LE MARIAGE DES PRETRES
dit que l'ofTicior de l'état-civil devait recevoir le coiiseiiteiiient des lïiturs époux, sans avoir le droit de leur opposer d'autres empêchements que ceux qui étaient inscrits dans la loi. Or, parmi ces empêcliements, on avait volontairement omis d'inscrire celui qui résulte de la profession religieuse et de la réception des ordres sacrés.
Le célibat ecclésiastique était aboli par prétention. La loi s'obligeait à sanctionner le mariage des prêtres et il se trouva bientôt des prêtres constitutionnels qui entendirent profiter de cette liberté ^
Le premier prêtre parisien qui donna le scandale d'une union sacrilège, fut l'abbé Aubert, de Sainle-
I. Le 27 novembro 1789, ratjbé Conrnand (on do Cournand), chanoine d'Auxcrre et professeur an collège Royal, présenta à la section du Panthéon nnc motion en faveur du mariage des prêtres ; il fut vivement contredit par l'abbé Champagne, diacre et professeur au collège Louis-le-Grand. Cournand se maria à Versailles le 17 septembre 1791, et Champagne, son contradicteur, en fît autant en 179'!. Tous deux demandèrent l'absolution au cardinal Caprara en i8o't ; ils étaient tous deux membres de l'Institut.
Le 3i mars 1790. Robespierre avait fait à la Constituante la proposition d'avitoriser le mariage des prêtres ; des murmures interrompirent l'orateur et l'Assemblée passa à l'ordre du jour. (RévoUiUons de Paris.) Le premier prêtre qvii se soit marié n'est j)as l'abbé Cournand, bien qu'il s'en soit vanté : ce fut l'abbé Vinchon, d'Arcis-sur-Aube, qui se maria le 11 mai 1790, mais il dut le faire devant un notaire, parce que le mariag-c était encore légalement un contrat religieux et qu'aucun prêtre n'accepta de prêter son ministère à cette cérémonie i^rohibée par la loi ecclésiastique. Il y eut à cette occasion un débat à l'Assemblée, et on imprima un mémoire de l'abbé Jallet, député du Poitou (imprimé chez Dujwnt de Nemours, liôtcl Bretonvilliers, île Saint-LouisJ. Ce Jallet, élu évêque des Dcux-Sèvrcs, n'accepta i^as et mourut peu de temps après.
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Marguerite. Quand M. Lemaire avait été élu curé, en 1791, il avait pris Aubert pour son premier vicaire. Très attaché à la Constitution civile, mais non moins pénétré de la dignité de son sacerdoce, M. Lemaire apprit avec douleur la résolution prise par son vicaire d'épouser devant l'Eglise la lille d'un ébéniste du faubourg Saint-Antoine. La loi était formelle et le magistrat civil ne pouvait refuser de recevoir le consentement du prêtre qui venait se marier, mais Aubert prétendait faire bénir par l'Eglise le mariage qu'il projetait. Vprès avoir inutilement essayé de le dissuader, M. Lemaire fit défense à ses prêtres de procéder à une cérémonie qu'il condamnait. Malgré ces défenses, Aubert fut marié à l'église par un de ses confrères, le prêtresacristain Bernard.
Assistèrent à cette cérémonie sacrilège plusieurs ecclésiastiques, à la tête desquels figurait Baudin, l'vm des vicaires épiscopaux, secrétaire du conseil métropolitain de Gobel ^.
Autant pour décharger sa conscience que pour donner satisfaction à l'indignation des paroissiens, le curé Lemaire adressa à Gobel un mémoire qui fut signé par 234 paroissiens mais, signe caractéristique, sur dix prêtres qui composaient alors le clergé de Sainte- Aïarguerite, il n'y en eut que trois qui consentirent à mettre leur nom au bas de celte pièce. Quelques jours après, Bernard, qui avait marié Aubert se fit marier
I. Arcli. \;it., F' 'i77r)/ir). (rost le dossier des poursuites intentées au curé Lemaire, i)our avoir voulu s'opposer au mariap^c do son vicaire ; les pièces mentionnées plus ioij) sont extraites de ce dossier.
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])ar \iil)ort clans l'église paroissiale; Gol)el, saisi de la proleslalion du curé, promit de faire une enquête et d'aviser. Pendant ce temps, Aubert, publiait un écrit apologétique, où il essayait de prouver qu'en se mariant il n'avait fait que s'inspirer de la discipline de la primilive Eglise. Les théologiens de son bord appuyèrent son témoignage par de lourdes dissertations où, de textes tronqués et de faits controuvés, ils concluaient à l'inexistence de la loi du célibat ecclésiastique. De plus, des âmes sensiblef^ commencèrent à déclamer contre ces prétrescontempleurs de la Liberté, ([ui prétendaient empêcher un citoyen français de jouir d'un des droits que lui garantissait la loi^. Gobel, personnellement mis en cause, se garda bien de donner suite à cette affaire : Aubert et Bernard restèrent vicaires de Sainte-Marguerite. L'évêque, timide, ne devait sortir de sa réserve que l'année suivante, mais pas dans le sens qu'on aurait pu croire.
En effet, le curé de Saint-Augustin (Notre-Dame-des- Yictoires) étant mort au commencement de 1793, les électeurs imaginèrent de choisir Aubert pour lui succéder. Tout le monde s'attendait à voir Gobel refuser l'institution canonique à ce prêtre marié. L'agitation reprit : les clubs, qui détenaient alors la meilleure partie de la puissance publique, crièrent à l'intolérance, et votèrent des motions violentes, annonçant que le ma-
I. Discours de l'ahhé Aubert, premier vicaire çl'.- Sainte Marfjuerite, prononcé le 28 juin, l'an IV de la Liberté, dans la section de la rue de Monlreuil, au sujet d'une adresse à M. l'évêque de Paris contre son mariage, suivi de l'arrêté pris le même jour par la .section. (Bi!>.l. \at., L''4t'"2ii5.)