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LE SERMENT A PARIS

leurs menaces à exécution. Protégé par ses prêtres, par les suisses, par la Garde Nationale, le curé fut plutôt porté qu'entraîné dans la sacristie dont les portes se refermèrent, puis, vaincu par l'émotion, il tomba sans connaissance. Bailly, maire de Paris, alla l'exliorter à renoncer à ce qu'il appelait une fatale résolution. (( J'écoute ma conscience », disait M. de Pancemont, et I3ailly lui répondit par cette parole grosse de conséquences : (( Quand la loi a parlé, la conscience doit se taire i. »

Lorsque le calme se fut un peu rétabli, on procéda à la cérémonie du serment, car le public ne voulait pas s'être dérangé pour rien -. On avait eu la précaution do s'assurer de quelques concours bénévoles. Ce fut d'abord l'abbé de FaveroUes, aimionier de l'iiôpitaldes

1. Vie de M. Emery, par M. Gossclin, I, a/JA-alS. - - Méric, Histoire de M. Emery, I, i6o-i0:j.

2. C'est une pieuse tradition dans la famille siilpicienne que pas un de ses membres ne faiblit pendant la persécution; elle est attestée par MM. Gosselin, Méric et Hamel. Et cependant, comme s'il fallait ([ue pas un corps ccclésiasticpie ne traversât la crise sans être atteint, il y eut une défection lamentable : celle de Guillaume (]haix, ancien directeur au séminaire et économe de la communauté paroissiale ; aigri par tles dilïicultés matérielles avec ses confrères, il se sépara d'eux, et tomba de cbute en chute aussi l)as qne possible ; il ne fut réconcilié qu'en 1802 par le cardinal Caprara (Arch. Nat., AF IV, 1912; nov. i8oi). Mais à coté de ce malheureux, que de noms glorieux !■ MM. Dubray, Massin, Pon- Ihus, Tessier et Texier, égorgés en 1792 ; plusieurs morts en exil, et parmi ceux qui survécurent M. de Pancemont, l'un des négociatevirs du Concordat, devenu évèque de Vannes, le futur cardinal de Latyl, archevêque de Reims, M. d'Orcet, qui sera évèque de Limoges, MM. Jerphanion, Levis, de Voisins, Gueudeville. de Réravenant, qui seront d'éminents curés de Paris pendant les premières années du xix'' siècle.

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Petites-Maisons ' ; puis quelques capucins, chapelains de l'hôpital de la Charité, divers prêtres exerçant un vague ministère dans les chapelles du quartier, des religieux sortis de leur couvent ; enfin un prêtre de Saintes, nommé Jacques Roux, interdit dans son diocèse de Saintes et venu à Paris à la recherche d'une position 2. Un autre capucin, suisse d'origine, et nommé Morel, attaché à la paroisse comme confesseur de langue allemande, représentait seul le clergé dépendant officiellement de M. de Pancemont ; encore ne tarda-t-il pas à se rétracter ; arrêté comme réfraclaire, il fut massacré aux Carmes.

I. Faverolles (H.-C-.L.) avait été militaire avant d'être prêtre; il quitta l'état ecclésiastique en i-v,i pour devenir aide de camp de Dumouriez, et quand celui-ci abandonna le Ministère de la Guerre, Faverolles fut nommé commissaire des guerres à l'armée des Pyrénées-Orientales ; dénoncé pour des correspondances compromettantes, il fut arrêté le •?.") frimaire an 11, transféré à la Conciergerie le G nivôse, jugé et guillotiné le i:j nivôse (i" janvier lyy'i). Arch. Nat., W. 3o6. — Wallon, Histoire du Tribunal révolutionnaire, II, 3o8.

■?. Jacques Roux, admis dans le clergé constitutionnel, fut vicaire à Saint-Marcel; il prêchait avec une telle passion révolutionnaire ([u'il mérita le nom (|u'il s'était donné do (( prédicateur des Sans-Culottes ». Il fut nommé oiïicier municipal en lycja et fut l'un des gardiens de la famille royale au Temple ; il fut même l'un des plus impitoyables, rompant brusquement les entretiens du roi et de la reine, ([uand le temps accordé à leurs entrevues ('tait écoulé. Quand il accompagna Louis XVI à l'échafaud, le prince le pria de remettre son testament à la reine, il lui répondit: (( Je suis ici pour vous conduire au supplice et non pour faire vos commissions. » Son ardeur démagogique lui valut d'être expulsé de la Convention en juin i7g3, alors ([u'il était venu au nom dosa section déposer une motion anarchique. Chassé de la ComunuKi pour friponnerie, il fut renvoyé devant le tribunal correctionnel; il attendait son jugement dans la prison de liicêtre (juand il se procura un couteau et se tua le ij janvier lyij'i.

