AHOLITION DE LA ROYAUTE
lais. L'annivorsairc du if\ juillet avait été l'occasion de violentes manifestations. On pétitionnait ouvertement pour demander l'abolition de la royauté et Petion, maire de Paris, avait présenté lui-même, le 3 août, les pétitions des sections de la capitale. L'idée républicaine progressait à vue d'œil, et si, le loaoût, quelques centaines de royalistes fidèles se firent tuer en défendant les Tuileries, ce fut un simple incident qui n'avança ni ne recula la terrible échéance devant laquelle allait sombrer ce qui testait de l'ancien régime *.
Gomme on pouvait s'y attendre, les ennemis du clergé prétendirent que les prêtres insermentés avaient pris les armes et combattu contre le peuple dans la journée du lo août. De même, en i83o, il se trouva des gens pour dire qu'ils avaient vu les chanoines de Xotre-Dame tirer sur le peuple par les fenêtres de l'archevêché. Pour accréditer cette légende, on citait des noms : notamment celui du P. Lenfant, ancien jésuite et prédicateur très connu : on avait, disait-on, trouvé son corps parmi les cadavres des défenseurs du château ; or, le P. Lenfant n'avait pas été tué aux Tuileries, le loaoût, puisqu'il fut massacré à l'Abbaye, le 2 septembre. D'autres avaient vu porter au bout d'une pique la tête de l'abbé Ringard, curé insermenté de Saint-Germain-l'Auxerrois, et cependant, c'est seulement en 1799 que M. Ringard mourut en Belgique où il avait émigré. Tous ces récits inventés à plaisir
I. Tliiors, [{('volution française, i. If; 1. VII. — Darcstc, Histoire de FrancCy VII, 353-36o. — Aulard, op. cit., 21 3.
SER\IE\T DE LTlîEnTE-EGVLÎTE
n'en conlribiiaierit pas moins à cveillei- les passions sanguinaires de la foule incapable de raisonner et de réfléchir ; en montant les têtes, on créait une surexcitation dite patriotique dont les massacres de septembre seront le résultat ^,
Le jour même de la chute de la royauté, l'Assemblée, violant ouvertement la Constitution, décida que tous les décrets arrêtés par le refus de sanction royale seraient immédiatement exécutoires, et qu'à l'avenir, le roi ne serait plus autorisé à user de son droit de Veto. Le décret du ■37 mai, concernant la déportation des prêtres insermentés, allait donc être appliqué sans retard, et, de fait, la municipalité de Paris adressa aux sections, dès le 10 août au soir, la liste des évêques et prêtres suspects ; ordre leur fut donné de les mettre en arrestation et de les déposer soit à l'ancien couvent des Carmes de la rue de Yaugirard, soit dans les prisons de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, soit au Séminaire de Saint-Firmin. Il était cependant dit dans cette loi que les prêtres avaient un délai pour se mettre en règle avec l'obligation du serment et ce n'était qu'à l'expiration de ce délai que 20 citoyens pouvaient rédiger et signer la demande de déportation ; mais on n'en était plus à compter avec les illégalités.
Serment de liberté-égalité.
La formule de serment avait été modifiée, afin de supprimer la mention du roi dans une promesse de
I. Barruel, Histoire du clenjé pendant la Révolution, II, 67,