‹ L'église de Paris et la revolutionChapitre 1 sur 286 · LA LIBERTÉ EN · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ EN

OU non, s'empressaient de rédiger en styte grandiloquent des dénonciations absurdes, quand elles n'étaient pas mensongères.

Les prêtres étaient libres, mais à la condition d'avoir prêté toute une série de serments contre lesquels leur conscience se soulevait ; ou bien, il leur fallait exercer en se cachant dans des oratoires clandestins, toujours sous la menace d'une délation ou d'une irruption de la force armée. Seuls, les constitutionnels s'étaient soumis sans hésiter aux prétentions tyranniques des ennemis de la Religion : ils se proclamaient « les prêtres soumis aux lois » et cela suffisait pour éloigner d'eux la meilleure partie de la population parisienne. On pensait généralement que des ecclésiastiques aussi empressés d'obéir aux hommes ne devaient pas être parfaitement en règle avec la loi de Dieu, et on ne se trompait pas toujours.

L'enseignement était libre, et c'était une partie essentielle de la liberté des consciences, puisque c'était à l'école que les enfants apprenaient les éléments de la religion, en même temps que les premiers principes de la morale qu'ils auraient à observer toute leur vie. Oui, l'enseignement était libre, mais à condition d'ignorer absolument toute notion et toute pratique religieuse. Les maîtres étaient placés sous le contrôle tracassier des « jurys d'instruction » qui avaient reçu mission de « donner de l'élévation à l'esprit public », c'est-à-dire de pourchasser toute espèce d'enseignement religieux. Tout maître immoral ou fanatique (les deux mots signifiaient alors la même chose), était privé du droit de tenir une

LA. LTBERTÉ EN I798 3

école * : or, était fanatique, et, par conséquent immoral, le maître qui faisait dire, à plus forte raison celui qui disait la messe pour ses élèves, qui les conduisait à l'église, qui leur parlait de religion, leur enseignait leurs prières, et exposait dans la classe les u emblèmes de la superstition ». Il fallait faire la classe le dimanche et donner congé le décadi ; les membres du jury s'en allaient dans les écoles le

1. « Mademoiselle Prout annonce, sur papier non timbré, une pension chrétienne... elle cessera ses fonctions d'institutrice » (Rapp. décadaire du ao frimaire an VII. BB' 8g).

« La pension (Savouré) de la rue de la Clef a mauvais esprit... on y dit la messe... » (Rapp. décadaire du 20 nivôse an VII, ibid).

« Les instituteurs des écoles primaires, ainsi que les principaux établissements de pensionnat et écoles particulières, se conduisent bien... Déjà les jeunes élèves ne sont plus conduits à la messe... déjà les livres élémentaires ont entièrement chassé les livres de la superstition... il existe beaucoup d'instituteurs et d'institutrices peu en état de l'être, tant par leur moralité que par leur capacité, parce que beaucoup d'instituteurs sont prêtres. » (Rapport de Dupin pour frimaire an VII. F^c III, Seine, 20).

« L'instruction publique est exactement surveillée ; le jury d'examen pour les instituteurs a déjà épuré plusieurs arrondissements,., l'éloignement des êtres ignorants, immoraux et fanatiques, qui en sera le résultat ne pourra que donner de l'élévation à l'esprit public. » (Rapport de Dupin pour nivôse an VII. F«c ni, Seine, 30).

« Il y a tel pensionnat où se trouvent chapelle et confessionnal ! tel autre où l'instituteur conduit ses élèves à la messe. Les premiers argumentent d'après la loi du 7 vendémiaire an IV et les autres d'après la liberté des cultes et la volonté expresse des parents ; on leur répondra par la fermeture de leur école de fanatisme. » (Rapport de Dupin pour ventôse, an VU, F^c III, Seine, 20.

J'aurais désiré que M. Gazier prit connaissance de ces textes avant de publier dans la Revue des Deux Mondes son article du i" juin 1910, intitule : V école primaire et les évêques constitutionnels sous le Directoire,

Page 1