté, ni loué, ni obtenu gracieusement de l'administration l'iVrlise de Saint-Médard, ils s'y installèrent sans autre titre que celui qu'ils trouvaient dans l'assentiment de 1 Opinion publique et l'évidente absurdité de la loi.

Le 27 avril (9 floréal) Royer procéda à la réconciliation rituelle de l'édifice, et trois jours aj)rès, le r' mai 1795, la réouverture se fit en grande pompe : àSaurî ne chanta la grand'messe, Royer prêcha, en présence de Grégoire et de Desbois; le Presbytère était là

i.^Séance de la Convention du 20 ventôse. Compte romlu dan» le Courrier de V Egalité, du 21.

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au grand complet, sauf Girard qui était à la veille de se rétracter ; tous les autres signèrent le procès verbal à la suite des évoques. Royer ouvrit de sa main le registre des baptêmes et remplit pendant quelque temps les fonctions curiales ; deux mois après, Augustin Bailliet fut chargé du gouvernement de la paroisse *. Si la loi de ventôse fut ainsi publiquement violée, c'est que deux mois s'étaient écoulés depuis sa promulgation et que de toutes les parties de la France on en réclamait la révision. Lanjuinais. revenant de Bretagne, fit à la Convention un discours où il montra que la pacification religieuse ne serait accomplie que le jour où les églises seraient rendues à leur destination 2. Cette opinion fut énergiquement soutenue par les députés qui se groupaient autour de Grégoire : les constitutionnels, nous l'avons vu, étaient ceux qui souffraient le plus des restrictions portées par la loi de ventôse, pendant que les catholiques insermentés s'arrangeaient des chapelles où ils s'étaient retirés en 1791 et où ils n'avaient cessé de se réunir plus ou moins ouverle-

I. Uegisirc du presbytère. Séance 'du 1" mai. — Annales de ht Religion, t. 1, p. kS. — Dans les mêmes Annales : La Fête-Dieu à Saint-Médard, pp. 162-1O4.

a. « Je viens, dit Lanjuinais, au nom des comités réunis, pour présenter un projet de décret qu'ils méditent depuis plusieurs décades, cl qu'il est urgent d'adopter pour assurer et faciliter la liberté des cuites, comprimée par des décisions arbitraires, par l'exagération et par le défaut de lois précises. Les autorité*^ constituées continuent le système persécuteur des Hébert et des Chau mette. Il est à remarquer que, dans les département de l'Ouest. la révolte a toujours éclaté là où Ta théisme a exercé le plus do ravages. La justice, la raison, le 'vœu public, d'accord avec la politique, sollicitent l'ouverture des églises... »

LOI DU n PILVIRIAL AN lU a09

ment, sauf pendant la période de persécution aiguë ; les constitutionnels au contraire, en perdant le concours du pouvoir, avaient tout perdu ; ij leur fallait s*organiser par leurs propres ressources, et ils donnaient à entendre que dans l'état d'infériorité (ils auraient pu dire : d'égalité) où la loi les mettait, ils ne seraient pas en mesure de contrebalancer l'influence de ceux qu'ils affectaient d'appeler « les prêtres royalistes ». Pour ces deux raisons, la motion de Lanjuinais fut acceptée par la majorité de la Convention, convertie en projet de loi et votée le 1 1 prairial (3o mai 1795) ^.

Dans l'article premier, il était dit : « Les citoyens des « communes de la République auront provisoirement le « libre usage des édifices non aliénés destinés originai- « rement à l'exercice d'un ou de plusieurs cultes, et « dont elles étaient en possession au premier jour de (( l'an II de la République. Ils pourront s'en servir (( sous la surveillance des autorités constituées, tant M pour les assemblées ordonnées par la loi, que pour « l'exercice du culte.

« Article IL — Ces édifices seront remis à Tusage « des citoyens dans l'état où ils se trouveront, à la « charge de les entretenir et réparer ainsi qu'ils « verront, sans aucune contribution forcée. »

Le texte était formel : il n'était pas dit : « les citoyens « pourront avoir », ni « les édifices pourront être re- (( mis... ». oc mais les citoyens auront... », « les édifices « seront remis... » Comme consécpience de l'article II,

I. Bulletin des lois i5o, n* 878. — Le rapport de Lanjuinais^ a été iniblié dans les Annales de la HeWjion.

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des responsabilités sont engagées : les charges d'entretien et de réparation sont lourdes, surtout quand il s'agit d'églises monumentales. Pendant la Terreur, on avait enlevé les cloches, les ferrures et jusqu'au plomb des cercueils. Les tableaux, statues et tout ce qui présentait un caractère artistique avait été détruit ou transporté dans les musées (à Paris, au dépôt que •Lenoir formait dans l'ancien couvent des Petits-Augustins). Les boiseries avaient été arrachées ou brûlées, les autels renversés, les dallages brisés, les toitures, surtout celles de plomb, ravagées, et le défaut d'entretien avait causé des dégâts qui compromettaient la solidité même des édifices. Il y avait donc de grosses responsabilités à endosser, et, avant de procéder à la remise des églises, les municipalités avaient à s'enquérir de la solvabilité des personnes qui les revendiquaient. Les règlements publiés pour la mise en pratique de la loi autorisèrent donc la création d'associations de fait, à la requête desquelles les églises étaient remises, pounu que les garanties nécessaires fussent fournies, et ces associations se trouvèrent en môme temps qualifiées pour répondre des consé- (juences pénales que pouvait entraîner l'inobservation des prescriptions de la loi de ventôse, restée en vigueur, notamment contre la publicité qui aurait pu être donnée au culte. Il fallut donc un véritable courage civique aux bons chrétiens qui acceptèrent de représenter les intérêts de l'Eglise auprès des municipalités, et cependant on en trouva partout.

L'article V de la loi du 1 1 prairial concernait les ministres du culte : « Nul ne pourra remplir le ministère

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