‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 23 sur 146 · M. DE J LIGNÉ KT LES ÉTATS-GÉ>'É1\AU · texte numérisé non relu

M. DE J LIGNÉ KT LES ÉTATS-GÉ>'É1\AU

se leva, el adressa aux députés de Paris un salut de bienvenue.

Vn mois s'élait écoulé depuis les paternelles exhortations de l'archevêque et. après avoir annoncé que les trois ordres écarteraient loin d'eux tout esprit de niésinteUigence et de livalilé, il tombait, dans mie assemblée qui était déjà i)rofondémeut divisée.

Dès qu'il avait été question de la vérification des pouvoirs des l-^oo députés, la question s'était posée de savoir si les trois ordres y procéderaient ensemble ou séparément. Ce point était en apparence secondaire, mais de la solution adoptée allait dépendre le développement idtérieur de la procédure de l'Asseml)lée. Délibérant ensemble, les trois ordres pouvaient (liiTicilement voter séparément, et, le vote individuel des députés une fois admis, c'en était lait de la prépondérance que levendiquaient les deux ordres privilégiés.

11 ne manquait pas de députés du clergé qui fussent partisans de la réunion des ordres ; beaucoup pensaient que cette mesure était désirable, et déjà quelques-uns le disaiejit. C'était non seulement la majorité des curés, mais aussi quelques évéques : Champion de Cicé, archevêque de Bordeaux, Lefranc de Pompignan, archevécpie de Vienne, Lubersac, de (Chartres, Colbert-Seignelay, de Rodez, Chalmazel, de Coutances, du Tillet, d'Orange, s'étaient mis à la tête de ce parti ^ . Ce n'étaient pas certainement des révolutionnaires, mais des esprits enclins à la conciliation à tout prix. Al. de Cicé ne dissimulail pas ses opinions : pour lui, il n'y avait pas de

Sir;inl.

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reformes efficaces tant que la Noblesse et le Clergé auraient le pouvoir de paralyser les initiatives du Tiers. Mais l'influence des évêques n'était pas en rapport avec leur dignité : en effet, ils apportaient à 1' Vsseniljlée, avec des dispositions généreuses, une inexpérience qui rendait à peu près inutile leur bonne volonté ; tout était nouveau pour eux anx Etats-Généraux : il ne s'agissait plus de ces réunions ecclésiastiques où l'évéque, respecté et redouté, présidait au milieu du silence ; à rVssenibléc.il n'y avait plus d'évéques, mais seulement des citoyens (c'était admis de tous), et pour passer de la théorie à la pratique, il fallait oublier tout iiii passé ; le bruit, les apostrophes rendaient la parole difficile à desorateius qu'on n'avait jamais interrompus que pour les applaudir.

11 y avait une grosse part d'illusions chez les prélats qui étaient disposés à faire campagne en faveiu* du Tiers, tout en sauvegardant les droits et privilèges de leur ordre ; mais la plus vaine de ces illusions était de s'imaginer qu'on désarme des ennemis en leur faisant des concessions ; on ne fait que les exciter à poursuivre leurs attaques, et on joue le personnage ridicule du « guillotiné par persuasion ».

A la tête du parti de la résistance, se trouvaient le cardinal de Rouen, Dominique de La Rochefoucauld, esprit médiocre, les archevêques d'Aix et d'Arles, Boisgelin et Dulau, l'évéque de Nancy, La Fare et surtout M. de Bonal, évéque de Glermont. C'est à leurs côtés que l'archevêque de Paris alla se ranger K

ï, Sicard, op. cit., Il, i'i7.

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M. (le Juif/ ni' à r\sscni/>l('c.

Depuis un mois que durait le conllit sur lavérificalion des pouvoirs, ou s'épuisait à trouver quelque solution moyenne, conciliant des prétentions contradictoires, ou tout au moins réservant l'avenir, et ces projets tombaient les uns après les autres, comme impraticaliles ou comme contraires aux prétentions de l'un ou de l'autre côté de l'Assemblée. La Cour hésitait, encoiira«,^eait un jour ceux qu'elle devait abandonner le lendemain, suivant les influences qui avaient dominé momentanément l'esprit indécis de Louis XVI, la Reine ou \ecker, Luxembour«>- ou Liancourt, le comte d'Artois ou l'archevêque de Bordeaux.

