IV CO>ÎSTITLTIO:V CIVILE EST VOTEE
])nsillaniinc. Les ministres de Louis \VI firent en sorte que les lettres de Pie VI restassent inconnues : on organisait autour du roi la conspiration du silence, et Louis X\ I se voyait seul avec ses scrupules, au milieu de ceux qui avaient résolu de l'en faire triomphera
Que pouvait faire le Pape pour amener un revirement de l'opinion? S'adresser aux e'veques? Mais les évoques étaient tout convertis : ils étaient d'accord avec Rome pour repousser la Constitution civile, mais ils étaient à peu prés impuissants et désarmés. L'Episcopat répondit à la promulgation de la loi en publiant, le 3o octobre, son « Exposition de principes », qui en contient une brillante réfutation et où les évéques offrent unanimement leur démission, s'il est jugé que le bien de la Religion la demande. C'était un beau morceau, aussi bien écrit que sagement pensé, mais (juel en fut le résultat ? Combien changèrent d'opinion après l'avoir lu 2 ?
1. Lu des conseillers de Louis \^"I lui disait : a II ne faut pas céder aux émeutes ; s'il faut céder, ce doit être pour les prévenir ; » ce qui revient à dire que les concessions n'ont de prix que lorsqvi'elles sont faites à temps et spontanément , sans quoi, elles ne sont que des capitulations.
2. En adressant au roi VExposition de principes, M. de Boisgelin lui écrit, en date du 1 1 novembre 17(10 {And de la Religion, loc. cil.): « Sire, j'avois prévenu Votre Majesté sur la nécessité dans « laquelle se trouvent les évéques députés à l'Assemblée de « manifester leurs sentiments sur divers points de la constitution « civile du clergé, conformément aux principes de l'Eglise. »
« Cette déclaration devenoit indispensable pour concourir (( même aux vues de Votre Majesté ; il paroit que le Pape a désiré « connoître nos sentiments. La proclamation du Roi, publiée « avant sa réponse, a changé les circonstances dans lesquelles (( Votre Majesté lui a écrit. 11 est intervenu plusieurs mande-
LA CONSTITLTIO^J CIVILE EST VOTEE l'O
La masse populaire ne se laissa pas enlaïuer par cette argumentation serrée; elle préférait suivre le courant, et applaudir aux phrases à eflet des orateurs révolutionnaires. Sans doute, il n'y avait pas que des mots dans tout ce qui venait de s'accomplir : des réformes fondamentales avaient fait disparaître bien des abus, et on ne voyait pas encore ceux qui devaient sortir de ce bouleversement. Mais, en dehors de la satisfaction éprouvée par tous ceux qui gagnaient au nouvel ordre de choses, il régnait sur toute la France un courant factice d'enthousiasme et d'attendrissement qu'un savant ajustement appelé une « névrose » ; une excitabilité anormale se manifestait à tout propos : on ne pouvait apprendre le vote d'une loi sur les hypothèques sans fondre en larmes, et les périodes oratoires tombant à jet continu sur ce terrain détrempé y déterminaient les manifestations les plus saugrenues d'un eml)allement maladif.
La Constiluti(jn civile profita de cette tendance à l'approbation de parti pris ; déjà, à cette époque, on faisait de tout ce qui était élaboré par la Constituante un bloc intangible, et quiconque eût contesté l'àpropos de la moindre mesure était soupçonné d'être traître à la Patrie.
(( ments, discours et lettres de plusieurs évéques. Le Pape attend « que les dispositions de l'Eglise gallicane lui soient mieux con- « nues avant do rien décider de Ini-nièmo. Il est de la pins « grande importance, dans IV-tat actuel. <prii puisse donner une « réponse et tracer une conduite, au moins provisoire, dans « laquelle les évèqucs puissent s(; réunir. »
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PoiwaU-oii [n'êicr senne ni ?
