‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 100 sur 146 · ABOLITION DE LA ROYAUTÉ · texte numérisé non relu

ABOLITION DE LA ROYAUTÉ

Crise constitutionnelle : On avait dit au Tiers-Etat qu'il devait être quelque chose, et le quatrième état Nenait à son tour réclamer sa part. Le droit électoral n'avait été concédé que parcimonieusement par la Constitution de 1791, et, à vrai dire, c'était un régime censitaire assez exclusif qui avait été organisé 1. Les masses populaires supportaient avec irritation cette loi qui les excluait de la conduite des affaires, alors que les agitateurs avaient su les exploiter chaque fois qu'il y avait eu une pression à exercer sur l'opinion, ce n'étaient pas les bourgeois qui auraient pu imposer aux assemblées des votes décisifs pour la marche de la Révolution. On voulait l'extension de l'électoral, la démocratisation des institutions publiques et la Répulilique paraissait le régime propre à donner satisfaction aux demandes que le peuple regardait comme indispensables. Les sections, armées par l'imprudence des municipalités, s'agitaient, pétitionnaient, mena- (•nicnl, et entondairnl élio écoutées dans leurs somma-

lidllS.

Crise économique : le discrédit des assignats avait commencé le jour où les financiers avaient compris l'impossibilité de réaliser sans d'énormes pertes le gage qui les garantissait. Les biens d'église elles biens d'émigrés ressemblaient un peu aux richesses que Law

de plus on plus inévitablo. Quant à la cotnplicilé de Louis XVI avec les princes émigrés, il sufïit de connaître les écrits publiés f)ar le parti de Coblentz pour se faire une opinion : le pauvre roi était traité d'incapable (iiiaïul il n'était pas accusé de complicité a\ec la Révolution.

I. Aulard, Histoire ixjiiLuiae de la liévolutiun. Paris, kjou, Oo, 8(), lOo,

208 AnOLITIO>' DE LA ROYAUTÉ

avait découvertes aux pays lointains du Mississipi ; personne ne contestait leur existence, mais le tout était d'en tirer parti. La guerre imminente avait multiplié les dépenses ; les approvisionnements militaires amenaient la raréfaction des denrées sur les marchés, et de nouveau le spectre de la famine se dressait menaçant. Enlin des bruits sinistres, colportés par les malintentionnés, surexcitaient les esprits les plus timides et exaspéraient les plus exaltés.

Crise religieuse : le Veto oppo;>é par le roi Louis XVI à la loi de déportation était exploité à la fois par les ennemis de la monarchie et par ceux de la religion. Refuser de sévir contre ceux qu'on commençait à appeler les ennemis du dedans, c'était pactiser avec les ennemis du dehors ; être les protégés du plus impopulaire des princes, c'était pour les prêtres insermentés une cause nouvelle de discrédit. Et ainsi, le roi et le clergé non-jureur allaient se faisant mutuellement du tort auprès des masses ignorantes mais passionnées.

Le roi, en essayant de fuir pour rejoindre Bouille et les étrangers, avait perdu ce qui pouvait lui rester de fidèles dans le peuple. L'Assemblée avait décrété la suppression de sa maison militaire ^ et l'avait remplacée par un coips de 20.000 fédérés qui devait camper autour de Paris ; c'était le placer sous les baïonnettes de ses plus violents ennemis. Il avait donc refusé sa sanction. Malgré ce refus, les gardes nationales des départements avaient envoyé des détachemehts, au premier rang desquels figuraient les fameux Marscil-

Page 1