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LA. LOI DE DÉPORTATION. -- LES ARRESTATIONS. LES MASSACRES

La loi du 3O août 1792. — Les arrestations. — Los massacres.

La loi du '20 août 1792.

La loi de déportation, illégalement rendue exécutoire par le coup d'Etat du lo août, ne tarda pas à être considérée comme trop indulgente, et, le 26 août, elle fut aggravée, sinon refaite entièrement et cette fois sans les atténuations qu'on y avait insérées peu avant pour ne pas trop effaroucher l'opinion et obtenir la sanction royale. Du moment que l'action pondératrice du veto ne s'exerçait plus, il n'était plus nécessaire de s'en tenir aux demi-mesures, et les sévérités du nouveau régime n'avaient plus besoin de se dissimuler derrière les précautions oratoires. Voici les dispositions principales de la loi qui a été comme le testament de l'Assemblée Législative sur le point de disparaître :

Art. r*. — Tous les prêtres assujétis au serment de 1791, et qui ne l'ont pas prêté, ou qui, l'ayant prêté, l'auront rétracté, doivent sortir dans les huit jours de

'aSIi la loi Dl 'iC) AOUT 179'?

leur département, et dans les quinze jours du territoire français.

Art. 2. — Ils sont tenus de se présenter devant leur municipalité et de déclarer dans quel pays ils veulent se retirer ; ils reçoivent alors un secours de route et un passe-port, indiquant le délai dans lequel ils doivent être sortis du royaume.

Art. 3. — Le prêtre qui n'aura pas fait la déclaration ci-dessus, sera déporté à la Guyane française.

Art. 5. — Le prêtre qui ne sera pas parti dans le délai marqué sur son passe-port, sera condamné à dix ans de détention.

Art. 6. — Tous les autres ecclésiastiques insermentés, séculiers ou réguliers, simples clercs, minorés ou frères lais, sans exception, ni distinction, quoique n'étant pas assujétis au serment de 179T, seront soumis à toutes les dispositions précédentes, lorsqu'ils auront été l'occasion de quelque trouble... ou lorsque leur éloignement sera demandé par six citoyens domiciliés dans le même département.

Art. 7. — Les infirmes et les sexagénaires ne seront pas tenus de se déporter.

Art. 8. — Us seront réunis au chef-lieu du dépaitement, dans une maison commune, sous l'inspection de la municipalité et de la police^.

'. Duvergier, Lois et décrets, r" t'dition. IV, 209.

Les arrcsiations.

On n'avait pas attendu le remaniement delà loi pour commencer les poursuites contre les prêtres dits « réfractaires ». Dès le soir du lo août, la municipalité de Paris, je l'ai dit, transmettait aux sections les listes d'insermentés, déjà prêtes depuis longtemps.

Plusieurs évêques étaient alors réunis à Paris, et ils furent les premiers à être recherchés. L'archevêque d'Arles, M. Dulau d'AUemans,, reçut, dès le ii août, la visite de la police. Il était particulièrement désigné par sa courageuse attitude à la Constituante. On n'ignorait pas que, resté à Paris, il voyait souvent le roi, et on était autorisé à croire que ses conseils avaient été pour quelque chose dans les quelques actes énergiques des derniers mois, mais surtout dans la résistance aux lois de persécution. Les fédérés marseillais avaient une animosité particulière contre l'archevêque d'Arles; cette ville, voisine et rivale de Marseille, avait montré peu de penchant pour la Révolution, et c'est contre les x\rlésiens que les fédérés de Marseille avaient fait leurs premières armes.

On perquisitionna dans les papiers de l'archevêque, rue du Petit-Bourbon (partie de la rue Sulpice qui va de la rue Garancière à la rue de Tournon), et on saisit toute sa correspondance avec les prêtres insermentés de son diocèse et avec les évêques relevant de sa métropole, qui avai<'nl passé à l'étranger. 11 fut donc mis en arrestation à la section du Luxembourg, avec SCS vicaires généraux, l'abbé Pierre-François Pazery de

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Thoramc el l'abbé Foucauld de Pontbriarit ; on arrêta aussi les deux neveux de l'abbé de Thorame, qui étaient chanoines, l'un à Blois, l'autre à Fréjus. Les domestiques, également arrêtés, furent élargis, mais l'archevêque et ses quatre compagnons furent envoyés à la prison des Carmes, où, tous les cinq, ils périronl le -}. septembre ^

