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LE CHAPITRE

semblait que le neveu entendît réparer ainsi les torts de son oncle. Le cardinal d'Astres mourut le 29 septembre i85i ; il fut Fuu des derniers gallicans de l'épi scopat français.

Pendant les premières années, l'office canonial n'était pas célébré à Notre-Dame : l'allocation attribuée aux chanoines était trop modique pour qu'ils ne fussent pas dans la nécessité de se charger d'autres fonctions. Quand le Pape vint à Paris, l'Archevêque représenta à l'Empereur que pour donner au service delà cathédrale la solennité nécessaire il fallait non seulement des chanoines exclusivement affectés aux offices de leur état, mais tout un personnel auxiliaire : vicaires de chœur, chantres et maîtrise. Des crédits suffisants furent alors inscrits au budget de l'fitat et à celui du département ; depuis lors, la récitation des heures canoniales put se poursuivre avec toute la pompe qu'elle demandait.

Au chapitre était adjoint un certain nombre de chanoines honoraires: avant 1789, le chanoine honoraire était un ancien chanoine titulaire qui, après de longs services, était dispensé de l'assistance au chœur ; on nommait aussi chanoines honoraires ceux des chanoines qui étaient promus h l'épiscopat : cVst ce qu'on appelle aujourd'hui les chanoines d'honneur.

Après le Concordat, on continua à donner la mosettc canoniale à d'anciens curés, à des prédicateurs, à des ecclésiastiques méritants que la vieillesse obligeait à se retirer du service actif ; ils avaient le droit d'assister en costume aux offices de la cathédrale.

mais ils ne pouvaient pas porter ce costume ailleurs*.

Entre 1803 et 1808, Mgr de Belloy nomma 53 chanoines honoraires; l'analyse de cette liste serait des plus instructives, d'autant plus qu'elle n'a jamais été faite. La place fait défaut ici pour un travail qui comporterait d'assez longs développements.

L'orcfanisatlon paroissiale.

L'abbé Bernier avait été chargé de préparer un plan de réorganisation du service paroissial de Paris. Dès la fin de vendémiaire an X (octobre 1801), il avait commencé un travail de statistique, mais, ne connaissant qu'imparfîiitement le diocèse, il avait eu recours à l'expérience du curé de Saint-Sulpice, plus à même que lui d'apprécier les cas particuliers *. Il semble que cette enquête ait donné quelque inquiétude et qu'elle souleva une assez vive émotion dans la partie du clergé

1. Voir plus loin ce qui est dit du curu démissionnaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnct qui, nommé chanoine honoraire, fût autorisé, contrairement aux usaj;]:es, à porter le costume de chanoine dans son ancienne église. En 181 1, le cardinal Maury voulut donner le titre de chanoine honoraire à chacun des douze curés d'arrondissement de Paris ; il trouva dans le Chapitre une opposition tellement absolue que celte mesure demeura sans effet et que la nomination fut considérée comme non-avenue.

2. « On rapporte que l'ancien curé Pancemont est occupé dans « ce moment à faire le dénombrement de tous les prêtres qui « sont à Paris, qu'il les a invités à lui remettre une note conte- « nant leur âge, le lieu de leur naissance, ce qu'ils ont fait avant (c et depuis la Révolution et enfîn de qui ils détiennent les pou- « voirs en vertu desquels ils exercent leurs fonctions. » (Arch. Nat., F^, 3ii3o, 17 vendémiaire an X).

qui n'était pas absolument dans les idées de M. de Pancemont, et je parle autant ici des intransigeants que des ci-devant constitutionnels. M. Mahieu, le curé de la paroisse constitutionnelle de Saint-Sulpice, était particulièrement troublé et nous le connaissons assez pour penser qu'il ne garda pas pour lui les amères réflexions qu'il faisait.

C'était pourtant une mission officielle que remplissaient MM. Dernier et de Pancemont, une sorte de surintendance ^ mais la police de Fouché qui conservait toutes ses sympathies pour le clergé assermenté ne se lassait pas d'entretenir dans ses rapports toutes les préventions du gouvernement contre les prêtres trop respectueux de l'autorité du Pape*.

