LE NOUVEAU CLERGÉ
prit le nom d'église de Saint-Augustin, mais celte appellation ne prévalut pas; le peuple continuait adiré : réglise des Petits-Pères, et, par la suite, le pèlerinage à la Sainte Vierge lui donna le nom universellement vénéré de Notrc-Dame-des-Victoires.
Sur la rive gauciie. Saint- Victor, dans leglise abbatiale, remplaça les paroisses supprimées de Saint- Martin-du-Cloître et de Saint-Hippolyte, avec une portion du territoire de Saint-Médard. On démembra l'immense circonscription de Saint-Sulpice et on mît une paroisse dans l'église de Saint-Germain-des-Prés et une autre dans celle du noviciat des Dominicains. Or cette église avait pour patron saint Dominique; un scrupule vint aux administrateurs municipaux qui avaient entendu dire que saint Dominique avait été mêlé à des auio-da-fé ; ils préférèrent saint Thomas d'Aquin, un autre dominicain qu'on supposa avoir été étranger à l'Inquisition.
Enfin, Notre-Dame remplaça, comme église paroissiale, les dix paroisses minuscules de, la Cité. Aux termes de la Constitution civile, la cathédrale devait avoir pour curé l'évèque lui-même et pour vicaires les vicaires épiscopaux. En attendant qu'on en possédât, M. Denoux, curé assermenté deSainte-Madeleine-dansla-Gilé, fut chargé, avec un clergé provisoire, d'y organiser le service paroissial.
Le nouveau clergé.
Ce n'était pas seulement à Notre-Dame, mais dans les 3-2 autres églises que presque tout était à faire;
LE NOrVEAU CLERGÉ 3o3
rares étaient celles où les refus de serment n'avaient pas laissé beaucoup de vides qu'il s'agissait maintenant de combler.
11 y eut d'abord à pourvoir de curés non seulement les paroisses nouvelles, mais les anciennes dont les titulaires avaient refusé le serment.
Le corps électoral, chargé de désigner les nouveaux pasteurs, était composé de 781 électeurs, élus cuxiiiémes par les a citoyens actifs ». à raison d'un électeur pour 100 citoyens. La présidence appartenait au procureur - syndic du département. Ces électeurs tinrent douze séances entre le 3ojanvier et le -a-] mars K L'empressement des votants ne tarda pas à se ralentir considérablement. Le 3o janvier, le P. Poiret, supérieur de l'Oratoire de la rue Saint-Honoré, fut élu à Saint- Sulpice par 435 voix sur 485 votants ; le dimanche suivant, M. Corpet, premier vicaire de Saint-Laurent, fut rioninié à Saint-Germain-l'Auxerrois par 5o6 suffrages sur 093. et M. Logrand à Saint-Roch par 50() voix sur 7y<)(\. Mais à la fin de la période, M. Duchesne fui envoyé à Saint-Victor par 170 voix sur 3*^5 volants, et, en 179*^, quand il y eut h remplacer M. Poiret, qui \enait de mourir, son premier \icaire, M. Mahieu, fut élu par 3^4 suffrages sur a5o \otants (et 781 inscrits).
Bien qu'il y ait eu un assez grand nombre de prêtres de province à se mettre sur les rangs, généralement des prêtres mêlés à la politique, les électeurs parisiens ne
I. Cliaravay, AssembltU' électorale de Paris, i'aris, i8ijo, I,
3o4 LE NOUVEAU CLERGÉ
nommèrent que des parisiens, sinon de naissance, tout au moins naturalisés par un long séjour. On désigna pour Saint-Thomas-d'Aquin l'abbé Minée, né à \anlos, mais curé de la petite paroisse des Ïrois-Patrons, h Saint-Denis : le jour même de son installation à Saint- Thomas, M. Minée fut appelé par ses compatriotes h révôché de la Loire - Inférieure; il donna donc sa démission et s'en alla dans son pays natal ; il y fut un des séides de Carrier, cl fut poursuivi en 1794 comme un des complices des hideuses noyades K
On élut en outre sept premiers vicaires, neuf simples \icaires ou prêtres habitués, entre autres Tabbé Brugiéro, dont nous avons eu l'occ-asion de parler. En plus du P. Poirct, ce fut un autre oratorien, le P. Lalyl. qui succéda à Saint-Thomas-d'Aquin à M. Minée, devenu évoque. Latyl fut guillotiné en 1794. bien qu'il eut apostasie 2. Knfin, à Saint-Séverin, on mit un génovéfain, Claude Leblanc de Beaulieu, qui devint en 1800 évéque constitutionnel de Seine - Inférieure, en iSoQ évéque légitime de Soissons ; en 181 7, il fut clioisi par Louis XMII pour l'archevêché d'Vrles; le rétablissement de cette métropole ayant été ajourné, il donna sa démission, se retira auv Missions étrangères et y mourut pieusement en 1835 ^.
I. Pi sa ni, Rt'pertoire, i3C-i3«). — Lai lié, Afinée et son t^phcopal (Hevuf de la liévoluiion française, i883). — Du même, La.' dit)cèse tié: .\fuUes f>endanl la Hévolution, a vol. Nantes, 1893. — Victor Pierre, IJêglise de Saint-Thomas-d'Aquin pendant la Hévolution. Paris, lî^Sy.