Le i3 juin, trois curés poitevins, Jallet, Ballard et Lecesve, passant des discours aux actes, se présentèrent dans la salle des députés du Tiers, où ils furent reçus avec des explosions d'enthousiasme : — le lendemain, cinq de leurs confrères les imitaient; — le 18, ils étaient qninze curés ayant quitté la salle de leur ordre pour siéger avec les Communes ^

Le If) juin, l'archevêque de Paris présenta à la Chambre du clergé une motion affirmant l'autonomie des trois ordres, et maintenant, sauf l'avis du roi, la vérification des pouvoirs par ordre. Après plusieurs heures de discussion, et un scrutin qui montra combien étaient ])n)londément di\isés les membres ecclésiasti(|ues de l'Assemblée, on Nota sur la léunion au Tiers-

I, Darcsic, Ifisloin- de Fniiirr, \ II, iO'|. — Sicar.l, oj). cil., lôi.

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Etat, qui fut adoptée par 149 voi\, c'est-à-dire par une assez faible majorité ^.

Ce vote n'était pas terminé, mais le résultat en était déjà connu, que le cardinal de Rouen et l'arclievêque de Paris se rendaient au château de Alarly, afin de rendre compte au roi de la défection du ])remier ordre de l'Etat.

Personne ne sait au juste ce ({ui fut dil dans cette entrevue : des représentants de la Noblesse et du Parlement y assistaient. Thiers rapporte qu'on supplia le roi de renvoyer les députés et de prendre des mesures énergiques pour réla]3lir la monarchie absolue dans toute son intégrité : le Parlement aurait été jusqu'à promettre par la voix de ses représentants, qu'il enregistrerait sans discussion tous les édits de finance (pii seraient jugés nécessaires ponr parer aux dilhcultés ([ni avaient motivé cette malencontreuse convocation des Etats-Généraux. Ce qu'on sait, c'est que rien ne fui fait, au moins ce jour-là. Les mesures énergiques qui eussent peut-être sauvé la situation ou du moins ajourné la crise, furent renvoyées à plus tard, et, (juand on y recourut, il n'était plus temps. Une séance royale fut

1. Deux propositions étaient en présence : l'adoption de la vérification en coninmn, c'est-à-dire l'union aux (loninnmes, et un"^ projet transactionnel, dit « plan de conciliation. » Sur ■jyg votants, j?>o voix se prononcèrent pour le plan de conciliation, ce qui revenait à dire que le clero:é entendait réserver l'avenir quant à l'union avec le Tiers-Etat, laô pour la réunion pure et simple, eti 19 députés pour des opinions diverses. La majorité absolue étantj de i/io voix, il n'y avait pas de majorité; on proclama cependant! l'adoption du projet de conciliation ; mais les partisans de l'uniouj réclamèrent le même soir un second vole et triomphèrent par i/ig| voix contre i38 (Journal ecclésiastique, p. So-j).

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seulement décidée pour le ^3 juin, et le roi déclara qu'il parlerait avec fermeté.

Il parla en effet, mais on ne l'écouta pas ; il ordonna, mais on ne lui obéit pas. 11 fallait des actes et on s'en tint aux paroles. Louis était un violent timide, a dit Malouel '.

Le voyage de M. de Juigné h Marly avait été connu, il avait été commenté avec d'autant plus de détails qu'on n'en connaissait aucun ; dn racontait qu'il s'était présenté devant le roi un crucifix à la main, l'adjurant au nom de Dieu de sévir contre la rébellion naissante : [ mais ce que nous savons de M. de Juigné permet difQcilement de lui attribuer cette attitude de ligueur. Cela n'empêchait pas les commentaires de marcher : c'est alors que se forma cette légende de l'archevêque de Paris complice des accapareurs qui voulaient affamer ses diocésains, en payant les meimiers pour qu'ils cessassent de moudre afin d'amener le renchérissement des farines. C'était bien mal reconnaître la charité de celui qui s'était ruiné pour nourrir les malheureux !

Le 34 juin, comme M. de Juigné quittait 1' Vssemblée pour se rendre à la maison des Lazaristes, où il avait pris domicile -, une foule énorme l'attendait ; des cris hostiles sont poussés, des pierres sont lancées sur la voiture, des hommes armés de bâtons, des femmes hurlantes se jettent au devant des chevaux ; le cocher est assez adroit poui- se dégager et gagne à toute bride

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