‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 2)Chapitre 357 sur 364 · SAINT-ÉTIENNB-DU-MONT · texte numérisé non relu

SAINT-ÉTIENNB-DU-MONT

ils étaient assistés par trois membres du Presbytère, Pingre, Minard et Sanson, vénérables par leur âge et leurs vertus, sévères pour eux-mêmes et non moins pour les autres ; et tant de mérites se trouvaient rendus inefficaces par une déplorable disposition qui troublait leur entendement et stérilisait leur volonté : leur dévouement était inutile, leur abnégation vaine, leurs vertus annihilées quant à leurs effets sanctificateurs, parce que, dans une inexplicable aberration, ils se révoltaient contre l'enseignement de l'Eglise et tenaient avec un déplorable entêtement pour les subtiles erreurs du jansénisme. C'était la note caractéristique du clergé de Saint-Etienne-du-Mont.

Si leurs traditions de morale étroite ajoutaient quelque chose k la dignité extérieure de leur \ie et au respect qu'ils avaient pour les redoutables fonctions de leur état, leur attachement aux doctrines condamnées n'en paralysait pas moins l'efficacité de leur ministère : les fidèles qu'ils rebutaient s'éloignaient d'eux. En i8oa, quand ils quittèrent Saint-Etienne, ils avaient vidé l'église ; le peuple chrétien avait pris le chemin des autres paroisses, et dans l'année qui suivit, le nombre des baptêmes administrés à Saint-Jacques diminua d'un tiers, pendant que s'élargissait à Saint- Etienne le cercle d'action du clergé qui leur avait étt substitué.

Saint-Etienne-du-Mont n'en resta pas moins unt église où, sous une autorité respectée, travaillèrent des prêtres personnellement irréprochables et si leur défaut d'orthodoxie rendit souvent leurs fatigue> inutiles, au moins on doit reconnaître que jamais

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ils ne donnj&reot de ces Bcaodalfs qui ont fait le désliooneiir de la plupart des églises cône tl tu tionae lies.

Comnie on vient de le voir, les « lieux de culte » ayant uae existence ofEcielle étaient en 1796 au nombre d'environ 5o. dont 16 ou 17 desservis parles ex-consiitutionnels. Le cierge reconnaissant l'archevoque légitime en a plus du double, et je n'ai pas tenu compte des oraioii^s privés dont l'existence n'est pas connue des auteurs de l'enquête. Il est vrai que les in^sermentés n'ont que trois des églises paroissiales, pendant que les constitutionnels en ont onze et qu'un curé. W^sitant encore sur la conduite à tenir, n'obéit ni k l'arclievéque, ni aux vicaires généraux, ni aux « Réunis », ni au Prcsbytène.

Quant au nombre des prêtres assermentés, insermentés ou rétractés, il est difficile de le donner avec quelque précision : il y a dans les listes une quarantaine de noms qui me sont absolument inconnus et rien ne me permet de conclure en ce qui les concerne. li y a plus de loo prêtres qui se sont dits : « n'exerçant pas », mais nous sa'xons ce qu'il fallait entendre par là et il me semble impossible que parmi ceux qui ont dit « ne pas exercer )> en public^ il ne s'en trouve pas au moins une cinquantaine qui communiquaient avôc les vicaires généraux ; enfin, il y a les insermentés cfui se sont soustraits aux recbcrclies des enquêteurs et je les crois très nombreux. Je ne puis cependant en faire état. 11 n'est pas prudent, en effet, de conclure trop Aile et de rien aflîrmej- avant de posséder lous les éléments d'une question. \ous ue sojnnàe»

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pas en mesure de donner autre chose que de^ approximations, et je me garderai bien d'imiter ie> historiens qui, lorsqu'ils sont en face d'un doute, interprètent ce doute dans le sens de leurs préférences intimes. Ils arrivent sans peine à des déductions qui corroborent leurs manières de voir, ils édifient un public complaisant en lui disant que tout s'est toujours passé le mieux du monde ; ces historiens ne défendent pas les « traditions ». ils les créent de toute pièce. Ceci est fort bien, mais que vienne un jour un esprit chagrin qui s'avise de réviser leurs calculs ou de contrôler leurs preuves, et on voit tout l'édifice de leurs conjectures se lézarder, se disloquer et s'écrouler lourdement ; les plus brillantes de leun^ démonstrations deviennent suspectes ; ils ont fait reculer la science au lieu de la faire progresser ; ils ont perdu la confiance des hommes impartiaux ; ils ont fourni des armes à leurs adversaires; leurs procédés tendancieux ont discrédité leurs écrits et anéanti ce qu'ils avaient d'autorité.

Nous n'avons pas à construire des thèses, mais à rechercher la vérité. Entre les innombrables faits que nous avons à étudier, il nous faut voir combien sont prouvés, cl combien ne reposent que sur des affirmations gratuites ; ils faut arriver à dire : ceci est exact : ceci est probable ; ceci est douteux ; ceci n'est pas vrai et les conclusions sortiront d'elles-mêmes de ce travail d'analyse critique. En ce qui nous concerne, je préfère dans mes conjectures rester en dessous de la vérité plutôt que d'avancer ce que je ne saurais prouver ; d'autres viendront qui travailleront à leur tour et

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feront tomber la pleine lumière là où j'avoue ne pas avoir vu tout à fait clair.

Il me semble donc, d'après ce que j'ai pu savoir, qu'en ce qui concerne le clergé constitutionnel, il y a eu, entre 1791 et 1796, un recul sensible : de 600, ils sont tombés à moins de i5o; quant à ceux qui n'ont jamais transigé avec les erreurs doctrinales, ou qui, l'ayant fait, ont reconnu qu'ils s'étaient trompés, on en compte à cette époque 260 que nous connaissons, et il me parait douteux qu'ils ne soient pas 3oo.

Tel est le résultat auquel nous sommes arrivés sans abandonner la méthode rigoureuse que nous nous sommes imposée. Il nous reste à étudier dans une troisième partie les destinées finales du clergé constitutionnel et le rétablissement à peu près complet de l'unité et de la paix dans les rangs du clergé de Paris.

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