1. « Le Premier Consul a donné tics ordres pour faire prendre « des renseignements sur la probité et la moralité des ministres « des différents cultes et il a recommandé surtout la plus sévcrc « organisation. » (Vrcli. Nat., F' 383o, 19 vendémiaire).

2. « On assure que (les prêtres constitutionnels) se disposent à « adresser au citoyen Portalis nombre de mémoires sur la vie « politique de certains prêtres qui prétendent aux places et qu'on « cherche à en «loigner ceux qui ont donné le plus de preuves « d'attachement à la République. » Arch. Nat., 16W. — « On « rapporte que les prêtres en général prennent le parti des « émigrés, qu'ils sont désolés des mesures prises à l'égard de « quelques-uns d'entre eux et qu'ils tiennent à ce sujet beaucoup (( de propos surtout dans les sacristies... qu'ils sont tous dirigés « par les abbés Pancemont et Bernier, qui passent dans le public « pour protéger les émigrés... » (i6irf., 19 yentose). — « Les consti- « tutionnels ont toujours les mêmes craintes ; ils disent que « l'abbé Bernier protège trop les insermcntéi et qu'il a trop « grande influence pour qu'ils (!cs constitutionnels) puissent « obtenir quelques places... Les insermentés se flattent d'obtenir « toutes les faveurs : ils disent que le jour de la justice est « arrivé et que les « jureurs » n'auront rien ou pas grand chose. « On dit dans le public que l'abbé Bernier avait d'abord été des-

Le travail préparé pour l'archevêque de Paris fut publié le 9 floréal (29 avril 1802), mais comme on avait dû le faije à la hâte, sans tenir assez compte des considérations de lieux et de personnes, un remaniement complet fut nécessaire et les cadres paroissiaux ne furent définitivement organisés que par le décret du 17 floréal (7 mai 1802).

L'article LX du règlement connu sous le nom d'Articles organiques était ainsi conçu : « Il y aura au « moins une paroisse dans chaque justice de paix ; il « sera en outre établi autant de succursales que le « besoin pourra l'exiger. ». Cette mesure qui ne rétablissait de paroisses reconnues par l'État que dans les chefs-lieux de canton, était inspirée par un motif d'ordre fiscal : l'État ne prenait à sa charge que le traitement des 3. 000 curés environ, et les vicaires chargés de desservir les succursales (autrement dits : desservants) ne devaient compter que sur le bon vouloir des communes pour les émoluments auxquels ils avaient droit. C'est de cette conception tout à fait nouvelle dans la hiérarchie ecclésiastique qu'est sortie la distinction entre curés et succursalistes ; les premiers ne pouvant être nommés sans l'agrément du

« tinc pour rarchevêché de Tours, mais que la nomination était « suspendue et qu'il serait probablement coadjuteur de Paris et « confesseur des membres du Gouvernement {ibid.^ 18 germinal). On « répand parmi les ecclésiastiques que l'évêquc Bernier travaille « avec rarchevéque de Paris à Torganisalion des églises et du « clergé de cette ville. Comme cet évèque n'a pas été également « bien accueilli dans les différente» églises de Paris, beaucoup « d'ecclésiastiques craignent qu'il ait des préférences dans la <( distribution des emplois. » (Ibid.^ 3 floréal).

3'j4 l^s curés

Gouvernement, mais jouissant du privilège de l'inamovibilité ; les seconds désignés par Tévêque seul, mais arbitrairement révocables par lui^.

Dans l'esprit de Portalis, les desservants devaient être de véritables vicaires, subordonnés étroitement à la direction du curé de canton ; l'expérience démontra bientôt que cette innovation avait plus d'inconvénients que d'avantages et une ordonnance du cardinal de Belloy, approuvée par le Directeur des Cultes, rendit aux succursalistes l'autonomie qui en faisait de véritables curés ; le privilège du curé-doyen fut réduit à une inspection de pure forme *.

