‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 37 sur 146 · L\ RELIGION D ETAT · texte numérisé non relu

L\ RELIGION D ETAT

conséquence, les Juifs d'origine allemande furent privés de cette faveur *.

Jusque-là, on n'avait pas abordé de front l'épineuse question de la religion d'Etat : les propositions votées avaient un caractère purement négatif, et ceux-là même qui voulaient abolir le privilège du catholicisme ne jugeaient pas opportun de soulever le débat trop tôt ; les idées qu'ils voulaient faire triompher n'étaient pas encore mûres dans certaines têtes ; parmi les Jansénistes acquis à l'ensemble des réformes, il s'en trouvait comme Camus, Martineau et Durand de Maillane, qui se seraient montrés irréductibles sur ce point, et il était nécessaire de compter quelque temps encore avec eux.

En avril 1790, les bancs de la droite commençaient à se dégarnir : nobles et prêtres se retiraient de cette Assemblée dont la direction leur échappait : 3oo d'entre eux avaient regagné leurs provinces ou étaient passés à l'étranger, ne voulant plus se solidariser avec des hommes dont les doctrines leur faisaient horreur ; ils pensaient que leur abstention allait discréditer l'Assemblée, rendre ses efforts stériles et frapper de nullité des mesures qu'ils voulaient faire avorter. Déplo-

I. Grégoire avait compose avant la Révolution un Essai sur la réyéncration physique et morale des Juifs, couronné par l'Académie de >ancy en 1788. Il va entreprendre aussi une campagne en faveur des nègres. Ses écrits sur cette question ont été nombreux et souvent remaniés: on connaît son livre -sur la IS'oblesse de la peau, son rapport sur les peines à infliger aux négriers. Sous l'Empire, Grégoire employa ses loisirs à reprendre les tlièscs qu'il a\ait autrefois défendues ; il composa son livre sur la Littérature (les M-gres et «le nonjbreux passages de ses écrits antérieurs ont tn»u\é place dans sa grande. ///sifoi/'tf des Sectes religieuse:^ (iSki).

\[\ LA RÉLiGio?» d'État

rable calcul, qui fait peser sur ses auteurs une lourde part de responsabilité ! Ils laissaient sous l'action désormais toute-puissante des meneurs cette masse de députés sans expérience politique, sans convictions arrêtées, qui allait maintenant voter tout ce qu'on lui demanderait.

Le 13 avril 1790, le Chartreux Dom Gerle, au cours de la discussion sur les Ordres religieux, demanda à la Constituante, de proclamer u que la Religion Catlio- (( lique. Apostolique et Romaine* est et demeurera tou- (( jours la Religion de la Nation, et que son culte sera (( seul autorisé ». C'est sur ce texte que s'engagea la bataille décisive : on entendit Cazalès et l'évéque de Nancy parler en faveur de la religion nationale ; le marquis de Virieu et surtout Mirabeau défendirent le sentiment contraire, et la séance fut renvoyée au lendemain. Pendant la nuit, l'émotion qui avait été soulevée dans la Chambre, se communiqua au dehors. Les clubs naissants et la rue commencèrent à intervenir dans les débats parlementaires ; des menaces de mort étaient lancées contre les députés qui a^aient parlé de la Religion d'Etat. Obéissant à je ne sais quel mot d'ordre, des groupes menaçants s'étaient formés autour de la salle des séances, et Lafayette crut devoir tripler les postes de la Garde Nationale qui la protégeaient ^. Sous la pression des agitateurs du dehors, on renonça à se prononcer, et on vota une motion ambiguë du duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Il y était dit « que (( l'Assemblée ne se reconnaissait aucun pouvoir sur

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