Et cependant, était-il permis aux catholiques de se soumettre à la loi du serment? Contenait-il quelque chose de contraire à l'enseignement de l'Eglise? Nous avons vu plus haut comment les théologiens répondaient à cette question. Mais il n'est pas inutile d'examiner la formule même, avant de nous prononcer sur ce point d'une gravité exceplionnelle, puisque de là devait sortir ime désunion profonde et durahle entre les deux parties du clergé, suivies chacune par une fraction de la nation catholique.
La formule de serment était rédigée en termes ([u'on avait volontairement rendus vagues et équivoques. En voici le texte : « Je jure de veiller avec soiîi sur les « fidèles du diocèse (ou de la paroisse) qui m'est (( confié ; d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi, (( et de maintenir de tout mon pouvoir la constitution (( décrétée par l'Assemblée et acceptée par le Hoi. »
Veiller sur son troupeau avait toujours été le devoir du pasteur; être fidèle à la Nation, c'était le vœu de tous les bons Français ; promettre de respecter la Loi et de servir le Roi, c'étaient encore de douces obligations pour ceux qui avaient été constitués gardiens de la morale et défenseurs de la vérité. Maintenir la Constitution? L'élaboration de la constitution était la grande affaire de tous depuis la convocation des Etats- Généraux ; on avait unanimement reconnu la nécessité de réformer beaucoup d'abus, et, sous un nom ou sous un autre, c'était la Révolution. Révolution pacifique
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fralornollomonl onlrcpriso avec une noblo omulalion, faite de concessions et de sacrifices généreusement consentis par les privilégiés dans un esprit d'abnégation véritablement digne de l'Evangile. Le résultat attendu avec impatience par tous, c'était une constitution •imprégnée des idées de justice et de liberté; tous appelaient le jour où elle entrerait enfin en vigueur. Mais cette constitution était-elle celle dont il était question dans le serment? était-ce à elle qu'il fallait jurer fidélité? On a pu le croire; il n'est pas impossible qu'on ait clierché à le faire croire, mais, en janvier 1791, ce n'est pas de celle-là qu'il pouvait être question, piiisfju'elle n'était pas encore complètement votée. 11 y avait là un équivoque : la constitution dont parlait le serment était la constitution civile du clergé, c'est-à-dire une loi qui, en dépit des protestations plus ou moins sincères de ses rédacteurs, faisait passeiaux mains de l'Etat une partie de la puissance spirituelle et disputait au Pape le pouvoir modérateur qu'il exerçait légitimement, en vertu de la constitution même de l'Elglise. Cette ambiguïté permettait de jeter la suspicion sur ceux qui n'accepteraient pas la nouvelle organisation religieuse et de les faire passer auprès des masses ignorantes pour les défenseurs d'un régime dont personne ne souhaitait le retour. Plus tard, (juand il faudra rendre les prêtres odieux, on les présentera comme les partisans attardés de la monarchie déchue; mais en 1791 tout le monde était ou feignait d'être monarchiste, et pour jeter l'impopularilé sur le clergé, on tente de faire croire qu'il s'oppose à la suppression des abus que la constitution a condamnés.
C'osl pour n'avoir pas saisi collo dislinclion qiio dc^ écrivains mal informés prétendent que le serment était inofîensif et que c'était un acte d'opposition déraisonnable et puéril que de se refuser à le prêter.
Or il y avait deux classes dans le clergé : ceux que leur culture mettait à même de reconnaître le danger et ceux qui n'étaient pas assez instruits pour en comprendre le véritable esprit. Les évéques, les professeurs de théologie, les prêtres des villes, qui avaient suivi la discussion de près et qui étaient au courant du mouvement des idées, ne pouvaient garder d'illusions; ceux qui se lancèrent dans le courant constitutionnel le firent en complète connair^sance de cause : c'étaient des ambitieux, heureux de l'occasion qui s'offrait àeuv de pêcher en eau trouble ; des dévoyés qui espéraient trouver un moyen de secouer le joug d'engagements trop lourds pour leur conscience ; c'étaient aussi d'honnêtes égarés, gallicans, joséphistes, richériens ou jansénistes chez qui les préjugés anti-romains avaient complètement oblitéré le sens chrétien:
Mais, dans sa masse, le clergé n'était accessible ni aux passions méprisables, ni aux erreurs d(^gmatifpies. et c'est pour les sul^oiner que la Révolution prit au début le masque de la religion ; nous savons quelle confiance méritaient les professions de foi des meneurs, mais alors on les écoutait avec une naïve crédulité et ce n'est que plus tard qu'on fut édifié sur leurs intentions.
