‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 29 sur 364 · V. (le Juigné àmigrc · texte numérisé non relu

V. (le Juigné àmigrc

M. de Juigné ne refusa pas, mais il demanda des passeports, le 1 5 octobre, a la dernière réunion tenue à \ ersailles, et il partit pour \i\-les-Bains, où il avait besoin, disait-il, d'aller rétablir sa santé. Sa retraite coïncida avec une véritable désertion des bancs de la droite ; plus de 3oo députés de la noblesse et du clergé demandèrent des congés et cessèrent de prendre part aux travaux de l'Assemblée.

Quelle était la véritable cause de ce départ inopiné, qui ouvre pour l'épiscopat la trop longue liste de l'émigration ? Je ne pense pas qu'il y ait à la chercher long-

I. Ce inanr^o, consiniit sur la Terrasse des FeuUlants, einiroii a la haiiUMir de la rue du qq Juillet, étaU un bâtiment lon^ et étroit, dont le seul avantap^e était la proximité des Tuileries. A cause de sa forme, les députés y étaient assis sur plusieurs ranjfées parallèles et se faisant face. C'était une conslruction lépTe. où il faisait en hiver un froid que n*arri>ai(>nt pas à conjurer les poêles |)crfectionnés qu'on y installa. Deux ans api-ès la Convention s'établit aux Tuileries.

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temps. C'est qu'à Paris, la vie de rarchevéque n'étail pas en sûreté. Nous avons vu qu'à Versailles même, il avait couru quelques périls. Depuis quatre mois, le diapason des passions démagogiques avait considérablemenl monté ; mettre les gens « à la lanterne » était devenu une locution familière et une pratique assez usitée. Réveillon, Flesselles, Berlier, Foulon avaient été immolés sans qu'aucune tentative sérieuse de répression fût venue entraver ce qu'on appelait « la justice du peuple ^ ». Les amis do M. de Juigné tremblaient pour ses jours et, parmi ses ennemis, beaucoup pensaient qu'un assassinat d'archevêque était im gros morceau capable d'arrêter pour un temps la marche de la Révolution. Les supplications des uns, les avis secrets des autres lui conseillaient un éloignement temporaire. D'autre part l'injustice des accusations qui se multipliaient contre lui, l'avait non pas désaflectionné, mais découragé, puisqu'on donnait à chacun de ses actes une interprétation odieuse. Tout ce qu'il était contraint d'approuver, les promiscuités qu'il lui

1. n y (Mil lïicn «les poursuites commencées à l'occasion de ([uelques-uns des assassinats ; on commença aussi un procès qui devait établir les responsabilités des crimes commis dans les journées d'octobre, mais ces procédures n'eurent d'autre effet que de rendre populaires ceux qui en étaient l'objet. Les Hévolutions de Paris ouvrirent une souscription pour Reine Audu, une des héroïnes des journées de Versailles ; en même temps commençait une campagne en faveur de quarante soldats du régiment suisse de Châleauvieux, condamnés aux galères pour avoir tiré sur leurs ofïlciers à \ancy. et on faisait un martyr d'un jeune homme qui avait trouvé la mort dans cette échauffourée. Par ces divers moyens, on entretenait et on développait l'esprit de rébellion, et on donnait à ceux qui seraient tentf's de s'insurger l'a'isiirance ([u'ils seraient non pas punis, mais glorifiés.

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Mdiit subir, soulevaient de dégoût son âme arislocraiiiine : enfin, il n'avait pas la trempe de caractère des \'îrpetdes Oarboy.

\ près tout, s'il était apparu à M. de Juigné que sa ii'Tt pouvait servir l'Eglise ou le Roi, il aurait su, "inme son père, mourir en gentilhomme, mais à l'ioi sa mort avirait-elle mené? N'était-ce pas mieux '1 •pargner a ses concitoyens un crime aussi odieux ju inutile ? Ne valait-il pas mieux attendre des jours nK-illours, où il reparaîtrait, les mains pleines de bien- ■liN et le C4T»ur débordant de pardons?

il gairna rapidement la Savoie, où beaucoup de

I blés l'avaient précédé, et où de nombreux évéques

II allaient pas tarder à le rejoindre. Faut-il dire qu'il r»^Tf»tta bientôt son exil? Dès 1790, le i4 avril, il écrit \'i président de rAssemblée pour lui annoncer qu'il va

ntipr, et qu'il est disposé à prêter le serment civique ^\i^«'- des députés *. Mais d'autres influences pesèrent ^iri^ doute sur son irrésolution, et il ne revint pas. Il iiit au contraire s'éloigner, en 179**, lors de l'entrée '1 > Français en Savoie ; il se retira à Constance, mais un jour vint 011 Constance même ne fut plus pour lui «Hi refuge assuré, et, s'enfonçant en Mlemagne, il alla ^' fixer à Augsbourg.

U avait daté de Chambéry plusieurs mandements et l' tires, et notamment sa protestation contre la loi du ^•nnont constitutionnel 2 et contre l'élection de l'in-

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