‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 19 sur 146 · R. P. Jean, op. cit., 2O · texte numérisé non relu

R. P. Jean, op. cit., 2O

2. Pisani, Rrpertoire biographique de l'Episropat conslilntionnel, 371-37/,.

M. DE Jl ir.NK, EVEQUE DE CHALONS

.1/. de Juigné, évêqiic de Chalons (176^1-1782).

L'abbé de Juigné, placé très jeune sous la direction de ce vétéran, risquait d'être gagné au parti que favorisait son supérieur : il n'imita que ses vertus ; cependant, en 1764, quand il fut appelé à l'évêché de C.ht\lons-sur-Marne, les Nouvelles Eeclésiastiqiies le comblèrent d'éloges : « doux et modéré, rempli de zèle dans ses visites pastorales », il allait consoler les amis de l'Eglise, affligés par des nominations dues à des intluences ullramon laines. M. de Juigné ne répondit pas aux espérances qu'on avait fondées sur lui : il ne témoigna aucune sympathie pour les amis des Noiirelles Ecclésiastiques, et, quand il eut établi dans son diocèse la fête de saint Vincent de Paul, qui était la « bête noire » des Jansénistes, on le déclara « aussi imbu de préventions qu'aucun évêque conslitulionnaire ^. »

Très attaché à ses devoirs d'évêque, M. de Juigné publia des mandements fort remarqués, et un Rituel (\\i"\\ réédita sous le titre de Pastoral, lorsqu'il fut archevêque de Paris : c'était un excellent manuel d'administration et de théologie pratique, en tout conforme aux récentes décisions de Rome. Personne n'a dit qu'il en ait été le seul rédacteur, et même on nommait ceux qu'il avait chargés de tenir la plume ; mais c'est une marque de talent que de savoir choisir judicieusement ses collaborateurs'^.

I. C*ost-à-(lire partisan de la ^institution on Rnll<; inigcniliis. ■2. On a (l«''si<rn(' r;ihl)('' Revers, chanoino de Saint- Honoré et

8o M. DE .11 JIGNK EST NOMMÉ V PARIS

Ce qui caractérise M. de Juigné plus que les publications faites sous sa direction, c'est sou zèle et sa charité ; il était le père des pauvres, des orphelins et des allVigés ; en un mot c'était un homme de cœur. En 1770, la \ille de Saint-Dizier, qui appartenait alors au diocèse de Châlons, fut dévastée par un terrible incendie; à la première nouvelle du désastre, l'évêque réunit tout ce qu'il a d'argent, en emprunte même à ses serviteurs, fait atteler son carrosse, et franchit en une nuit les quatorze lieues qui le séparaient de ses diocésains éprouvés. Le feu continuait ses ravages : l'évêque s'élance dans les maisons en flammes, dans l'espoir de sauver quelque victime ; il disparut dans les nuages de fumée et faillit périr ; la nouvelle de sa mort se répandit jusqu'à Châlons, où elle jeta la consternation. \ussi fut-il reçu avec des transports de joie quand il rentra dans sa ville épiscopale^

M. de Juigné est nommé à Paris.

Ge fut le choix spontané du roi Louis XYl, qui le transféra à l'archevêché de Paris. Il y trouva un diocèse fortement troublé par les affaires du Jansénisme ; les sévérités de l'inflexible Christophe de Beaumont n'avaient servi qu'à exciter les esprits frondeurs des Parisiens : la Cour ne l'avait pas approuvé, le Parlement

l'abbé Plunkett, professeur au collège de Navarre ; il utilisa certainement la plume de l'abbé Charrier, son aumônier et bibliothécaire.

I. Fisquet, op. cit., 507. — Sicard, l'Ancien clergé île France, I, liQh.

M. DK .TIIGNK EST >()MMK \ PAHIS Si

avait tiiliiiiiK' contre lui, et, dans le clergé même, la ri<j^uciir de la répression avait apitoyé sur le sort de rcNollés qui avaient su se donner des airs de victimes.

Le nouvel archevêque employa tout ce qu'il avait de prudence et de bonté pour apaiser le conflit, mais le succès ne répondit qu'en partie à ses eflbrts. Lors de la publication de son Pastoral, les jansénistes s'acharnèrent contre lui ; les écrits de Maultrot et de Larrière en font une critique acerbe; et, en 1786, l'ouvrage fut dénoncé au Parlement qui reçut la plainte et l'enterra *.

Les calamités publiques se joignirent aux désordres des esprits pour accabler la France. La récolte désastreuse de 1788 aggrava une situation déjà très dillicile, et pendant l'hiver 1788-1789, la misère dépassa celle des années précédentes, accroissant dans une proportion nouvelle les charges du généreux archevêque. Les (ioo.ooo livres que raj)portait l'archevêché de Paris lui avaient permis jusqu'alors de donner avec magnificence : chaque jour, des centaines de pauvres rece- \ aient à la porte du palais archiépiscopal les aliments pré|iarés pour eux ; on ne sait pas le nombre de pauvres honteux et d'ecclésiastiques sans ressources à qui une pension était servie, mais cette dépense montait rha(pi(> armée à })lus de 100.000 livres. Quand il s'agissait d'une grande infortune, d'une famille à tirer d'une position critique, c'étaient 10.000, im.ooo livres que

I, Ij;s Juiist'-iiisles ne se découragèrent pas : el oti lil, dans les \ouvellr.'i ecclésiastiques des 10 el a'i avril. 9.() mai. '.^ juin, 10 et il juillet 17s*), de cofiienx articles on la doctrine de TarclKnèqne i':»t altii<|ii«!;c a\ec autant du passion ipK; d'injustice.

83 M. DK J LIGNÉ EST XJMMÉ A 1>\UIS

riUcho\o(|uo (loiinail d'iiri coup. Aussi, alin do se réserver aussi ]ar<j;e (fue possible la pari des malheureux, M. de Juigtiés'iiilerdisail tout lu\e, ce qu'il appelait un (( larcin fait à l'indigence ». On lui proposait d'acheter les volumes dorés sur tranche d'une l)ibli()- Ihèque princière. a Des livres couverts d'or, tandis que mes pauvres sont couverts de haillons ! Ne m'en ^^arlez pas ^ ! ))

Au début de l'hiver de 1788, il fallul lrou\er beaucoup plus que ce que rendait rarchevêché ; en tendant la main, le prélat recueillit Soo.ooo livres; puis il ^endit son argenterie, et enfin, à bout de ressources, il obtint sous la caution de son frère le marquis, un prêt de 100,000 écus 2.

Tel était l'archevêque de Paris : tel il sera peridaut l'émigration en faisant partager les ressources qu'il avait sauvées du naufrage à des centaines de prêtres exilés^. Et quand Napoléon voudra lui faire accepter un canonicat dv Saint-Denis en 180G, il vaincra ses résistances en lui disant : (( Mais, Monseigneur, c'est

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