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été nommé (( prédicateur du Roi », distinction très appréciée. Les dignités et les bénéfices opulents étaient venus à lui plus encore qu'il ne les avait cherchés : vicaire général de Bourges, prieur de Ploërmel, abbé de Monlfort, il ne lui avait manqué que quelques quartiers de noblesse pour devenir évoque, et il eût probablement été un fort bon évéque, mais il était roturier. Il passa dans le camp des mécontents, et, dans un discours de circonstance qu'il prononça, en 1788, à Suresnes, à l'occasion du couronr^ement d'une rosière, il trouva moyen de développer tout un plan politique, et de dire son fait au gouvernement. La Cour y répliqua en lui faisant enlever son titre de prédicateur du Roi. Il se lança dans l'opposition ouverte^. C'est alors qu'il publia son livre : De la religion nationale, qui a les allures d'un manifeste révolutionnaire. Je dis révolutionnaire, parce que tout est relatif à cette époque; on est surpris, quand on lit ce livre, de la modération des
1, Le 23 février 1790, l'abbé Fauchet prononça, à Saint-Etienncdii-Mont, VOraison funèbre de l'abbé de l'Epée, mort le :i'i décembre 1789, célèbre comme instituteur des Sourds-Muets et grandement prôné par les Jansénistes, comme appelant de la Bulle (les Nouvelles ecclésiastiques donnent le texte de son appel, daté de 1739). Cette oraison fimèbre a été imprimée aux frais do la municipalité chez Lottiu, à Paris. Dans son exorde, Fauchet rappelle « les (( temps douloureux où la Religion paroissoit consacrer les injus- (( tices du Sceptre ». Le 21 juillet, Fauchet prend encore la parole pour faire VEloije de Benjamin Franklin, qu'il appelle le « Docteur des dations », et il prend l'occasion de cette cérémonie pour tonner contre le fanatisme et l'intolérance. S'étant presque excusé, pour être conséquent avec lui-même, d'avoir pris parti pour les Jansénistes dans son précédent discours, il fut vivement attaqué par les Nouvelles ecclésiastiques, pour qui nul n'avait de talent et de vertu qui ne fût inféodé à leur coterie. (Nouv. eccl., 9 oct.)
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(Icniandes qui y sont formulées. L'abbé Fauche l, comme l'abbé Laurent, croyait sans doute aller très loin : ses lecteurs étaient peut-être effrayés de ses hardiesses ; la Cour jeta les hauts cris contre un pareil scandale. Il n'en est pas moins vrai que, dès l'année suivante, Faucliet dut fortement hausser le ton pour se trouver au diapason général et pour conserver quelque autorité sur le parti qui s'était mis à sa suite. Malgré ses emportements oratoires, il était fait pour être un modéré ; bien qu'évêque constitutionnel du Calvados, il finit par défendre toutes les causes contre lesquelles il s'était élevé en déclamations fuiibondes ; il plaida la cause des insermentés, tlétrit solennellement le mariage des prêtres, et protesta courageusement contre la condamnation de Louis XVI. Avec de telles opinions, il ne lui restait plus qu'à se faire guillotiner : il le fut, le 3i octobre 1798, avec les Girondins. S'il avait vécu quelques mois de plus, il eût pu voir comment avaient évolué les idées qu'il lançait timidement dans son ouvrage sur la Religion nationale, et il eut été épouvanté en mesurant le chemin qu'elles avaient fait».
Le livre de Fauchet est surtout écrit contre la Cour, conire la{|uelle il avait des rancunes à satisfaire. La « religion nationale » doit être, selon lui, celle du Pape et non celle du Roi. Le concordat de François I", ([ui met la collation des bénéfices entre les mains du pouvoir royal, est « une conception infernale », et il
r. l'isatii, lirpcrloin', vAc, i(h)-\~i. Consulter aussi la Vie de Fnuchel, par l'abbé Cliarrior, de Nevers,([vii paraîtra sons peu chez (;iiani{)ion, à Paris.
