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les fonctions du saint ministère*. M. Pierre de la Tour avait été prieur des Augustins de la place des Victoires ; il était du petit nombre des religieux de celle maison qui n'embrassèrent pas les idées de la Révolution. — M. Bataille avait aussi reçu Nicolas Desandrouins, qui avait prêté serment à Saint-Euslache, où il était diacre d'office, et qui, rétracté, se joignit au clergé insermenté de Saint-Louis-d'Antin. M. DesaDdrouins mourut le ai vendémiaire an IV (12 octobre 1796), à l'âge de 70 ans.
Le clergé de cette église s'était donc très nettement prononcé dans le sens anti-constitutionnel ; c'est ce qui expliquera les rudes persécutions qui vont commencer pour lui après le 18 fructidor.
Chaillot. — Nous avons vu que M. Bénière, curé assermenté de Chaillot, fut guillotiné pendant la Terreur. Des six prêtres qui travaillaient sous ses ordres, cinq ont disparu en 1795. Le seul qui n'ait pas abandonné son état était un tout jeune prêtre de 27 ans, Nicolas Lenganey, qui était chargé sous M. Bénière de la direction des enfants de chœur de la paroisse.
Le joli village de Chaillot, placé sur les coteaux qui dominaient la Seine, était surtout habité par des jardiniers et des blanchisseusea, gens de mœurs simples et d'habitudes chrétiennes, que la Révolution n'avait touchés que superficiellement ; d'assez nombreuses mai-
I. En 1803, M. Lccicrc du Bradin fut nommé curé de Sainte» Vaière, d'où il passa en 1808 à la cure de Saint-Etiennc-du-Mont D'une charité inépuisable, il mourut le 9 août 181 5, sans laisser de quoi payer son enterrement.
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sons de campagne recevaient pendant la belle saison des familles bourgeoises, et, en dehors de quelques parvenus, récemment enrichis par les spéculations, on y trouvait de solides chrétiens, décidés à rétablir les usages religieux interrompus pendant le règne des Jacobins.
L'abbé Lenganey était bien jeune pour prendre le gouvernement de la paroisse ; mais, depuis quelques mois, im prêtre plus âgé exerçait dans le quartier : c'était Charles-François Magnelin, qui, né en 1780, avait été près de quarante ans vicaire à Saint-Hippolyte, paroisse de la rive gauche, où, par une exception honorable, pas un ecclésiastique n'avait prêté le serment de 1791 ^ Arrêté en août 179a et conduit àSaint- Firmin, M. Magnelin avait pu se soustraire aux massacres et s'était remis à son ministère, mais, connu comme il l'était dans le faubourg Saint-Marceau, il avait cru devoir changer de domicile et c'était dans le village de Chaillot qu'il s'était établi pendant la Terreur. En 1 795, il trouva moyen de louer la chapelle abandonnée par les religieuses de Sainte-Périne, située rue de Chaillot^ à l'endroit où passe aujourd'hui l'avenue Marceau. Il ouvrit un oratoire privé, puis, après la loi de ventôse, admit les fidèles au culte public ; l'abbé Lenganey lui servait de vicaire. Six mois après, les deux prêtres obtinrent la jouissance de l'ancienne église paroissiale, et au printemps le service religieux était solidement reconstitué. Ce n'est qu'au mois d'oo-
1. Uabbé Jean Gaston, Une paroisse parisienne avant la FéuoUUioru — Saini-Hippolyte. Ch. xiii.
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tobre 1796 que commencèrent pour M. Magnelin de longues et douloureuses épreuves que nous aurons à étudier dans la suite de cette histoire ^
II" Arrondissement, — Saint-Roch. — L'églisf paroissiale du deuxième arrondissement était Saînt- Roch. Le curé légitime, M. Claude-Marie Marduel. avait succédé en 1787 à son oncle, Jean Marduel, qui avait lui-môme gouverné cette paroisse pendant 38 ans. Très estimé de son clergé, il avait sur lui une grande influence et de 56 prêtres employés sous ses ordres. 8 seulement avaient prêté serment en 1791. Son premier vicaire, M. Monsaint et 3 autres de ses collaboniieurs, MM. Le Danois, Barret et Guilleminet, avaient péri lors des massacres de septembre, et lui-même, traqué par la police, avait fini par s'enfuir en Suisse à la fin de 1792 ou au commencement de 1795. En tout cas, son absence ne fut pas de longue durée, car dès avant la fin de la Terreur, on le retrouve à son poste 2.
I. En 1803, M. Magnelin sera nommé curé de Ncutlly, mais usé par de pénibles travaux, il dut donner sa démission en iS<)t'> et mourut en 181 1, à 81 ans (F»» 933).
Qnant à M. Longancy, il fut nommé en i8oa, curé de Challlot et mourut en 180G âgé seulement de /io ans.
3. On a raconté que les hasards de Texil poussèrent M. Marduel jusqu'en Amérique et des histoires assez invraisemblables circulaient à ce propos sous la Restauration ; mais rien ne me paraît sérieux dans ce roman auquel seuls ont pu croire les esprits prévenus, et que colportaient les ennemis trop nombreux que M. Marduel s'était fait par son caractère inflexible et une cctiaine rudesse qui empêchait quelquefois d'apprécier toute sa bonté.
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Sur les 8 prêtres qui avaient juré, presque tous quittèrent la paroisse; François Sibire fut élu curé de la nouvelle paroisse de Saint-François, au Marais ; — Claude Fauchet alla comme évêque dans le département du Calvados * ; Juste Poullard aurait bien souliaité d'être élu évéque; il dut se contenter provisoirement du poste de vicaire épiscopal de l'Orne ; après avoir abdiqué ses fonctions en 1794» il rentra à Paris et fut eu ré constitutionnel d' Aubervillers ; puis, malgré ses fâcheux antécédents, trouvera moyen de devenir évoque de Saône-et-Loire quelques mois avant le Concordat. Nous aurons l'occasion de reparler de lui 2.
C'est parmi ceux qui restaient que fut élu le nouveau curé, Louis- Alexandre Legrand, et c'est un autre prêtre de la paroisse, Jean Gravier, qui fut premier vicaire. Autour d'eux se constitua un clergé d'environ a5 prêtres, qui, pour la plupart, étaient d'anciens religieux. Nous avons eu l'occasion de raconter les destinées tragiques de l'église SaintrRoch et de son curé assermenté en 17932 et en 1794*, et nous savons quelles furent les faiblesses honteuses du clergé jureur. Kn 1795, il n'en restait rien et le curé lui-même, découragé et déshonoré, refusait de reprendre aucun service.
M. Marduel avait donc le champ libre, et, quand il fît une demande pour rentrer en possession de l'église,
I. L'abbé J. Charrier, Claude Fauchet, évéque constitutionnel du CalvadoSt a vol, Paris, 1909.