Le i3 août, les agents de la section furent envoyés chez l'évêque de Beauvais, François-Joseph de La Rochefoucauld, qui, depuis son refus de serment, avait été remplacé comme évêque de l'Oise, par l'abbé Massieu, l'un des membres les plus influents du Comité ecclésiastique de la Constituante. M. de La Rochefoucauld s'attendait à son arrestation, et, le matin même, il avait rédigé sous forme de testament, une admirable profession de foi, qui ligure dans les actes du procès de sa béatification. Quand on vint l'arrêter, il était prêt et ses papiers étaient en sûreté. Au moment où on allait l'emmener, les policiers virent arriver un autre évêque : c'était Pierre-Louis de La Rochefoucauld, évêque de Saintes, qui vivait avec son frère, et qui réclamait l'honneur d'être, lui aussi, mis en prison. Il n'était pas sur les listes de suspects ; en effet, le diocèse de Saintes ayant été supprimé, en 1791, il n'avait pas été invité à prêter le serment, et, n'ayant pas refusé ce qu'on ne lui avait jamais demandé, il avait passé ina-

I. Articles du procès de béalificaiion, hk-'-yh ; 2G0; :20i ; 2-0 ; 2-0. Par articles, il faut entendre les conclusions, les articulations que le postulaleur d'une cause de béatification se fait fort de démontrer au cours des procédures. L'œuvre des jupes consiste à établir si ces assertions sont fondées ou non.

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perçu. Mais quand a int l'heure du danger, il ne voulut pas être séparé de son frère, et obtint sans peine d'être conduit à la prison des Carmes, où tous deux devaient trouver une mort glorieuse '.

L'évêque de Glermont, M. de Bonal, ])ut fuir à temps; celui de Dijon, M. de Monstier de Mérinville. fut arrêté, mais échappa aux massacres. Celui de Saint- Brieuc, M. de Regnauld-Bellescize ne fut arrêté que plus tard et mourut en prison le 20 se])lembre 179O. Les évêques de Yabres, de Die, de Saijit-Papoul et d' Alais, étaient, comme celui de Saintes, titulaires de sièges supprimés et n'étaient pas portés sur les listes de réfractaires à arrêter : ils ne furent pas inquiétés.

Pendant la Terreur, M. de Saint-Papoul, Maillé de Latour-Landry, habita Passy, avec l'abbé de Boislève. Il faisait son service comme garde national, assistait aux séances de sa section et s'acquittait des fonctions épiscopales dans les chapelles secrètes. Après le 9 thermidor, il officia ponlificalement dans les églises réouvertes, donna la confirmation, fit d'assez nombreuses ordinations et ce n'est qu'en 1798 qu'il se laissa prendre. Condamné à la déportation, il fut envoyé à l'île de Ré, et ne fut mis en liberté qu'après le 18 brumaire; il mourut évêquc de Rennes en i8o4 ^.

Au bout de trois jourvS de perquisitions, une soixantaine de prêtres étaient déjà enfermés aux Carmes ; on

I. Articles, 55-81. — Louis Audiat, Deux victimes des septembriseurs Pierre-Louis de la fiocliefoiicaiild, dernier évêque de Saintes et son frère l'évêque de Beauvais. Lille, Desdée, 1897.

■>.. \" {\v Mme, Un évèque de l'Ancien liéijime sous la HévoUition. — Mijr de Maille La-Tour-Landry, l'aris, l^oissoii, i8<j:'|.

los av.nil mis dans l'église. Ce qui surprendra, c'est que les religieux Carmes, qui conlinuaient à mener la vie commune dans le couvent ne furent nullement inquiétés entre le lo août elle 3 septembre. Ils restèrent dans l'étage supérieur qui leur était affecté, sans qu'on pensât à eux ; de leurs fenêtres, ils purent assister aux massacres, mais leur vie ne fut pas menacée ; ils en furent quittes pour de graves inquiétudes et, dés qu'on put circuler aux environs, ils se retirèrent, rien ne leur faisant supposer qu'une autre fois, ils seraient épargnés.

En même temps qu'on essayait de s'emparer de la personne des évéques, la police s'occupa d'arrêter les vicaires généraux de M. de Juigné, mais, avertis à temps, ils avaient pu se mettre en sûreté : on ne trouva que l'abbé Gervais, secrétaire général.

