Saint-Germain et Saint-Gcrvais
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l(Miienl réptirtie : le centre présentait une accumulation de hautes maisons, entre lesquelles des rues étroites semblaient avoir de la peine à se faufiler en faisant mille détours. Le développement de la ville vers l'ouest avait amené la création de quartiers nouveaux, percés do voies plus larges et mieux aérées ; mais les hôtels aristocratiques et les établissements religieux y occupaient de vastes espaces, et l'ouvrier, même le bourgeois parisien, répugnaient à quitter la paroisse qui les a>ait vus naître et où ils étaient retenus par la longue accoutumance des traditions de famille. Aussi, peu de maisons s'étaient-elles construites pour loger des gens de condition moyenne ou modeste; la butte des Moulins et la rue Richelieu représentaient alors ce que sont pour nous les quartiers qui environnent l'Arc-de- Trioniphe ou le Trocadéro. Plus loin encore s'étendaient d'interminables solitudes, avec des hôtels (?pars ou de grands domaines, comme celui de Mousseaux, aujourd'hui parc Monceau.
Les faubourgs Saint-Honoré, Montmarlre, Saint- Denis, Saint-Martin, Saint-Marceau et Saint-Jacques n'étaient formés que d'une seule artère, la route qui conduisait hors de la ville, et on peut voir encore, avec un peu d'attention, dans ces rues, maintenant bordées d'immenses maisons modernes, quelques bâtiments à un seul étage couronné de mansardes antiques, dernier vestige de ce que furent les faubourgs de Paris à la fin du xvm" siècle. On doit, pour se faire une idée plus exacte de ce que pouvaient être alors nos faubourgs, s'en aller à quelques lieues de Paris, là où les villages î^e composent d'une unique rangée de maisons qui fait
face à la route, pendant que par derrière s'étendent les jardins et les champs. Seul le faubourg Saint-Antoine s'était beaucoup développé afin de donner un abri aux ouvriers attirés par la multiplication des manufactures. Ainsi, pour me résumer, il \ avait une population extrêmement dense dans la partie centrale, et très clairsemée quand on sortait du polygone formé par le quartier des Halles, la rue Montmartre, les boulevards, la Bastille et l'Arsenal, sur la rive droite, et sur la rive gauche, par la montagne Sainte-Geneviève et le faubourg Saint-Germain. On comprend que la répartition des églises paroissiales ait été influencée par ces groupements inégaux.
Les églises paroissiales.
Pour répondre aux besoins religieux de 600.000 Parisiens, il y avait, en 1789, cinquante-deux églises paroissiales. On en comptait dix dans la Cité, une dans l'île Saint-Louis, sei/.e dans la ville proprement dite, neuf dans l'Lniversité et seize dans les faubourgs.
Sur les dix églises paroissiales de la Cité, neuf ont cxmiplètement disparu ; supprimées en 1791, elles ont été transformées en logements, ateliers ou magasins et démolies : Sainte-Madeleine en 179^, Saint-Germain-le- \ ieil en 1790, Sainte-Croix en 1797, Saiut-I^ierre-des- Arcis en 181-^. Saint-Landry en 1839, Saint-Pierre-aux- Bœufs en 18^7 * et Sainte-Marine en 18O7. Elles s'éle-
I. l/ors do la (lèinolilioii, la Mlh* dv Paris acheta le portail dv Saint-Pierro-aiix-HuMifs pour l'applitiuer sur rniio «les façade* de Sainl-Sévepin.
\ aient toulos dans le périinèlro circonscrit par la rue (l*Arcole, le boulevard du Palais et les deux rives de la Seine ; c'est sur leur emplacement qu'on a construit le nouvel Kolel-Dieu et le Tribunal de Commerce. Sainl- Bnrlhélemy, devenu théâtre du u Prado », a disparu sous le second Empire, ainsi que l'église des Barnabiles, dédiée a saint Eloi, dont on avait fait sous la Restauration le dépôt des archives de la Cour des Comptes ^ . Saint-Denis-du-Pas, qui était au chevet de la cathédrale, et servait de paroisse aux habitants laïcs du Cloîlre-\otre-Dame, a disparu en i8i3, lors des travaux entrepris à la demande du cardinal Maur> . pour agrandir le palais archiépiscopal. C'est dans la partie inférieure de la Sainte-Chapelle, dite Sainte-Chapelle- Basso, qu'un des vicaires du Chapitre exerçait les droits curiaux sur le personnel qui résidait dans l'enceinte du Palais de Justice, C'était aussi sous l'autorité capitulaîrc que travaillaient les curés de Saint-Denis-du- Pas ; car cette paroisse a\ait deux curés. En effet, quand l'église baptismale de Saint-Jean-Ie-Kond eut été détruite,, en 1749. pour dégager l'entrée du Cloître- Notre-Dame, le chapitre qui y était attaclié fut associé, mais non réuni, à celui de Sain l-Dcnis-du-Pas et la juridiction était exercée alternativement par un membre des deux collégiales.