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fallait l'anéantir. C'est contre tout droit que l'Etat prétend intervenir dans les matières purement ecclésiastiques, surtout dans la législation du mariage^ L'Eglise doit être autonome pour le règlement des affaires où elle a une exclusive compétence. Comme remède à ces désordres, Fauchet propose que les bénéfices soient donnés à l'élection ; trois noms seront présentés pour les cures aux évêques et pour les évêchés au Roi, — et notons que cet adversaire de l'immixtion du pouvoir royal dans les questions bénéficiaires ne jîeut s'empêcher de rendre au Roi d'une main ce qu'il a essayé de lui retirer de l'autre. — Quant à l'institution canonique, elle sera donnée aux curés par les évêques, et aux évêques par le Pape.
Le corps électoral ne sera pas le Chapitre, comme l'avait réglé le droit canonique, mais il sera composé par moitié de prêtres et de laïques, les uns électeurs de droit, les autres choisis par leurs pairs, suivant une construction ingénieuse, mais compliquée, dont les projets de l'abbé Thùin nous ont donné un premier spécimen, et dont l'abbé Siéyès sera le fabricant inépuisable jusqu'à la fin de la Révolution.
Le clergé inférieur est trop nombreux, et c'est pour
I. Barniel, commentant ce passage {Journal ecclés'msl'Kfue, octobre 1789, i3G-i37), paraît bien d'accord avec Fauchet : « II faut « laisser de côté tous les barbouillages que certains théologiens et « jurisconsultes, de France et d^\llemagne, pour flatter le despo- (( tisme des Princes et des Tribunaux, ont écrit sur de mariage, (( considéré comme sacrement et dans les rapports moraux. Il (( n'appartient qu'à l'Eglise de décider cette doctrine. Ce qu'elle a « lixé au Concile de Trente est au-dessus de toutes les atteintes des « trônes et lie souverainement les consciences. »
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cela que les trois quarts des curés et vicaires meurent (le faim. Il faut conserver 4o.ooo curés ; un vicaire pour ({uatre paroisses rurales, soit lo.ooo, et lo.ooo prêtres auxiliaires pour les grands centres de population. On les rémunérera honnêtement au moyen d'une caisse centrale formée par la suppression partielle ou totale (les couvents et parla réduction des bénéfices auxquels n'est pas attachée la charge d'àmes. Par suite, on arrivera à la suppression progressive du casuel, qui est un impôt odieux sur la piété, et qui désalfecUonne le peuple des pratiques religieuses ^.
Ainsi, quelle que soit la forme employée par les écrivains qui proposent des remèdes aux difficultés de la situation, que ce soient des dissertations pacifiques ou des récriminations hargneuses, qu'on s'en tienne à de modestes tentatives limitées aux réformes les plus pressées, ou que l'on demande un bouleversement général de toute l'organisation ecclésiastique, nous \ oyons se dégager quelques idées principales, qui sont communes à tous, tout en étant exprimées en termes (liderents.
I. L'ouvraf?c de l'abbé Faucliet fut vivement critiqué par BarrucI (Jonrnnl errU'sinslUnie, jiûMel 1781), ■i'\b--2'j-î ; septembre, .'î-35, et oclobrc. iliu-iOy). (]cpeiulant Barruel commence son premier article en citant les vers :
Sunl bona inixta maiis, etc.
t il reconnaît le bien fondé de plusieurs des revendications cx- |.ritnées dans l'ouvrage. Voir, dans le mémo journal, l'article de Barruel (août, 'loô-'ii'i) à propos du discours sur la Liberté, proiionci'- |)ar l'abbé Fauchet dans l'éf^lise dii Saint-Jacques, le 5 août, au cours de la cérémonie consacrée à la mémoire des citoyens morts à la prise de la Bastille.
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Avant tout, l'amélioration du sort de ceux qui travaillent utilement au soin des âmes. — Cette amélioration procurée par la réduction des fonctions jugées inutiles. — Collation des emplois aux plus dignes et non aux mieux recommandés. Pour arriver à ce résultat, élections ou présentation de candidats par listes, en dehors desquelles l'évéque ou le Roi ne pourront porter leur choix.
C'était, au fond, ce que les cahiers avaient dit, notamment à Paris ; c'étaient du moins ce que pensaient les rédacteurs de ces cahiers, même quand ils avaient cru devoir envelopper leurs aolmix de formules restrictives. Ce sont hien les hases sur lesquelles on essaiera d'asseoir la Constitution civile du Clergé, et si cette Constitution n'avait rien contenu de plus, il est certain que le Saint-Siège ne l'aurait pas repoussée.