I. âicard, op. cit., I, livro I". chap. i, ii, vi et vu
a. Le« IS'ouvelles ecclésiastiqaes prônent de leur mieux ta conslilution civile cl commentent avec complaisance toute» le» publications qui paraissent en Taveur du scTnienl. « I^ Constituliou csl
POUVAIT-ON PltÊTER SERME?IT l8l
Enfin, dans sa grande masse, le clergé n'envisageait F)as les choses de si haut : le clergé des villes, plus «niilivé, plus au courant de la marche des idées, pouvait facilement se former une opinion pour ou contre la nou-
■ ni opposition a>ec le Concile de Trente? L<* Concile n'a pas été • n-tni en France et raulorlté séculière qui Ta rejelo, contre le ' Mpu ilva évêquc!*, était bien moins légitime que raut<:)rité qui " «n contrarie aujourd'hui quelques dispositions. » (A, E, - ft^rier i7»>i), alluî^ion aux hésitations de Louin \VI, avant de vînclîonner la nouvelle loi.
Voici quelques tilr€?s d'ouvrages, le plus souvent anonjrincs, que nromoiandent Ic^ yourelfes ecrlfytastiques :
Prime d'un bon curé sur le serment rieifjue.
La ronstiUUion et la reVujion parfaitement tVarcord.
Ré/utalion de V instruction. pastorale de M. Asseline, évèque de Bouline, par rablx- Charrier de la Roche.
Préservatif contre le srhixme.
Expotiiion des difficultés que présente la nouvelle constitution du ri^njé, et réponse à ces difftcutU^s.
ttéfense de la Constitution civile, par P. \. Tabourier. curé do Saint Martin d^ Chartres.
Ira charitable aux fidèles sincèrement attachés à la communion de l'hfiise ratholique.
r.onsulUjtion dr M. le Curé de... à M. le Curé de...
ftéftonse faite par un théologien à une communauté qui consulte si "Ur doit recevoir le nouvel évèque,
b>itLircissements sur la Constitution civile du clergé de France par Knnrois de Torcy.
Ij9 noareatuc fHtstetirs sont-ils des intrus ?
li^ponsc à deoJ- questions intéressantes sur l'autorité de l'Assemblée \o1itmnle.
Erfiosition de mes sentiments sur les vérités auxquelles on prétend tar la Constitution civile donne atteinte, par M. Gratien, supi^rieur .lii M'iiiinainr de Chartres.
IhM-ttnrs ptjur tranquilliser fcs consciences sur les affaires ecrlésiasl^-fueg de lit Constitution civile du clergé, par M. de Torcy. prêtre de la ISK-Irinf chrétienne.
Uttre n un missionnnire sur la légitimité du serment.
Néjlexions iVun curé constitutionnel sur le décret concernant le ■wtntuje^
iSa POUVAIT-ON PRÊTER SERMEXT
velle loi, mais les prêtres des campagnes vivaient absolument isolés : ils ne connaissaient les événements qui se déroulaient à Paris que par des « on dit » encore plus vagues et plus tendancieux que ceux que nous lisons dans nos journaux : leur gros bon sens et leur méfiance paysanne les portaient à se mettre en garde contre tous ces bruits discordants. Ce que savait le curé de village, c'est qu'il avait été chargé de culti>er une partie du champ évangéii(pie : pasteur inamovible, généralement en bons termes avec ses paroissiens, il n'avait d'autre ambition que de rester là où la Providence l'avait envoyé. Baptiser et instruire les enfants dont les parents avaient été baptisés, instruits et mariés par lui. visiter les malades, les préparer à la mort, les conduire à leur dernière demeure, prêcher simplement, comme on doit faire avec des gens simples, célébrer solennellement la fête du patron de la paroisse, et parfois, le dimanche soir, faire une partie de boules avec les notables du Aillage, être honoré de tous, et vivre pau\ rement, tel était le bul de son existence, but assez étroit comme idéal, niais que la piété aidait à trouver désirable, grâce aux ressources qu'une âme sacerdotale sait puiser dans la prière et la méditation.
