DANS QUELLE PROPORTION LE CLERGE A-Ï-IL JURE
Dans certaines listes, il est fait mention des rétractés, et M. Sagnac en tient compte très loyalement, mais d'autres listes ont été faites avant les rétractations et on y compte comme assermentés ceux qui bientôt reviendront sur leur serment.
Autre source d'erreur : outre ceux qui prêtèrent et refusèrent le serment, il y eut ceux qui le prêtèrent avec des restrictions : dans quelques pays, les restrictions ne furent pas admises; ailleurs on compte comme assermentés tous ceux qui jurent, que les serments soient ou non accompagnés de conditions ; ailleurs encore, on impute à la colonne des refusants tous ceux qui joignent quelque modalité à la formule. Or, lessermentsconditionnels aboutissaient tantôt au serment pur et simple, tantôt au refus absolu. Donc, on ne sait pas dans quelle catégorie il convient de ranger ceux qui jurent sous condition.
Ces réserves faites, je ne puis contester que le travail très consciencieux et très scientifique de M. Sagnac ne fasse faire un pas décisif à la question. Jl ne s'agit pas de le chicaner sur quelques unités, mais de dégager de ses recherches quelques idées générales.
On s'est souvent préoccupé de la question de savoir dans quelle proportion le clergé a prêté le serment de 1791 ; beaucoup d'écrivains y ont répondu en cherchant des arguments dans leurs préférences personnelles ; tous s'accordent pour constater une quasi-unanimité, mais dans les deux sens opposés. Les admirateurs de la Constitution ci\ile ont alfirmé que presque tous les prêtres ont juré; les adversaires ont dit que le parti constitutioruiel ne se composait que de
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(jucl(|iies dévoyés et de quelques indignes. De très nombreuses monographies diocésaines qui ont été publiées dans ces vingt dernières années remettent la question au point, et corroborent absolument les inductions de M. Sagnac. J'en suis venu de mon côté, et par une voie différente, aux mêmes conclusions, savoir que la moitié du clergé paroissial, le tiers du cleigé tout entier de France, a adhéré à la Constitution civile, mais avec de très sérieuses variations locales dues à des causes dont l'étude détaillée risquerait de nous entraîner très loin.
De ses recherches, M. Sagnac déduit et il montre dans sa carte qu'il y a eu quatre principaux foyers d'opposition à la Constitution civile : i" l'Alsace et une partie de la Lorraine, par suite du voisinage de la frontière, qui permettait aux réfractaires de se réfugier de l'autre côté du Rhin, en cas de danger, sauf à reparaître quand la surveillance se relâchait ; 2° le Nord, de la frontière des Pays-Bas jusqu'à la partie septentrionale de la Picardie, pour la même raison ; 3° le Maine et la Bretagne, pays classiques de la foi agissante ; 4' le Bas- Languedoc, c'est-à-dire la zone qui du Puy va jusqu'à Nîmes en s'étendant sur toute la contrée où une partie de la population est protestante ; la lutte avait fortifié les catholiques et leur avait inspiré l'horreur des dissidences religieuses.
Par contre, les points où le serment trouva le plus de partisans sont : i " le Sud-Est (Provence et Dauphiné), où la proportion des jureurs arrive, pour certains districts, à 96 "/o ; 2" au Centre, un îlot qui embrasse les départements actuels du Loiret, du Cher, de l'Indre, de la Creuse, de l'Allier et de l'Yonne ; la
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défection de rarchevèqiie de Sens et de l'éveque d'Orléans avaient beancoup servi la cause constitutionnelle ; 3" à un moindre degré, le Sud-Ouest, d'Angoulême à Bayonne.
Pour 43 départements sur 83, M. Sagnac a relevé 14.047 serments contre 10. 3o5 refus, sur 24-442 prêtres, soit ime moyenne de 67,6 "/o- En tenant compte des corrections que j'ai suggérées plus haut, la proportion tomberait aux environs de 5o "/o-
En supposant que les 4o départements restants ont fourni la même proportion, il y aurait eu de 25 à 3o.ooo prêtres assermentés; mais si le chiffre total des curés et vicaires était d'environ 60.000, le clergé, dans son ensemble, et abstraction faite des religieux, comptait au moins 100.000 individus. On en arrive donc, quelle que soit la méthode adoptée, à cette proportion de moitié pour le clergé paroissial, et d'un tiers pour l'ensemble du clergé séculier.
C'était beaucoup, mais nous venons de voir quel ensemble de causes avait profité au parti constitutionnel ; les Brefs de 1791 commenceront à désagréger ce bloc, la persécution de 1793-1794 l'émiettera, et nous pourrons constater qu'à l'époque du Concordat, les survivants de répiscopatconslilulionnel ne comptaient plus dans leur obédience que quelques centaines de collaborateurs.