I. Annales de la Religion, 36i-3G
'2, En cela Spina n'avait fait que se conformer aux instructions qui lui avaient été envoyées de Rome le i3 octobre, 1800 (B. HT, 599).
3. La Gazette de France du i" mai 1801 faisait à ce propos quelques réflexions fort judicieuses: « On annonce qu'un cona cile doit se tenir incessamment à Paris. 11 sera, dit-on, composé
l84 SYMPATHIES OFFICIELLES
De Rome, ils n'avaient rien à espérer, mais le gouvernement français pouvait prendre leur défense, exiger leur maintien sur leurs sièges, leur donner raison contre le clergé resté ou redevenu fidèle au Pape. Ils croyaient savoir qu'aucun des évoques d'avant 1789 ne serait réintégré dans son diocèse et c'était un premier résultat ; encore un effort et ils se maintiendraient.
Ils avaient de puissantes alliances : parmi les incrédules militants, il en était qui prévoyaient que la religion allait être rétablie au moins dans quelques-unes de ses prérogatives ; ils faisaient la part du feu et se rangeaient du côté des constitutionnels qui, puisqu'il fallait une religion, en fournissaient une réduite au minimum : une religion sans Pape. Des sympathies inattendues allaient à Grégoire ; en germinal an VII, n'ayant pas été réélu aux Cinq-Cents, il avait été nommé par François (de Neufchâteau), bibliothécaire de l'Arsenal, en remplacement de Dusaulx, qui venait de mourir 2 ; il avait obtenu ainsi une situation indépendante qui lui assurait une existence honorée et le dis-
« exclusivement d'ecclésiastiques connus sous la dénomination de (( prêtres constitutionnels. On ne parle pas de l'objet de cette « réunion, mais il est aisé d'imaginer qu'une assemblée formée « pour discuter la cause de ses membres et qui se rend juge et « partie dans sa propre cause, ne peut rien faire ni pour les intérêts (( de l'Église, ni pour le bien de l'État. Lorsque tous les bons (( esprits envisagent comme nécessaire, comme indispensable la « cessation des hostilités entre les serviteurs d'un Dieu de paix, « lorsqu'on attend avec impatience un rapprochement sincère, « une réconciliation universelle, il est déplorable de voir une « partie du clergé se réunir pDur juger l'autre et donner <( l'exemple du schisme au lieu de faire un effort pour l'apaiser. » 2. Journal du soir des fWres Chaignemu 2/1 germinal.
LA SOUMISSION AU POUVOIR CIVIL l85
pensait de s'en retourner à Blois. Grâce à l'appui de ses anciens collègues de la Convention, il avait failli être noinmé sénateur ^ et ne désespérait pas d'y parvenir. Mais il fallait savoir utiliser ces bonnes volontés et jouer serré : c'est pourquoi le concile, tout en conservant à son ordre du jour les questions théologiques et disciplinaires, s'en occupa très peu et réserva toute son activité pour gagner et conserver les bonnes grâces du pouvoir et de l'opinion.
Tout d'abord le fait que le concile se réunissait prouvait que l'Église constitutionnelle existait encore en dépit des mauvaises langues qui avaient dit quelle était morte. Les cent « pères » assemblés à Notre- Dame ne manquaient pas de publier qu'ils avaient derrière eux une armée prête à les suivre ; il y avait là un peu d'exagération, mais il est indubitable que si, dans certains départements, leur secte était à peu près anéantie, il en était aussi où ils restaient encore fortement établis 2.
Après avoir montré qu'ils existaient et affirmé qu'ils étaient puissants, il leur restait à persuader au Gou-
1. A deux reprises, le 28 février, puis le i5 mars, Grégoire avait été présenté comme candidat au Sénat par ses collègues du Corps Législatif; il avait été battu la première fois par le général d'Harville, la seconde par le général Pérignon, candidats présentés par le Premier Consul (B. IV, bili n. — Annales de la Religion, Xlf, 5()3-56/i). 11 ne sera élu qu'en décembre (Annales de la Religion, XIV, 282).
2. Dans les Vosges, il y eut, en 1802, près de 200 prêtres constitutionnels qui se rétractèrent collectivement (AF IV, 1897); c'est donc qu'ils étaient au moins 200 dans ce seul département, qui n'était pas le seul où ils fussent en force.
l86 LA SOUMISSION AU POUVOIR CIVIL
vernement qu'ils étaient de bons républicains, indéfectiblement attachés aux institutions et pénétrés de respect pour les autorités établies. Dès qu'ils se furent -constitués, ils décidèrent d'envoyer des députalions aux Consuls et aux différents ministres ; des audiences furent sollicitées à cet efTet: il est vrai qu'on ne les leur accorda pas, mais cela ne les empêcha pas de multiplier assez humblement les protestations de dévouement.
Dans la séance plénièrc tenue le 5 juillet fut publié leur premier décret, qui avait pour objet : La soumission aux puissances. « Nous enseignons comme une « vérité incontestable que la fidélité, la soumission et <( l'obéissance aux puissances établies sont un devoir <( fondé sur le droit naturel et divin. »
« Le commandement d'honorer ses père et mère- « renferme l'obligation d'aimer la patrie, de la dé- « fendre contre ses ennemis, d'obéir aux lois et de <( contribuer aux charges publiques ^ ))
« Le gouvernement a droit d'exiger des ministres du « culte la garantie de leur fidélité. Prétendre qu'ils ne « peuvent la donner sans y avoir été autorisés par le (( Pape, c'est une erreur opposée à la parole de Dieu, <( à la tradition des Pères et aux exemples des saints, « dangereuse pour la tranquillité publique et préjudi- « ciable aux vrais intérêts du Saint-Siège apostolique « lui-même. Agir en conséquence c'est une révolte 2. »