‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 102 sur 146 · SERME>*T DE LIBERTE-EGALITE · texte numérisé non relu

SERME>*T DE LIBERTE-EGALITE

lîdrlilr que l'Assemblée avait été la première à méconnaître. Voici donc en quels termes le nouveau serment était conçu : (( Je jure de maintenir de tout mon pouce voir la Liberté et l'Egalité, ou de mourir en les « défendant'. » Tous les fonctionnaires ou pensionnaires de l'Etat devaient le prêter, et, par suite, presque tous les prêtres y étaient astreints, puisque tous ceux qui n'avaient pas d'emploi dans le clergé constitutionnel étaient censés recevoir une pension de retraite -.

Il se produisit de grandes divergences d'opinion dans le clergé insermenté au sujet de cette formule «' ; les uns, dit l'auteur de la vie de M. Emery, condamnaient ce serment parce qu'ils croyaient y voir une adhésion formelle à la Constitution civile du clergé. De plus, ces mots de Liberté et d'Egalité avaient déjà été tant de fois profanés qu'il y avait lieu de se demander si ceux qui promettraient de les maintenir n'accepteraient pas implicitement les conséquences antisociales qu'on avait commencé à tirer de ces deux principes. Pour d'autres, au contraire, ce nouveau serment était purement civil. La religion n'y était pas impliquée ; liberté signifiait exclusion du despotisme, égalité : abolition des privilèges.

Les vicaires généraux à qui M. de Juigné avait laissé le gouvernement de son diocèse, eurent immé-

I. Vie de M. Emery (par l'abbé Gosselin), 1, 3o5. Il y a plusieurs versions de la seconde partie du serment. M. Gosselin dit : « ou (If mourir à mon poste. » Les deux formules sont ('(juivalentes : c'est do la phraséologie pure.

•1* Décret du i/i août 1792.

.'). Sicard, op. cit., III, 27^29^.

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diatcmont à répondre aux consultations qui loru' venaient non seulement du clergé de Paris, mais aussi des diocèses voisins. M. f^mery, supérieur de Saint- Sulpicc, était particulièrement interrogé. Après avoir mûrement réllcchi, et avoir pris l'avis de ses confrères du Séminaire, M. Emery conclut, d'accord avec la plupart d'entre eux, que le serment pouvait être prêté. Le refuser c'était s'exposer à la déportation immédiate, c'était laisser sans défense et sans conseils les fidèles auprès desquels ils exerçaient un ministère d'autant plus actif que les circonstances devenaient plus critiques ^.

Toutefois, pour mettre sa conscience à l'abri de tout scrupule, M. Emery fit consulter par écrit le député Gensonné, de la Gironde, qui avait été le rapporteur de la loi ; il saurait par lui, pensait-il, comment la loi devait être interprétée et cela suivant l'opinion de ceux qui l'avaient rédigée.

Voici les quatre points du mémoire qu'il lit présenter à Gensonné : u i" J'ai envisagé, et j'envisage le serment comme renfermé dans l'ordre civil et politique.

{( 2" J'entends par Liberté en général tout ce qui exclut le despotisme d'un côté et la servitude de l'autre et plus particulièrement, j'entends par liberté cet état où l'on est gouverné par des lois et non par des volontés arbitraires.

(( 30 J'entends par Egalité, premièrement la répartition des impôts entre les citoyens, en raison de leurs

I. Vie de M. Emery, I, 3o5. — Méric, Histoire de M. Emery, ■ Sicard, op. cit., 325-336.

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facultés, sans aucun privilège; secondement, l'application des mêmes peines aux mêmes délits, sans aucune distinction de personnes ; troisièmement, le droit pour ;haque citoyen d'aspirer et de parvenir aux emplois mr le mérite et les services, sans qu'aucun puisse être exclu sous le prétexte seulement de l'obscurité de sa naissance ou de la modicité de sa fortune.

(( 4" J'entends par les lois dont il s'agit dans ce serment les lois qui ont pour objet de maintenir la liberté et l'égalité ainsi entendues K »

Gensonné, après avoir lu la consultation de M. Emery, lui fit dire en propres termes : a J'ai envisagé et j'envisage le serment comme renfermé dans l'ordre civil et politique -. »

Rassuré par cette interprétation officielle, M. Emery crut pouvoir autoriser ceux qui le consultaient à prêter le serment. De plus, le Conseil archiépiscopal fit rédiger par l'un de ses membres, M. Béchet, ancien supérieur du séminaire d'Avignon, et vicaire général de Paris, un mémoire justificatif, qui fut envoyé au Pape, aux cardinaux, aux évêqucs émigrés et aux vicaires généraux qui administraient les diocèses de France -^

Ce fut à cette occasion que s'engagea une vive controverse qui a d'autant plus d'intérêt qu'elle se renou-

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