Les seize paroisses de la ville étaient : Saint-Gervais, Saint - Merr> , Saint -Leu, Saint-Nicolas-des-Champs, Sain t-Eus tache, Saint-Germain-l'Auxerrois et Saint-
I. Iji façade de Saint-Rloi fui dé mon lue piorre par pi«?iTo 4>n i803 L'I placée à l'cf^Iisedc Nolre-Dainu-deK-Ulaucs-Manlc>aiix.
lloch, qui existent encore, plus neuf autres qui ont été détruites. De Saint-Jean-en-Grève. il était resté une chapelle, dite chapelle de la Communion, qui fut englobée dans l'Hôtel de Ville et fut brûlée avec lui en 187 1. De Saint-Jacques-le-Majeur, dit aussi Saint- Jacques-la-Bouchorie, il est resté une admirable tour, qui fut épargnée, lors de la démolition de l'église parce qu'elle était louée à un industriel qui fabriquait du plomb de chasse en faisant tomber le métal en fusion de la plate-forme supérieure, où Pascal avait fait ses célèbres expériences. Saint-Jacques de l'Hôpital, Saint- Josse, Saint-Sauveur, Sainte-Opportune, Saint-Paul et Sainte-Marie du Temple ont disparu sans laisser de vestige: le nom de saint Paul a été joint à celui de saint Louis, quand l'ancienne église des Jésuites devint paroissiale pour l'ancienne circonscription de Saint- Paul ^ Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, démolie en 1797, a été reconstruite sous Charles \ et consacrée le a 5 mars i83o.
.Notre-Dame de Lorette n'était pas une paroisse, mais une chapelle vicariale dépendant de la paroisse de Montmartre, qui descendait alors jusqu'à la rue de Provence. Démolie en 1796, elle fut rétablie comme paroisse urbaine en 180-?, rue du faubourg Montmartre dans une chapelle dépendant de l'ancien cimetière de Sa int-Eus tache. C'est de i8a3 à i83G qu'on a
I. De méine. quand fut créée en 1802 la paroisse que les constitutionnels avaient établie dans l'ancienne chapelle des Capucins du Marais, on ajouta le nom de Saint-Jean à celui de Saint- François, pour rappeler le souvenir de la paroisse ancienne, dont la nouvelle église conservait partiellement le territoire.
construit l'église actuelle, non loin de remplacement de la chapelle primitive.
Les paroisses de la rive droite étaient fort inégales : Saint-Gervais comptait a^-ooo communiants, Saint- Merry aô.ooo, Saint- Paul 36.000, Saint- Germain rVuxerrois 3». 000, Sa int-Eu s tache 80.000, et au contraire il n'y en avait que 3oo à Saint-Josse et lao à Sainte-Opportune *.
I^ quartier de l'Université, outre une foule de chapelles de chapitres, de couvents ou de collèges, avait neuf éj^lises paroissiales, dont trois seulement subsistent : Saint-Elienne-du-Mont, Saint-Nicolas-du-Chardonnet et Sain t-Sé vérin ; les six autres ont disparu : l'emplacement de Sain l- And ré-des- Arcs forme aujourd'hui la petite place entre la rue Saint-André-des-Arts* et la rue Suger, ancienne rue du Cimetière Saint-Andrédes-Arcs. Saint-Côme était au point où la rue Racine, |)ercéc en i838, débouche sur le boulevard Sainl- Michel. La grande entrée de la Sorbonne. rue des Eroles, remplace Saint-Benoît ^. Saint-Hilaire était rue
1. Le PouUlt^dc Tabljti Dcnys évalue la poptilaltoii par le nombre cl«* communianls : comme il n'est pas tenu compte des petits enfants, beaucoup plus nombreux alors qu'aujourd'hui, il semble que le nombre des communiants représente les quatre cinquièmes de la population totale.
2. On dit maintenant Saint- And ré-des- Arts, sans qu'il soit possible do dire pourquoi cette modification que rien ne paraît juslifier. C'est ainsi que de la rue des Jeux-Neufs on en a fait la rue des Jeûneurs, de la rue aux Ou es (Oies) la rue aux Ours, et de la rue de Casse! la rue Cassette.
