‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 75 sur 146 · LES PREMIERES DIFFICULTES · texte numérisé non relu

LES PREMIERES DIFFICULTES

appartenait à la noble famille des marquis de Moy ou de Moiiy de Sons^ ; sa mère était Gabrielle de Mont- Helliard de Francquemont et d'Apremont. Il avait été chanoine de \ancy et était devenu curé de Saint-Laurent en 1782, par la résignation en sa faveur de son frère aîné Louis-Joseph, qui avait obtenu l'emploi de Trésorier de la Sainte-Chapelle. Non seulement M. de Moy prêta serment, mais il entama une campagne de brochures contre l'église constitutionnelle et même contre toute religion. Prudhomme (dans le n" i35 de ses Révolutions de Paris), vante Tune de ces productions où il admire u l'indillérence philosophique )). (( Cet ouvrage est bien supérieur à la Religion Nationale de Claude Fauchet » ; Tauteur y demandait l'égalité des cultes, la suppression de la publicité, du costume ecclésiastique, des fêtes et des dimanches, qu'il réduit à deux par mois, des cloches, etc. C'est en développant de telles théories qu'il arriva à se faire élire député suppléant à la Législative ; il occupa à partir du 17 avril le siège laissé vacant par la démission du général Gouvion, et un mois après, il prononça l'étrange discours dont voici quelques extraits ^ :

« La Nation a désorganisé le colosse ecclésiastique, « cependant... des débris de cette idole antique, nous « avons vu s'élever une statue nouvelle, qui prétend « aujourd'huis'appuyersurlaconstitution, parce qu'elle « a trouvé le secret de la faire réédilier sous le nom de

I. L'acte de décès (Saiiit-Gorinaiii-cn-Laye, 0 décembre i833) porte: Charles .\l(;\andre, romlr^ de \roy ovi de Mouy de Sons. g; 2. Cité [)ar M. Aulard. Eludes cl Icrons sur la Hcvoliiliuii, V série.

•IdX) les premières DIFFIGLLTÉS

(( clergé constitutionnel ; mais il est facile de prouver que (( la base sur laquelle il repose n'est qu'un code régle- (( mentaire, d'autant plus nécessaire à retrancher de (( nos lois que la plupart des articles qu'il renferme « sont en contradiction avec la Constitution même. » (( — En effet, la Constitution consacre la Liberté des (( (^idles, et ce qu'on appelle la Constitution civile du « clergé consacre un culte dominant dans l'Empire. La (( constitution assure expressément aux citoyens le (( droit de choisir ou d'élire les ministres de leur (( culte, et la Constitution civile du clergé enlève ce i( droit aux citoyens qui professent le culte catholique. (( En un mot, toute cette constitution appelée civile (( forme un chapitre entier de lois hétérogènes ou « pour mieux dire inconstitutionnelles, enchâssées, on (( ne sait trop pourquoi, dans le code de nos lois. — « Autrefois on poursuivait comme hérétique, au moins (( comme schismatique, quiconque refusait de commu- (( Tiiquer avec le clergé romain ; aujourd'Jmi celui qui « refuse de reconnaître un prêtre constitutionnel est « suspecté d'incivisme et d'aristocratie. Ainsi, grâce à (( la Constitution civile du clergé, c'est une sorte d'ex- (( communication encourue aux yeux du peuple, du (( moins en certaines localités, que de suivre son (( opinion en fait de culte, conformément cependant (( à la liberté que nous laisse la constitution de l'em- « pire. ^ »

1. L'auteur de ce discours eut une carrière fort agitée. Démissionnaire de sa cure le 5 août 1792,1! se maria et continua à publier des écrits révolutionnaires, dont le dernier intitulé D<*s /■c7<'S est de 171)9. (Bibl. Xat., L'^- 029.) Après avoir été censeur du lycée de

LE MAHIAGL DES l'UETKliS 1^27

Si un prélre qui comptait encore parmi les principaux curés de la capitale s'exprimait ainsi à la tribune (le l'Assemblée, on se doute de ce que pouvait être le ton général des discussions entre prêtres constitution^ nels. On avait groupé pour former le clergé de Paris des hommes vertueux et des gens tarés, des jansénistes et des incroyants ; des âmes zélées étaient restées à leur poste pour ne point délaisser les fidèles qui leur avaient donné leur confiance, et à côté, on trouvait de ces religieux qui, ayant jeté le froc aux orties, attendaient, dans une situation provisoire, le moment de compléter leur évolution et d'achever leur exode en se sécularisant entièremenl. Cette comljinaisoii factice n'avait rien de stable, el la ]iiocliaiiie occasion dissociera cet amalgame.

Le nKtri(U/i' des prc/rcs.

L'iieure de l'émancipation parut sonner pour ceux à qui pesaient leurs engagements sacrés, quand fut votée la loi sur l'état-civil. Au chapitre du mariage, il était

C;icn, il <lcviiit on iSoy professeur de philosophie au lycée de liesanron, el lors de l'organisa tiori de la Faculté des Lettres, il fut professeur suppléant, doyen et recteur. L'archevêque de Besançon, Mfçr Le Coz, qui abliorrait les prêtres mariés, le dénonça comme Incapable, et les notes d'inspection (pi'' 3107) semblent prouver que la passion n'inspirait pas seule cette accusation. Aussi Fontanes remplaça M. Denioy le 17 novembre 181 1.

Il mourut à Saint-(îcrmain-en-Laye le 5 décembre i833. Son acte de décès fait mention de ses titres d'ancien léy;islat(Mir, d'ex-pro fesseur de Faculté, et de membn! a<,^ré},n; des académies de Caen et (h; Besançon ; il n'y a (jue de sa <|ualité de prêtre dont il ne soit [)as parlé.

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