I . Kisfiiicl, op. cit
M. DE jligm: et les et vts-generaux
(la lit à la confiscalion de tous les biens de l'Eglise. Il fallait du coup d'reil et de la décision et c'est précisément ce qui manciuait à l'archevêque de Paris ^
.)/. de Jidgné et les Etats-Généraux.
Son premier acte public dans la période qui nous intéresse fut un mandement du 24 avril 1789, paru au moment oi^i commençaient les assemblées électorales de Paris. On était alors à la période des espérances illimitées ; et il semblait à la masse inexpérimentée des Français que par le seul fait que les Élals-Généraux seraient réunis, les terribles embarras dans lesquels le pays se débattait allaient disparaître comme par enchantement. Partageant, au moins en apparence, la
I. « Mgr do Juigiio nous apparaît comme 1111 prélat v<';rilable- « ment apostolique, ami de la paix, d'une vie sans tache, d'un (( cœur qui le place au premier rang pour la charité dans \\n épis- « copat que nous avons vu toujours prompt à une générosité . « sans bornes. En retour, une certaine inconsistance dans sa con- « duite politique, plus de bonté que de génie, poiid de ces dons « brillants qui auraient pu marquer d'une traînée lumineuse son (( passage à la Constituante et son pontificat; point assez même (c de cette ferme prévoyance qui trace d'avance la ligne à suivre, « et ne s'en laisse détourner par aucun obstacle... » (Sicard. op. cit., H, ZiOa.)
M. Sicard rappelle; à ce propos le. jugement cpie le clianoine Legendre, dans ses Mémoires, l'orm\ilait sans indulgence siu- le cardinal de Noailles : « Ce fut un malheur pour lui que la fortvu a l'eût élevé à l'archevêché de Paris. Il n'était {M»int fait pour unt u aussi grande place : il faut, pour la remplir, un génie supé- (( rieur, des talents, delà capacité et c'était ce qu'il n'avait point. » Celte appréciation pourrait s'appliquer par quelques points à yi, de Juigné.
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croyance du grand nombre, M. de Jiiigîié trace en termes éloquenfs le programme des travaux de l'Assemblée : (( Rétablir dans l'administration des finances (( l'ordre et l'économie ; l'économie ! le plus riche tré- (( sor des nations et des rois î Assurer la dette de l'Etat « et rétablir le crédit national ; réformer les injustices (( dans la répartition des tributs et faire refluer sur les (( riches la surcharge des pauvres ; accomplir le vœu le (( plus cher au cœur du roi, le soulagement de la porte fion la plus nombreuse et la plus malheureuse de (( ses sujets ; réparer non seulement nos anciens « malheurs, mais prendre les précautions les plus « efficaces pour les empêcher de renaître ; profiter « des anciennes lumières qui éclairent l'administra- (( tion pour en améliorer toutes les parties, pour (( perfectionner les lois, pour étendre le commerce et (I eurourager les arts; faire refleurir le plus utile de « tous : la respectable agriculture ; en un mot, embras- « ser tout ce qui peut contribuer au bonheur et à la (( gloire du Koi et de la Nation, dont les vrais intérêts (( seront toujours inséparables ; quels travaux plus (( dignes d'enflammer le zèle des vrais citoyens, des (( vrais amis de la Patrie et de l'Humanité ! »
Solon, Lycurgue et Phocion sont appelés en témoignage, conformément aux lois de la rhétorique du temps, en faveur des réformes attendues. De vibrantes déclarations afïirment qu'avant tout, il faut se préoccuper des intérêts du peuple : « le salut du peuple, (( voici la loi suprême! Voilà le premier principe (^t « comme la fin dernière de tout gouvernement juste ! (' \ous ne crMindi-ons pns de dii-e rpie les grands, (|ue
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(( les rois cux-iiièmes n'existent que pour le bonlicur (( du peuple. » Mais le bonheur des peuples doit être avant tout l'œuvre des rois. La Nation française proposera à Louis Wl « les précautions nécessaires pour le (( préserver des surprises qui environnent les princes », déclaration qui convient que des abus existent, et il ajoute que, pour y remédier, il faut « conserver invio- (( labiés les principes de la Monarchie » ; il fait en elfet l'éloge de la constitution monarchique : « Nous ne déve- (( lopperons pas à des Français les motifs qui doivent « les attacher à l'heureuse forme de levu' gouverne- « ment, gouvernement monarchique, le plus ancien (( de tous, le plus conforme à la nature, puisqu'il tire « son origine de l'autorité paternelle; gouvernement <( le plus avantageux pour les grandes nations, par les (( troubles et les discordes dont il les préserve; gou- (( vernement cher à la Religion, qui vénère en lui (( l'Unité et la Puissance de Dieu^. » C'était le langage de tous les défenseurs du droit divin, mais le moment n'était pas loin où il allait devenir iFuntelligible à ceuxlà même qui se disaient et se croyaient encore royalistes.
Le '^5 mai, M. de Juigné fit son entrée dans la salle des États-Généraux : il était en habit de chœur, et précédé d'un ecclésiastique en surplis qui portait la croix archiépiscopale. Ce cérémonial provoqua quelques murmures moqueurs sur les bancs des curés, mais on^ applaudit pourtant quand le Cardinal Dominique de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, qui présidait,