3. Cotte église fut transformée on théâtre en i83a, et, en iS/iô disposée en logements par un propriétaire qui la déflgura à un tal (K>îiit qu'en i854, quand fut percée la rue des Ecoles, il n*y avait
des Scpl-Voies (aujourd'hui : Valette), au coin d'une rue qui était appelée rue Sainl-Hilaire, avant de recevoir le nom de de Lanneau, le Ihéatin marié qui restaura le collège Sainte-Barbe. Saint-Jean-l'Evangélisle était la chapelle du collège du Cardinal Lemoine et son curé n'avait de pouvoirs que sur le personnel de rétablissement. Saint-Jean-de-Latran, dont l'existence est rappelée par un nom de rue, était une des cinq paroisses exemples, parce qu'elle était desservie par des religieux qui n'avaient de pouvoirs que sur les habitants des maisons séculières construites dans leur enclos. Les paroissiens de Saint-Jean de Latran n'étaient que quelques dizaines: au contraire, Saint-Come avait 3o.ooo communiants et Saint-Etienne-du-Mont 3().ooo ; il est vrai que cette paroisse, ayant pour centre l'abbaye génovéfaine, s'étendait depuis la Seine jusqu*au Val -de- Grâce, et que, de l'autre côté de l'enclos des Chartreux, elle possédait toute la région, dite fief Sainle- (jene\iève, qui comprend maintenant le quartier de Plaisance jusqu'aux limites des paroisses de Van\es et d'issy.
A l'ouest de l'L ni\ersité, hors de l'ancienne enceinte, commençait le faubourg Saint-Germain, dépendant de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui lui avait donné son nom. L'abbaye élait autrefois propriétaire de toute cette plaine qui va de la Seine aux premières pentes de Monlrouge. Les moines, ne se croyant pas appelés au ministère paroissial, le faisaient exercer par
r'uMi à sauver dans ce qui en roslait. (In thtkHre <ians une église à Varis, par (». Ilartuiaim, dans le BulleUn de la Société de l'histoire du thédtre, Kjt)^.)
LES ÉGLISES PAROISSIALES l3
un pn^tro séculier, dans une église assez misérable dédiée à saint Sulpice.
ii siiflit de connaître sommairement l'histoire du vénéré M. Olier, pour savoir combien était profonde la démoralisation de ce faubourg délaissé, où vivaient, en marge de la société, les vagabonds, les coupeurs de tiourses et les filles de mauvaise vie, toute cette écume que les polices royale, municipale et universitaire rejetaient avec dégoiU hors de l'enceinte de la capitale. C'est pour devenir le curé de ces « apaches », que M. Olier renonça aux honneurs qui venaient h lui : au scandale de sa famille et de ses amis, il alla se fixer au milieu de ces pau\res gens, et nous savons ce qu'est devenue la paroisse de Saint-Sulpice. (îrace à son esprit apostolique, les désordres diminuèrent, la vie chrétienne s'enracina sur celte terre cpi'on a\ail crue à jamais stérile : grâce à son talent d'administrateur une tradition s'établit parmi ses vicaires, passa î\ ses succ-esseurs, et conserve encore aujourd'hui ce caractère de religion forte et agissante qui dislingue celle admirable paroisse entre toutes celles de Paris. C'est ainsi qu'en entrant dans les églises .de Milan, en remarquant l'ordre, le recueillement et la foi avec lesquels se font les plus humbles cérémonies, en admirant la richesse, et, ce qui est plus rare encore en Italie, la propreté de tout ce qui tient au culte divin, en se mêlant à celte foule si attentive et si édifiante, on ne peut s'empêcher de reconnaître que saint Charles est encore vivant par ses œuvres au milieu de son peuple.
