GOBEL, EVEQUE DE PARIS
trois seuls assermentés ne conseillaient pas à imposer les mains à leurs nouveaux collègues, élus de la Nation. Gobel et Miroudot étaient sans doute évêques, mais évèques sans juridiction ; à la rigueur, ils pouvaient sacrer, mais non pas conférer l'institution canonique, transférée par la constitution du Pape aux évêques ; leur demander de communiquer une juridiction qu'ils n'avaient jamais possédée, c'était excéder les limites de la vraisemblance et ridiculiser les nouveaux administrateurs des diocèses. L'Assemblée, mise au courant par le Comité ecclésiastique des diiïicultés que rencontrait l'application de la loi, avait essayé d'y porter remède en votant quelques décrets de circonstance i. Après le refus d'institution de la part des anciens métropolitains et évoques, refus constaté par le ministère de deux notaires, l'élu devait se présenter devant le tribunal civil et introduire une demande d'appel comme d'alnis, et, si le tribunal jugeait l'appel recevable, il commettait un autre évéque pour donner l'institution 2. C'était une manière de sortir d'embarras, à condition cependant de trouver un évêque disposé à prêter son ministère : or, nous avons vu qu'il n'y en avait pas. 11 semble
1. Arliclos 3 à lo du décret des l 'i et lô/a/i novembre 1790, interprétant la constitution civile (Guicliard, op. cit., sect. II, 12G-129). La constitution civile dut être encore retouchée, quant aux élections et consécrations épiscopales par les décrets des 7/9 janvier (Guichard, op. ciL, sect. Il, 178), 21/30 février (J6/d., 191), i/Gmars (.ibid., 192), 10-20 mars (ibid., if)'i), 2 5-3o mars (ibid., 197), /|/G avri {ibid., 198), 19 avril/ 1 5 mai 1791 (ibid., 200).
2. Si le tribunal jugeait que le relus d'institution était fondé, le département convocjuait de nouveau les électeurs pour recommencer une élection. L'autorité judiciaire était donc appelée; à décider souverainement des mérites ou démérites des élus.
(ju'à un moment, on se crut dans la nécessité de se raljatlie sur Gobel et Miroudot; mais Maurice de ïalleyrand finit par se dévouer : en acceptant la commission, il lirait d'embarras une église pour laquelle il n'éprouvait cependant aucune bienveillance. Ce fut donc à lui que se présentèrent les premiers élus et ce grand pince-sans-rire les examina sur la foi et sur les mœurs, puis leur délivra une patente d'orthodoxie et de moralité qui constituait l'investiture légale^.
Une fois l'investiture reçue, les évéques n'avaient plus qu'à se faire sacrer ; la précédente difficulté allait se renouveler quand Talleyrand consentit à pousser la complaisance jusqu'au bout. Se souvenant qu'il avait reçu le caractère épiscopal, il procéda le 34 février, dans l'église de l'Oratoire, rue Saint-Honoré, au sacre de Marolles et d'Expilly, élus dans les départements de l'Aisne et du Finistère ; Gobel et Miroudot l'assistaient, faute d'autres-; puis il abandonna définitivement l'état ecclésiastique et passa la main à Gobel. Celui-ci,
1, Talleyrand s'est longuement expliqué sur cet acte dont il a entendu prendre toute la responsabilité, et dans sa lettre an Pape, écrite en 18.SH, il ré[X'le qu'il croyait servir ainsi l'Eglise de France en l'empêchant de tomber dans le presbytérianisme (H. de Lacombe, op. cit.
2. Ce sacre fut fait en se conformant exactement aux rubriques du Pontilical ; on n'omit ([ue la lecture des Bulles et la promesse de fidélité au Pape, qui, n'étantpasdes cérémonies essentielles, ne pouvaient «'utacher de nullité la consécration. Aussi, on n'a jamais contesté sérieusement la validité des consécrations épiscopales des évêques constitutionnels et des ordinations qu'ils liront par la suite. M. Emery y avait envoyé deux de ses élèves, sulïisamuKMit versés dans la lilurf^ie, les abbés de Sambucy et Le<ïrix, (jui su!- \inMit altentivement l'oiïice et attestèreid que les rites nécessaires avaient été suivis. (Vie de M. Kincrv, I. i'yC).)
•2 1^1 r.OlJEL, E\ I:QI E DE PARIS
ayant passé par les formalités prévues par la loi, formalités qu'abrégea singulièrement l'indulgence des magistrats, put recevoir l'investiture le 24 mars et, le 3o, il prit possession de Notre-Dame 1. Une fois installé, il était suffisamment qualifié pour conférer l'épiscopat aux assermentés, et, en effet, il en sacra 47» entre le 27 février et le 39 mai. C'était plus de la moitié qui allaient recevoir par cette voie suspecte la plénitude du sacerdoce que beaucoup devaient ignominieusement profaner.
