CE QUE LE PVPE M RA[T VV CONCEDER
Louis XIV, aux lieures de sa plus orgueilleuse prépotence, n'avait jamais pensé que ses nominations pussent conférer à un prêtre les pouvoirs de l'épiscopat. Il pouvait investir du temporel ceux qu'il désignait, mais là s'arrêtait son pouvoir, et, quand il voulut se passer de l'institution pour ceux qu'il avait choisis, il dut user de ces miséral)les sul)terfuges auxquels Napoléon aura recours à son tour après sa rupture avec Pie VU et qui n'aboutiront qu'à faire des intrus.
Mais, ol)jeclaient les érudits de l'école gallicane, te Pape n'instituait pas les évêques pendant les premiers siècles : saint Hilaire, saint Aubin, saint Avit, saint Arnould, saint Lambert se sont passés de l'institution pontificale. Ce serait à établir autrement qu'avec des textes douteux ou mal interprétés^. Et, en admellant que cela le fut, il y aurait à savoir si, vu la difficulté des communications, le Pape ne donnait pas alors délégation à certains évêques pour en instituer d'autres dans les régions lointaines ; c'est ce ([ui se passe encore aujourd'liui, malgré le télégraphe, pour quehpies vicariats apostoliques, au moins en temps de persécution. Et enfin, même si cet usage avait pu exister, dix siècles s'étaient écoulés depuis qu'il avait complètement disparu, et l'Église avait le droit de modilier sa discipline sur ce point, d'après les circonstances de temps et de lieux; et en tout cas elle avait une compétence moins
I. La nouvcllr conatitnHon civile du clergé jmtifu'e contre les évêques opposés, ou tableau des canons de l'Eglise qui l'autorisent, avec des notes qui rappellent l'état primitif de l'Eglise de France (par M. Saillant, alors incdcciii, puis en 1790, prêtre constitutionnel et curé de Villiers-le-Bel). Paris, 1792, p. 17.
discutable en pareille malièie, que l'Assemblée Constituante.
Si l'accord possible ne se fit pas, c'est précisément à cause de cette prétention des Constituants de légiférer en matière religieuse ; les sopbismes séduisants de Mirabeau nous montrent où était le principe d'incompatibilité : discuter en vue d'un accord leur eût paru une faiblesse, c'était avouer qu'ils n'avaient pas de pouvoirs aussi absolus qu'ils le prétendaient, et que, quand il s'agit des âmes, ils n'en avaient aucun. Or, ils venaient de bouleverser toutes les institutions du pays. Finances, Justice, Armée, Administrations provinciales et communales, la Royauté elle-même ; jusquelà, ils avaient été écoutés, applaudis, leur œuvre était proclamée admirable, la soumission universelle traduisait à la fois la stupeur qu'inspirait tant d'audace et la confiance que leur accordait la Nation désireuse de sortir à tout prix d'un régime détesté. Ceux qui n'avaient pas voulu se soumettre avaient disparu et s'étaient eux-mêmes annihilés en passant à l'étranger. Le pouvoir de l'Assemblée était écrit daus la loi, il était ratifié par les faits... et l'entêtement de quelques prêtres allait les obliger à cesser de légiférer pour se mettre à négocier !
A Rome, cependant, on avait attendu, et, il faut l)ien le dire, on fut pris au dépourvu. 11 y avait un nonce h Paris, Mgr Dugnani, et un auditeur, Mgr Quarantotti^ : il seml)le (pie leur perspicacité ait été mise en défaut, car ils n'aAortirent pas le Secrétaire d'Ktat
I. La Chiesa e lo Stalo in Francia durante Ui liivolmionc, par M^^r Giobbio. IU)riH'. \<)(^'}, p. -:<,.
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qiio les choses pionaiont une tournure tout autre que celle qu'ils avaient prévue *. Leurs dépêches citées par ïheiner, sont rédigées avec conscience quand il s'agit des faits, mais ils n'avaient rien compris aux idées. Le Cardinal de Bernis, ambassadeur de France à Rome, présentait les pièces officielles dont il était chargé, mais le peu de sympathie qu'on lui connaissait pour les idées nouvelles empêchait le gouvernement français de le tenir au courant de tout, comme c'était son devoir ; et y eut-il été que son rôle diplomatique ne lui eut pas permis d'user de tout ce qu'il savait-. A Home, on comptait sur de longues et épineuses discussions : on se documentait pour être en mesure d'y faire face, peutêtre avait-on déjà déterminé quelques points sur lesquels il y aurait à céder, tout en ne battant en retraite que pas à pas, suivant les formules traditionnelles en pareil cas. Comme les généraux autrichiens, les diplomates pontificaux allaient être surpris par une lactique nouvelle de brusques attaques. Une commission de cardinaux avait été spécialement chargée
I . Documents inédits relatifs aux affaires de France, publiés par le P. Augustin ïheiner, t. I, p. 26/1.
■t. L'histoire des négociations entre Paris et Rome pendant l'année 1790, se trouve admirablement exposée par M. Fréd. Masson dans son ouvrage sur le cardinal de Bernis (chapitres \1V et XV). On y voit d'abord combien fut conciliante l'attitude du Pape dans la question des Annates (pp. /lOo-'iliô), puis, quand se traita l'affaire des réformes religieuses, on voit les manœuvres de M. de Montmoinn. ministre des Affaires étrangères, pour endormir la vigilance de la cour romaine et escamoter une discussion qu'il fallait éviter à tout prix, puis([u'il était évident qu'elle ne pouvait conduire qu'à un conflit (pp. /177-A90). Voir aussi les articles de N. D. de Lagorce, i^arus dans le Correspondant des 25 août et 10 septembre 1908.
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d'evaniiiier les affaires de France ^, et n'eut-elle pas servi à autre chose, elle i'oiiriiissait aux négociateurs éventuels le prétexte facile pour obtenir des délais et prolonger les atermoiements.
Le 29 mars, une allocution consistoriale- était publiée, où le Pape manifestait à l'Église universelle ses inquiétudes tempérées par l'espoir que la crise aurait ime issue favorable. Puis, par divers brefs adressés aux évêques, aux prêtres et communautés qui le consultaient 3, le Pape donnait des directions et des encouragements ; il manifestait sa désapprobation à l'égard des projets de la Constituante, mais il s'abstenait d'intervenir officiellement, afin de laisser au roi et à ses ministres leur liberté d'initiative, et de leur permettre de résoudre eux-mêmes les difficultés de la situation.
Le Pape croyait sincèrement que Louis XVI n'accepterait jamais la constitution civile; mal renseigné sur le caractère de ce prince, il avait en sa piété, son attachement à l'Église, une confiance que les événements allaient mal justifier. Le Saint-Père comptait aussi sur l'épiscopat ; il le savait très opposé à tout bouleversement, et lui croyait assez d'autorité pour empêcher le vote de la loi. Dans cette conviction, il