I^ paroisse de Saint-Sulpice s'était notablement dé- \ eloppée au cours du xvm" siècle, elle était devenue le
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quartier d'élection de la haute aristocratie : des rues s'étaient ouvertes au milieu des prairies du Pré-aux- Clercs, et le long de la route qui menait au lointain Vaugirard. Les sentiers ombreux, que longtemps n'avaient parcourus que les troupeaux revenant du pâturage, étaient devenus des voies élégantes sillonnées par de luxueux carrosses, la population avait centuplé, et, malgré la récente ouverture de la nouvelle église paroissiale du Gros-Caillou, Saint-Sulpice avait encore 90.000 communiants, ce qui représente au moins 120.000 habitants. Encore faul-il ajouter à ce nombre les malades des trois hôpitaux de la Charité, des Incurables et des Petites-Maisons, les religienv Bénédictins, Auguslins, Carmes, Dominicains, Prémontrés et Théatins, dont les couvents s'étaient construits sur le territoire paroissial, et les religieuses des dix-huit couvents, exemptes, comme les religieux, de la juridiction curiale ^
Dans le faubourg Saint- Jacques, l'église de Saint- Jacques-du-Haut-Pas a traversé la Révolution, ainsi que Sainl-Médard, au faubourg Saint-Marceau ; mais Saint-Hippolyle, Saint-Martin du Cloître et Saint-Victor
1. L'enclos de l'abbaye de Saint-Germain-des-Pn's était exempt de la juridiction paroissiale ; une chapelle dédiée à saint Symphorien et située un peu au sud de l'église abbatiale, servait de paroisse aux habitants des maisons construites dans le cloître ; le curé était, en 1790, D. HeuUand, religieux bénédictin. Cette paroisse était indépendante de l'ordinaire, et c'est à cette raison que ni D. Heulland, ni le cun'î de Saint-Jean-de-Latran, ni le Grand-Prieur de Saint-Victor, ni l'abbé de Ligny de la Quesnoy, prieur du Temple, ne furent admis comme électeurs de droit en 1789, parce qu'ils n'étalent pas à proprement parler « curés de Paris ».
n'existent plus : leurs ruines ont été ménie détruites, celles de Saint-Victor, quand on a établi l'Entrepôt des vins, Saint-Martin et Saint-Hippolyte lors des prrands travaux exécutés sous le second Empire ^
Dans le faubourg Saint-Antoine, l'église de Sainte- Marguerite a été conservée ; la chapelle de Saint- Vntoinc. dite des Quinze-Vingts, lui servait de succursale, et, érigée en paroisse au Concordat, elle a occupé à litre précaire un local dépendant de l'Hôpital jusqu'à la construction toute récente de l'église actuelle. Le faubourg Saint-Antoine renfermait une population de prés de ,')o.ooo habitants.
Le faubourg du Xord en avait plus de 60.000 ; le territoire de Saint-Laurent s'étendait des Filles-du- Calvaire à Montmartre ; il avait ses premières maisons en face du prieuré de Saint-Martin-des-Champs et touchait au nord aux paroisses de la Villette et de Pantin.
A l'ouest de la ville, le hameau de la Ville-l'Evêque, devenu quartier aristocratique, avait pour paroisse une petite église de la Madeleine qui fut démolie et que devait remplacer l'édifice monumental qui, commencé en 1764, ne fut livré au culte, et après quelles péripéties ! qu'en iS^i.
Plus loin, dans le faubourg du Roule, une modeste chapelle qui servait d'annexé à la paroisse de Villiers, avait dû être abandonnée en 1741, parce qu'elle menaçait ruine ; de 1768 à 1788 Chalgrin construisit l'église que nous connaissons, et qui parut alors bien
1. ConMiltrr la très <5riulitc Monographie de la paroisse de Saintflippolyle, par l*abbé Gaston. l'aris, Champion, njo8.
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disproportionnée, car la paroisse créée par M. de Joigne n'avait encore qne 600 communiants.
Plus loin encore, le village de Chaillol, englobé administrativement dans Paris, mais gardant son aspect campagnard, avec ses cultures étagées sur les terrasses qui bordaient la rivière ; les bauls bâtimenls de l'abbaye de Sainte-Périne, de la Visitation et du couvent des Bons-Hommes ou Minimes, couronnaient les pentes d'où la vue pouvait se reposer sur les tours de Notre-Dame ou so perdre jusqu'aux bauleurs alors verdoyantes de Montmartre ou de Cliatillon.
Enfin, je dois dire un mot des grands bopitaux qui avaient poiu* leurs aumôniers le privilège de la juridiction curiale : c'étaient l'IbMel-Dieu, qui relevait directement du Chapitre de Notre-Dame, ainsi que l'Hôpital iSainl-Louis, son annexe. Puis la »Salpétrière, qui recevait 5oo malades et plus de 6.000 infirmes ; les Quinze- Vingts, la Pitié, qui ne s'était pas affranchie sans peine de la dépendance (hi curé de Saint-Médard ; la Charité, les Petites-Maisons et les Incurables (aujourd'hui Laënnec) étaient sur la paroisse Saint-Sulpico. comme il vient d'être dit. Les hôpitaux moins importants, tels que Sainte-Catherine, Sainl-(iervais, la ^liséricorde ou Notre-Dame de Liesse étaient soumis à l'inspection et la direction des curés de leurs paroisses res])ectives.
Les chapitres.
Pour ne pas être investis de la charge pastorale, les Chapitres n'en étaient pas moins une partie importante du clergé de Paris.