Dans le discours que Gobel adressa au peuple le jour de sa prise de possession, il ne cachait pas son orgueilleuse satisfaction. C'était en effet chose surprenante que de voir le fils d'un petit bourgeois alsacien s'asseoir sur le premier siège de France... Et puis, malgré les réductions opérées sur les traitements, la place valait encore 5o.ooo livres de rente, ce qui n'était pas à mépriser, pour un homme que traquaient ses créanciers.
Aussitôt en possession, Gobel eut à désigner les seize vicaires qui devaient administrer sous ses ordres la paroisse métropolitaine, et prendre place, avec voix délibérative, dans le conseil diocésain.
Les deux premiers vicaires furent deux curés de
I. La première lettre pastorale de Gobel est datée du 21 avril 1791 ; il y plaide sa cause, et entreprend d'établir la légitimité de sa mission (cette lettre a été publiée avec réflexions, dans les ISoiwclUis ecclésiastiques des 28 juin et 5 juillet). Gobel publia une seconde lettre le 18 septembre pour ordonner un Te Deum en action de grâces de la conclusion des travavix de l'Assemblée Nationale et de l'acceptation faite par le roi de l'acte constitutionnel.
GOBEi., i:aêque de paris Jiro
paroisses supprimées dans la Cité '. M. Dcnoux, de Sainle-Madeleine, avait été cliargé de desservir provisoirement l'église depuis le licenciement des chanoines ; c'était un homme assez nul et assez vain, défauts qui marchent souvent ensemble ; il faisait sonner très liant son double titre de vicaire général d'Ajaccio et de prolonotaire apostolique. Cela ne l'empêcha pasd'apostasier en 1798, de se marier à Go ans, et d'abandonner scandaleusement son état, au point de se faire répudier par les conslitutionnels eu\- mêmes. Réconcilié en 1803, il ne paraît pas avoir compris toute la gravité de sa faute, car, en i8o5, il adresse à la Direction des Cultes un mémoire où il réclame en termes comminatoires une pension sur le produit des chaises, comme s'il avait conservé quelques droits, après avoir oublié tous ses devoirs ! On lui accorda un petit secours : plus que septuagénaire, infirme, il n'eut pas longtemps à tendre la main. On ignore la date exacte de sa mort 2.
Le second des vicaires de Gobel eut une destinée toute différente : ancien curé de Saint-Landry, il avait été élu à la paroisse de Saint-Séverin qu'occupait M. de Blémur, insermenté; par un scrupule de c>onscience.
1. MM. Donoux et Girard étaient nommés de droit en verhi de r.irlirle 2.3 du titre II de la constitution civile, etderarticle 1" du décret des 1S/2.S octobre 1700. refilant le sort des curés dans les paroisses qui devaient être unies anx églises cathédrales ((liiicliard, op. cit., sect. II, 1G9),
2, Arch. \at., F*" 887; acte d'apostasie de M. Denoux. — AF IV, 1898. sa demande d'absolution adressée au cardinal Caprara ; marié' en lloréal an V, il dit avoir divorcé au bout de (pialre mois. — Sa dernière demande de secours es! du à vende miaire an \IV(!7 septembre 1805).
fi COREL, FAÊQUE DE PAUI;
il n'accepta pas ce poste, mais ne vit annin inconvénient à devenir vicaire épiscopal. Ce ne fut cVailleiirs qu'un constitutionnel tiède.
Lors de la Terreur, M. Girard se sépara de Gobel, et, au lieu de s'associer à son apostasie, il se rétracta dès 1795. Il disait la messe dans sa propre maison, ancien presbytère de Saint-Landry, où les insermentés se réunissaient pour leurs assemblées ; il semble même que sa cliapelle ait été utilisée par M. de Maillé, pour les ordinations qui se faisaient secrètement. En iSo-^, M. Girard fut nommé chanoine de Notre-Dame : il y remplit les fonctions de pénitencier, et en mourant fonda pour l'Empereur une messe hebdomadaire qui a été célébré jusqu'à ces derniers temps.
Les quatorze autres vicaires étaient des individus sans aucune notoriété : un d'eux, Priqueler, était le neveu de Gobel ; un autre, \ oisard, était un ancien vicaire général de Bale^ ; ils étaient venus se faire pousser par Gobel : il les poussa jusqu'à l'apostasie. L'abbé Lothringer était un compatriote de (iobel et son ami ; il devait être le confident de son repentir et le témoin de sa rétractation 2.
Le séminaire fut confié aux Oratoriens assermentés qui avaient dirigé jusque-là le séminaire de Saint Magloire (aujourd'hui les Sourds-Muets)'*^; ils s'associèrent un jeune confrère, le P. Daunou, qui les quitta bien-