Voici (ju'un jour ce prêtre apprend qu'il va avoir ii prêter un serment d'obéissance aux lois : il doit promettre de remplir fidèlement sa charge de curé : c'esl un serment qu'il ne refusera certainement pas. — On vient lui dire que ce serment est coupable : il ne comprend pas; (jue son éAêque le désapprouve, et il recjoit en eiVet un mandement contre les jureurs et les
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intrus. Mais d'autre part, on lui assure qu'il ne s'agit que d'une promesse de fidélité aux engagements de son sacerdoce, on lui fait lire celle loi, (pie le roi a sanctionnée, on lui explirpie (pie les év(Vpies ne seront plus pris dans les rangs fermés de l'aristocratie, que les lM''néliciers, ([ui dé\oraient le plus clair des revenus de l'Kglise. vont être supprimés, et que le sort des modestes serviteurs comme lui \a être amélioré ; il trou- ^era tout cela fort raisonnable. Aiais son évéque a parlé... il ne le coimaît guère, cet évé(pie, et après tout, si la nouvelle loi diminue ses énormes revenus, il est dans son droit en la condamnant, mais c'est son affaire, et non celledeses curés qui n'ont rien à perdre, el peut-être ipieUpie chose h y gagner. Laissons donc ré\(*que j)rotesler, et \o>ons ce (pii \a arriver.
Va en supposant cpi'il obéisse à l'évc^que et ne jure pas, que se passera-l-il ? Il s(^ trouvera en révolte contre la loi, sanctionn(V par le roi, et il sera remplacé dans sa cure. Il devra abandonner son ('glise, son presbytère, où il ccmiptail lim'r ses jours tran(piille : il quittera tout cela, et pour aller où? Chez ses parents."^ Ils sont morts, ou ils sont trop pauvres pour le recevoir. A la ville? Et (pi'y fera-t-il pour ne pas mourir de faim? Pendant ce temps, un autre viendra le remplacer dans sa paroisse, un de ces intrus dont parle rév(*que, un prêtre sans foi et sans nupurs, cpii détruira rapidement ce ([u'il a eu tant de peine à (''difier. Ces enfants dont il a assuré la formation chrétienne grandiront dans l'abandon ; cesjeunes gens qui se conlient à lui resteront sans guide et sans soutien, les malheureux sans consolation, les vieillards sans(iu'une
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\()i\ aiuif* los soulieime dans leurs souflTrances et les rassure dans leur agonie î (]et attachement profond des prî^tres de cani[>agne pour leurs ouailles fut la cause principale du succès relatif de la Constitution ci- \ile. Ce n'est ni l'amour de l'arj^ent, ni l'ambition qui les touche, ils ne professent aucune mauvaise doctrine; leurs mœurs soni pures; mais, comme des paysans français qu'ils sont, ils tiennent à la terre qu'ils ont cullivée à la sueur de leur front, et s'ils jurent, c'est pour n'avoir pas à se séparer de leur troupeau.
Ils ne jureront pas tous : il s'en lrou>era d'assez instruits jx)ur comprendre les danjjers du serment, d'assez dociles pour écouler la \oix do leurs supérieurs, d'assez entourés pour ne pas i>ersistcr dans l'ignorance où tant d'autres resteront, faute d'avoir été instruits. D'une manière générale, le plus ou moins d'influence personnelle d'un évéque,d'un vic<aire général, ou d'un curé-do>en empêchent ou précipitent les défections et la >ariélé des tempéraments pro- >inciau\ influera sur le plus ou moins de succès que la Constitution rencontrera dans les rangs du clergé.
Dans quelle proportion le clergé a-t-il juré ?
J'avais ré>é de dresser une carte où des teintes conventionnelles indiqueraient la proportion d'assernio rites pour chaque département. Pendant que je révais, un autre a agi. C'est un suivant profen^seur de Lille.
DA?IS QUELLE PROPORTION LE CLERGÉ V-T-IL JLRÉ l85
M. Ph. Sagnac ^ : il a utilise les tableuux d'assermentés qui sont aux Archives Nationales'*, et qui concernent environ la moitié des départements. Il a établi une carie qui est du plus haut intérêt.
Cependant, je ne puis cacher que ce tiavail présente quelques lacunes : d abord, il ne se rapporte qu'à la moitié des départements ; il faut interroger les dépiMs départementaux pour compléter lenquéte et c'est un i:ros travail. Les pays étudiés par M. Sagnac sont réfwrlis sur tousles points de la France et, si l'on se contente d'une approximation, celte approximation est plus que suifîsanle.
