‹ L'église de Paris et la Révolution (volume 3)Chapitre 87 sur 146 · Aulard, op. cit · texte numérisé non relu

Aulard, op. cit

3. M. de Pancemont ne resta que quelques mois en Belgique et rentra à Paris avant la fin de l'année 1791 ; il reprit le gouvernement de sa paroisse, invisible, mais toujours présent (Le Mené, Histoire du diocèse de Vannes, II, 388) ; pendant la Terreur, il se cacha à Croissy, mais ne fut pas longtemps absent et obtint des 179G sa radiation de la liste des émigrés. En septembre 1797, il fut obligé de quitter la France et alla retrouver M. de Juigné à Constance, mais il était de retour le 17 nivôse an Ylll (7 janvier 1800). (Grentc. Le culte cattiolique à Paris, de la Terreur au Concordat, 67-7:?.)

LE CULTE DVXS LES ORVTOIRES PRIVES 347

liculièrcs, ou encore dans qnelqne chapelle où il éludait avec force précaution les interdits lancés par Gobel. Parmi ces chapelles, il en était trois qui se trouvaient dans des conditions particulières. C'étaient celles des Dames Anglaises, rue Saint-Victor, du Collège irlandais, dit des Lombards, rue des Carmes, et de l'autre Collège irlandais, rue des Postes et rue du Che\a*l verd.

Sous l'ancien régime, les protestants pouvaient tenir librement leurs assemblées dans les oratoires des ambassades de Hollande et de Suède * : il semblait que les mêmes immunités diplomatiques couvrissent des établissements qui, d'après le traité de 1786, étaient sous la protection de l'ambassadeur d'Angleterre. Au bout de quelques mois, il s'y était créé un centre de réunion où les catholiques non-jureurs avaient fini par se croire à l'abri des persécutions. Leur sécurité ne fut pas de longue durée. Vers la fin de septembre, des manifestations hostiles commencèrent à se produire, et le 9 octobre, comme se célébrait la fête de saint Denis, premier évéquc de Paris, les portes furent enfoncées, les honteuses fustigations se renouvelèrent, et, cette fois, assurés de l'impunité, les instigateurs de ces violences répandirent à profusion dans Paris des libelles infâmes, dont les titres sont tellement obcènes que je ne saurais les citer. C'était cette fois, non plus les excuses hypocrites, mais la glorification des attentats 2.

La municipalité crut se couvrir en disant que la

AnIanJ, op. cit., 90.

Dolarc. II, iS-i'i.

liborlc des cullcs était suffisamment assurée pour qu'on n'eût pas recours à des établissements étrangers pour assister à la messe, et, pour préciser, on ajoutait que, dans le quartier où s'étaient passées les scènes incriminées, il y avait quatre chapelles de communautés ouvertes au public : les Carmélites, l'Institution Chrétienne, le Val-de-Grâce et la Visitation ; que, pour célébrer dans ces chapelles, les prêtres insermentés n'avaient qu'à se mettre en règle et à reconnaître le droit de surveillance et de direction qui appartenait au curé de l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas. Or, ce curé était un assermenté, et ce qu'on demandait aux nonconformistes, c'était de se placer sous l'autorité d'un prêtre de l'Eglise non officielle. Le Directoire départemental, plus modéré que la municipalité, abrogea cet arrêté le 19 octobre, mais ce fut une mesure platonique, et les catholiques durent attendre, pour exercer leur culte en public, la loi de 1795, qui, en séparant l'Eglise de l'Etat, abrogeait officiellement le monopole religieux des constitutionnels.

En attendant, l'Eglise reconnue par l'Etat triomphait, ou du moins elle eût triomphé si elle n'eût porté en elle des germes de dissolution el de mort. Donnant un démenti à des principes qui commençaient à s'user, la Constituante consacra légalement le droit qu'avait un groupe de citoyens, qu'on peut, sans exagération, appeler une minorité, d'opprimer les consciences de la majorité, le droit pour cette minorité de s'attribuer la jouissance exclusive des églises, et des revenus affectés au culte ; le droit d'essayer de prendre ses adversaires par la famine en laissant peser sur eux la

LA QUESTION DE l'ÉTAT-GIVIL 2l\C)

cliar<^e de toutes leurs dépenses cultuelles, location des édilicos et entretien de leurs prêtres*.

Malgré tant d'entraves, les prêtres insermentés continuaient leur ministère spirituel, mais à la condition de se cacher. Pour sortir de chez eux, ils devaient revêtir de véritables déguisements, et, pour dissimuler leur identité, plusieurs durent exercer des professions qui pouvaient donner le change sur leur véritable état: avocats, commis, menuisiers, revendeurs, forgerons, jardiniers, ils pourront échapper à la surveillance des policiers et des clubistes, et, en pleine Terreur, continuer, non sans danger, il est vrai, leur ministère sacerdotal.

La question de rétal-civil.

Parnii les nombreuses sujétions que les catholiques avaient à subir, il en est une qui Icui paraissait encore plus odieuse que les autres. Le clergé constitutionnel, seul reconnu par l'Etat, demeurait seul chargé d'enregistrer les naissances, mariages et décès, puisque ce que nous appelons les registres de l'état-civil ne faisaient qu'un avec les livres de catholicité 2. Les fidèles qui refusaient de recourir au ministère des assermentés

1. Un décret des 19-28 juin ordonnait do poursuivre les anciens (( fonctionnaires ecclésiastiques » qui depuis leur remplacement, auraient continué les mêmes fonctions publiques. Les rétractés devaient être privés de leur traitement.

2. Aulard, op. cit., cliap. iv, lOô-iyS. — Edmc Champion, La séparation de l'Eglise et de l'Etal en I79^i. Paris, i(jo3, cli. xix, Kj.'J-ao.').

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