Prise en elle-même la Constitution civile avait pour admirateurs tous ceux qui avaient protesté contre les abus de l'ancien régime et qui voyaient enfin détruites
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les inégalités dont ils s'étaient olïusqiiés. Elle donnait pleine satisfaction aux légistes gallicans, heureux d'assister enfin à l'avènement d'un régime conforme aux plus audacieuses de leurs théories.
Dans le clergé, la nouvelle loi ne manquait pas de partisans. Ce n'est pas la fameuse allocation de I.300 livres qui en avait gagné le plus ; nous avons déjà dit que l'avantage inscrit dans la loi faisait plus d'effet de loin que de près; si haut que se fussent plaints les curés congruisles, ils ne profitaient pas tous de l'unification des traitements, et plusieurs y perdaient ; si l'abolition du casuel eût été effective, presque tous se seraient vus moins riches qu'avant la Révolution*. De plus ils avaient à compter avec les exigences croissantes du fisc : la contribution extraordinaire de 1790 les avait privés du quart de leur revenu, et, par la suite, les impôts devinrent de plus en plus lourds; on essayait cependant de les alléger pour les petits revenus, et de leur faire suivre une échelle progressive, mais, en comparant les feuilles d'imposition qui sont annexées à certaines pièces d'archives, on voit que les moindres taxes dépassaient de quatre ou cinq fois le taux ordinaire de ce qui se payait avant 1789. C'était une insuffisante consolation de savoir que pour d'autres les impôts avaient décuplé.
I. Sicard, op. cit., II, 20G-208, «J'ai promis do prouver qu'en (( général, loin d'être amélioré, il est bien empiré, le sort de ces (( hommes en faveur de qui la France entière réclamait, qui se <( sont jetés avec tant de confiance dans la Révolution, qui deux <( fois, peut-être plus, ont sauvé la France. » (iré^roire. De In h'ditindtr du serment civique. Paris, i7((i.
I(So l>OrVVTT-ON PRETER SERMENT
Si la (fiieslion d'argent avait pesé sur l'esprit du plus grand nombre des ecclésiastiques, c'eût été, selon moi, pour leur faire regretter le passé, et les indisposer contre les réformes. Mais, à de très rares exceptions près, le clergé était désintéressé, et les questions de sous lui étaient indifférentes.
Plus sensibles du côté de l'amour-propre, les curés n'étaient pas fâchés de voir disparaître le privilège qui traçait un fossé infranchissable dans les rangs de leur ordre ^. L'accessibilité aux dignités ecclésiastiques, en dehors des considérations de fortune ou de naissance, les avait grandement flattés : même ceux qui n'avaient pas d'ambitions personnelles, se réjouissaient de ne plus appartenir à une caste de parias ; voir leurs égaux parvenir à l'épiscopat les consolait des mépris qu'ils avaient subis en silence, mais non sans une secrète rancune.
Les jansénistes saluaient le nouveau régime dans lequel ils se plaisaient à voir l'aurore d'un retour aux antiques vertus ; c'était chez eux un sentiment sincère et pur; ils avaient souffert en voyant le luxe et la frivolité envahir le sanctuaire, l'incrédulité pénétrer dans le peuple, et la morale perdre une partie de son ancienne rigidité : il leur semblait que, ramenée au culte des traditions primitives, la Religion allait refleurir plus fervente, plus pure et plus conforme à leur austère idéal 2.