Voici une observation qui, suivant moi, a plus de |K>rtée : M. Sagnac, d'après les pièces oflîcielles, con- (iul, par exemple, que, dans les Charentcs, il y a 087.. d'assermentés, et en Alsace 37 "/o. Cela n'a rien d'invrai- •^omblablc, cependant, pour savoir dans quelle proportion les prêtres d'une région ont juré, il faudrait savoir combien il y en avait : M. Sagnac ne le sait pas et moi non plus. Les statistiques nous disent combien ont juré, combien ont refusé le serment, mais elles sont muettes sur les piètres qui ne se sont pas présentés [HMir la prestation du serment, soit parce qu'ils n'ont piis ju^é opportun de comjwraître, soit i>arcc qu'ils n'y ♦ laient pas tenus, et cela introduit un gros x dans le <akul.
I. Essai statistique sur le clergé eonatitutionnei et le rlenjé rvfracl'Hre en 1791 ^ avec une carte en couleurs, par l*h. Sa<;nac, dans la iti'vne tVhisloirr moderne et contemporaine. \<n<nnbre njoiî. pp. 117-11."».
j. Vrclii^cî' nationales, l>, \1\. 21, a-j cl Vi.
l8G DA>S QLELLE PROPOIITION LE CLERGÉ A-T-IL JLRÉ
On nie dira que seuls ont été comptés les « curés, viaiires, professeurs et aumôniers », qui étaient obligés par la loi à se prononcer, et s'il en est ainsi, nous n'aurons pas la proportion exacte ; nous saurons peutêtre combien il y a eu de serments parmi les prêtres qui étaient regardés [)ar la Constitution civile comme <( fonctionnaires publics » ; les autres, qui occupaient des fonctions non ofTicielles, restent en dehors de la statistique et la statistique est incomplète.
De plus, on trouve dans les listes d'assermentés non seulement des \icaires et des curés, mais des prêtres sans fonction, des bénéficiers, des chanoines, des religieux, qui ont été prêter serment pour faire du zèle, pour manifester leur adhésion à la nouvelle constitution, et qui n'étaient pas ternis de le faire. Ceux au contraire qui n'étaient pas tenus au serment se sont abstenus, comme c'était leur droit, et même leur de- \oir; ils ne figurent nulle part. Sur un chapitre de 20 clianoines. 3 jurent et grossissent le nombre des assermentés ; les 18 qui ne jurent pas ne sont pas inscrits à la suite de ceux qui ont refusé de jurer, car ils n'ont pas eu à refuser ce qu'on ne leur demandait pas. Par suite le calcul du tant pour cent se trouve faussé, les deux listes n'étant pas dressées d'après le même principe.
Et troisièmement, les listes dont s'est servi M. Sagnac ne sont pas toutes de la même date, et n'ont pas été établies dune manière uniforme. Pas à la même date, et c'est important, car à la lin de mars 1791, on eut coririaissanco du premier Bref qui condamnait la constitution ci>ile, et ce Bref amena des rétractations.
DA?ïS QUELLE PROPORTION LE CLERGÉ A-T-IL JURÉ 187
Dans certaines listes, il est fait mention des rétractés, et M. Sagnac en tient compte très loyalement, mais d'autres listes ont été faites avant les rétractations et on y compte comme assermentés ceux qui bientôt reviendront sur leur serment.
Autre source d'erreur : outre ceux qui prêtèrent et refusèrent le serment, il y eut ceux qui le prêtèrent avec des restrictions : dans quelques pays, les restrictions ne furent pas admises; ailleurs on compte comme assermentés tous ceux qui jurent, que les serments soient ou non accompagnés de conditions ; ailleurs encore, on impute à la colonne des refusants tous ceux qui joignent quelque modalité à la formule. Or, lessermeiitscondilionnels aboutissaient tantôt au serment pur el simple, tantôt au refus absolu. Donc, on ne sait pas dans quelle catégorie il convient de ranger ceux qui jurent sous condition.
Ces réserves faites, je ne puis contester que le tra- >ail très consciencieux et très scientifique de M. Saf?nac ne fasse faire un pas décisif à la question. 11 ne s'agit pas de le chicaner sur quelques unités, mais de dégager de ses recherches quelques idées générales.
On s'est souvent préoccupé de la question de savoir dans quelle proportion le clergé a prêté le serment de 1791 ; beaucoup d'écrivains y ont répondu en cherchant des arguments dans leurs préférences personnelles ; tous s'accordent pour constater une quasi-unanimité, mais dans les deux sens opposés. Les admirateurs de la Constitution ci>ile ont affirmé que presque tous les prêtres ont juré; les adversaires ont dit que le parti constitutionnel ne se composait que de
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quelques dévoyés et de quelques indignes. De très nombreuses monographies diocésaines qui ont été publiées dans ces vingt dernières années remettent la question au point, et corroborent absolument les inductions de M. Sagnac. J'en suis venu de mon côté, et par une voie différente, aux mêmes conclusions, savoir que la moitié du clergé paroissial, le tiers du clergé tout entier de France, a adhéré à la Constitution civile, mais avec de très sérieuses variations locales dues à des causes dont l'étude détaillée risquerait de nous entraîner très loin.