Le II, les fédérés se présentèrent à la maison où étaient réunis les prêtres de Saint-Sulpice, qui n'avaient pas prêté serment ; leur curé, M. de Pancemont, était caché dans une maison particulière ; la paroisse étant aux mains des constitutionnels, les prêtres insermentés célébraient la messe dans diverses chapelles du quartier*. On arrêta MM. Dubray, Massin, Ponthus, ïessier, vicaires, M. ïexier, choriste, qui furent mis à mort 2, et MM. de Douay, Barbé, de Piadignac et de Lostande, qui s'échappèrent des Carmes

I. Notamment celles des Bénédictines de la rue Cassette, des Bernardines de la rue Honoré-Chevalier, de l'instriictiou chrétienne, rue du Pot-de-Fer (Bonaparte) et des Orphelines, rue du Vicux-r Colombier.

■j. Articles, i/|5-i5i.

pendant les massacres. Rue Cassel le était la maison des Clercs de la paroisse : depuis l'intrusion de M. Poiret, ils n'assistaient plus aux offices à Saint-Sulpice, mais se rendaient le samedi soir à la succursale d'Issy, dirigée par M. Dubourt^ : une perquisition faite le ii août amena l'arrestation du supérieur, M. de Savine, et d'un diacre, M. Boubert, qui lui était adjoint^.

En interrogeant les prêtres arrêtés à Saint-Sulpice, on reconnut que l'un d'eux était l'abbé Desprez, vicaire général de Paris, qu'on avait inutilement cherché à son domicile : l'abbé Desprez de Roche, chanoine de Nevers, âgé de 4i ans, avait été appelé en 1789, au conseil de l'archevêché de Paris. Il reconnut sans peine qu'il avait continué ses fonctions, donné des pouvoirs, accordé des dispenses, reçu des rétractations ; il fut écroué aux Carmes. Il ne se faisait pas illusion sur le sort qui l'attendait; un de ses amis, l'abbé Cormeaux, raconta que le mois précédent, ils avaient fait ensemble le pèlerinage de Montmartre, et qu'au lieu où la tradition place le martyre de saint Denis, ils avaient olfert leur vie à Dieu et demandé la grâce de faire généreusement le sacrifice qu'ils s'attendaient à se voir demander. Un seul des deux pèlerins devait être exaucé 2.

C'est dans les communautés ecclésiastiques et les séminaires (pie les agerds des sections savaient devoir faire des captures importantes. Après avoir visité la maison des prêtres de Saint-Sulpice, ils se rendirent,

I. Arlklcs, 188-189. — '''"^ ^'' '^^' ^iiii'ry, I, ■'■^■i- ■'.. Id., 82-8',.

:)A)0 LES MUIESÏATIONS

toujours le i r août, au séminaire de Saiiil-Firmin, rue Saint-Yiclor, dont quelques bâtiments subsistent encore au coin de la rue des Ecoles et de la rue du Cardinal-Lemoine. C'était l'établissement fondé par saint Vincent de Paul, sous le nom de séminaire des Bons-Enfants, et les Lazaristes en avaient toujours gardé la direction^. Aucun d'eux n'avait prêté serinent en 1791, et c'est ce qu'on devait attendre de prêtres qui étaient l'objet de la rancune toute particulière des Jansénistes. Depuis que les prêtres insermentés avaient été chassés de leurs églises, un assez grand nombre d'entre eux s'étaient réfugiés dans ce séminaire où beaucoup avaient fait leurs études, auprès de maîtres sous la conduite desquels s'était développée leur vocation sacerdotale. On y comptait trois jeunes vicaires de la banlieue de Paris, tous trois insermentés : les abbés Dufour, de Maisons-Alfort^, Giroust, de Gennevilliers '^ et Le Laisant, de Dugny, le frère de celui-ci, vicaire dans le diocèse de Goutances*... en tout une vingtaine de prêtres assez mal logés, car la section du Jardin-des-Plantes avait loué quelques mois avant la moitié de la maison pour y installer son comité et un poste de garde nationale. La partie restée à la disposition des Lazaristes fut convertie en maison d'arrêt, et ses habitants en furent les premiers prisonniers. Ils ne tardèrent pas à y être rejoints par

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