200 rema:siemem- i>es circonscriptions paroissiales

Remaniement des circonscriptions paroissiales.

Une réforme qu'il est impossible de reprocher à la Constitution civile fut le remaniement des circonscriptions paroissiales ; il était réclamé depuis longtemps et il s'imposait. Malheureusement, pour y procéder, il eût fallu le faire accepter des curés, canoniquement investis de la juridiction, et ces curés, forts de leurs droits, ne s'y seraient pas prêtés volontiers; il eut fallu que l'archevêque fit un coup d'État pour supprimer leurs paroisses ; ils eussent attaqué comme d'abus la décision de leur archevêque et il y aurait eu d'interminables procédures; or M. de Juigné n'était pas disposé à faire usage de sa force, et il avait laissé aller les choses. Ce que sa mansuétude ne lui permettait pas, la Révolution l'accomplit, et les intéressés ne purent que se soumettre i.

Le nombre des paroisses fut ramené de 5a à 33, et, comme il avait été créé 8 paroisses nouvelles, la mesure de suppression porta sur 37 des anciennes, celles dont les dimensions étaient par trop exiguës, ou qui se trouvaient par trop voisines de celles qui étaient conservées ; enfin il se fit un remaniement général des circonscriptions pour mettre fin à des anomalies qui ne s'expliquaient pas.

I. La délibération de la Municipalité de Paris, en date du Il janvier 1791, fut approuvée par la Constituante le i3 et sanctionnée par le roi lo i5 janvier. (Guichard, op. cit., sect. II, a3'i.) Ce décret fut complété par celui des /|/ii février 1791 {ibid., a'ii- •.i7}?>), qui fixe les limites des nouvelles paroisses.

REMANIEMENT DES CmCONSGRlPTIOXS PAROISSIALES 20I

Sur la rive droite, Saint-François-d'Assise fut place dans l'ancienne église des Capucins du Marais, en prenant une partie du territoire de Saint-Paul, de Saint- Gervais et de Saint-Jean-en-Grève ^. Au faubourg Saint- Antoine, on détacha une partie de Sainte-Marguerite pour former la paroisse de Saint-Ambroise, ayant pour centre l'ancienne chapelle des religieuses Annonciades. Notre-Dame de Lorette, de chapelle vicariale dépendant de Montmartre, devint une paroisse urbaine pour Textrémité Nord de la paroisse de Saint-Eustache. Enfin l'église des Augustins de la place des Victoires

I. Le premier curé de Saint-François fut un abbé Sibire (André), qui avait appartenu, comme Fauchet, au clergé de Saint-Rocti. Dans sa jeunesse, il était parti comme missionnaire au Congo, le

10 septembre 17OO, et était revenu en mars 1768 (Archives du Séminaire colonial à Paris). Il se crut qualifié pour so joindre à Grégoire dans sa campagne en faveixrde l'émancipation des noirs.

11 publia en 1790 un écrit sur cette question, et son ami Fauchet, en signalant cet ouvrage aux lecteurs des Révolutions de Paris (n° ■>.()), le présente comme un voyageur intrépide ayant atteint (( le centre de l'Afrique » ; c'était le moins que pouvait dire ce faiseur d'hyperboles.

Sibire fut un des rares constitulioiuiels qui refusèrent absolument de se soumettre en iBoa ; ce n'est que longtemps après quota charité du curé de Saint-Paul vint à bout de ses résistances. H disait la messe à Sainf-Paul, et M. Loriche, curé de la paroisse, le recommande en termes émouvants à la charité du Grand-Aumônier : « Il a 8a ans, il est sourd, alïligé d'un chancre qui lui dé- « von; le nez et toutes les parties voisines du nez, ce qui le rend <( un objet non seulement de compassion, mais d'horreur pour « ceux qui le voient ; il dit la messe, mais le calice, h; linge, (( l'ornement et l'autel sont uniquement à son usage ; le reste du « temps, il est enfermé chez lui, rue Saint-Antoine » (F 19, 1157). Il mourut le 8 octobre i8-^.'}. Voir sur son incarcération pendant la Terreur. F 7, '1775/18, et sur sa misère pendant ses dernières aniié(w, K ,(). V^". I l 't". ii'i'i et ii().S.

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