De ses recherches, M. Sagnac déduit et il montre dans sa carte qu'il y a eu (juatre principaux foyers d'opposition à la Constitution civile : i" l'Alsace et une partie de la Lorraine, par suite du voisinage de la frontière, qui permettait aux réfraclaires de se réfugier de l'autre côté du Uhin, en cas de danger, sauf à reparaître (juand la surveillance se relàciïait;3" le Nord, de la frontière des Pays-Has justprà la partie septentrionale de la Picardie, pour la même raison ; 3** le Maine et la Bretagne, pays classiques de la foi agissante ; 4"l<* Bas- Languedoc, c'est-à-dire la zone qui du Puy va jusqu'à Nîmes en s'étendant sur toute la contrée où une partie de la population est protestante ; la lutte avait fortifié les catholiques et leur avait inspiré l'horreur des dissidences religieuses.
Par contre, les points où le serment trouva le plus de parlisiuis S4)nt : i" le Sud-Ksl (Provence et Dauphiné), où la pro|M)rlion des jurours arrive, pour certains districts, à cjj "/o » ^*' ***' Outre, un îlot qui embrasse les déparlements actuels du Loiret, du Cher, de l'Indre, de la Creuse, de l'Vllier et de l'Yonne; la
DANS QIELLE PROPORTION LE CLERCÉ \-T-IL .HRÉ 1 8()
(Irfeclion do rarche><^qiio de Sons ot de rovequc d'Orléans avaient beaucoup ser\i la cause constilutionnolle ; 3" à un moindre degré, le Sud-Ouest, d' Vngoulénio a Bayonne.
Pour 43 départements sur 83, M. Sagnac a relové 14.047 serments contre 10. 3o5 refus, sur 34.44a prêtres, soit une moyenne de 07,6 "/„. En tenant compte des corrections que j'ai suggérées plus haut, la proportion tomberait aux environs de 5o "/„.
Eu supposant que les 4o départements restants ont fourni la mémo proportion, il y aurait eu de a5 à 3o.ooo prêtres assermentés; mais si le chiffre total des curés el vicaires était d'environ 60.000, le clergé, dans son ensemble, ot abslraclion faite dos religieux, comptait au moins 100.000 individus. On on arrive donc, quelle que soit la méthode adoptée, h cette proportion de moitié pour le clergé paroissial, et d'un tiers pour l'onsend)lo du clergé séculier.
C'était beaucoup, mais nous venons de voir quel ensemble do causes avait profité au parti constitutionnel ; les Brefs de 1791 commenceront â désagréger ce bloc, la persécution de 1793-1794 l'émiottera, et nous pourrons constater qu'à l'époque du Concordat, les survivants de l'épiscopat constitutionnel no comptaient plus dans leur obédience que quelques centaines de collaborateurs.
CnVPITRE SEPTIÈME
l'église constitutionnelle a P\RIS. — SON ORa\M- SATION. — SES niEMlÈRES DIFFICULTÉS.
Lp serment à Paris. - Remanu;ment des circonscriptions paroissial€»s. - - Le nouveau clergé. — Gobel, évoque de Paris. — L'organisation des paroisses. — Les rétractations. Les prc miôres difllcultés. Le mariage des prêtres.
La loi des 27 iiovenibre-aG décembre 1790 n'ayant pu c^lre publiée que le 3 janvier 1791, c'est le 9 janvier que les prêtres des paroisses de Paris furent appelés à prêter vsermenl à la Constitution civile : cependant un délai fut accordé aux hésitants, et les prestations de serment s'échelonnèrent sur tout le mois.
On avait déterminé un cérémonial imposant : les officiers nuinicipauv devaient siéger au banc d'œuvre. la Garde Nationale était sons les armes dans l'église, qui se remplissait ce jour -là d'ime foule, où les fidèles anxieux étaient aussi nombreux que les malintentionnés. C'était à l'issue de la grand'messe du dimanche que le clergé devait avoir à prononcer la formule du serment.
Le tableau des prêtres assermentés de la ville de Paris a été imprimé trois fois, sans aucune autre variante que dans l'orthographe des noms propres