Restait la question des traitements : dans quelques paroisses rurales de la banlieue de Paris des municipalités trop pauvres ou pas assez généreuses, refusèrent toute subvention ou n'en accordèrent que de dérisoires, en sorte qu'il fut impossible de pourvoir de titulaires plusieurs petites cures. Dans la ville même, une semblable difficulté n'était pas à prévoir : l'indemnité des succursalistes était médiocre, pas beaucoup plus que celle des curés, mais la libéralité des fidèles pourvut amplement à l'insuffisance du revenu officiel.

Dans sa paroisse, le curé avait à assurer le service sous sa responsabilité et c'était à lui de faire choix d'un certain nombre de collaborateurs, sauf approbation de l'Archevêché. Il faisait avec les vicaires, les

1. Une récente décision de Rome a enfin fait disparaître cette anomalie contre laquelle des protestations n'avaient cessé de s'élever pendant toute la durée du régime concordataire.

2. L'ordonnance sur les guccursalistes est du 19 prairial an XI (8 juin i8o3).

LES GtftÉS 325

<( administra leurs des sacrements » et les prêtres habitués telles conventions qu'il jugeait équitables ; les administrateurs temporels, réorganisés par l'institution des fabriques, ne se croyaient pas autorisés à intervenir dans ces questions d'ordre intérieur et assez souvent les ecclésiastiques employés dans les paroisses firent entendre leurs doléances qui n'étaient pas toujours écoutées, bien que parfois elles ne fussent pas complètement dépourvues de fondement. Les archevêques, à qui parvenait l'écho de ces réclamations, s'efforcèrent d'améliorer le sort du personnel inférieur des paroisses, mais il fallait compter avec certaines traditions et routines; c'est seulement en i848, après la révolution de février, que Mgr AfFre put imposer une réforme que son vénérable prédécesseur, Mgr de Quelen, et luimême depuis 1 8 ans, avaient reconnue comme aussi nécessaire que diilicile à réaliser.

L'ordonnance du 9 floréal, conforme au décret de la même date, établissait à Paris 13 cures etSi succursales ; le second décret supprima 4 des succursales (l'Oratoire de la rue Saint-llonoré, la Conception, le Petit Saint-Antoine et les Carmes). Il ne resta donc à pourvoir que les 13 paroisses d'arrondissement et 37 succursales, soit 39 nominations à faire.

L'intention du Premier Consul que nous connaissons déjà était qu'il fût réservé un tiers ou un quart des cures pour d'anciens constitutionnels. C'étaient donc au moins dix places que les assermentés se voyaient réservées; mais, au moment du Concordat, il n'y avait plus que six paroisses constitutionnelles à Paris et, en fait, il n'y eut qu'un seul des curés de l'église

3a6 LES CURÉS

schismatique à entrer dans la nouvelle organisation ; ce fut Paul Baillet, et encore dut-il quitter Saint-Etienne pour Saint-Séverin.

Pour parfaire le nombre de dix constitutionnels, on choisit neuf prêtres qui avaient prêté serment, maisqui étaient rétractés depuis plus ou moins longtemps. MM. Viennet, de Saint-Merry et CoroUer de Saint-Louis-^ en-l'Isle, qui tous deux se retrouvèrent dans le poste qu'ils occupaient avant 1789. MM. Fernbach, de Saint- Philippe-du-Roule, Morel, de Saint-Leu, Chevalier, de Saint-Gervais, furent confirmés dans la situation qu'ils devaient au régime constitutionnel et on nomma enfin deux curés de province : M. de Plaimpoint, ancien curé de Villeneuve-le-Roi, dans le district de Corbeil, qui, non seulement avait juré, mais avait abdiqué le 20 brumaire an in ; en 1796, il s'était repenti et donnait depuis 1796 au curé insermenté de Saint- Nicolas-du-Ghardonnet un concours fort apprécié; il s'était ensuite attaché à la paroisse de Saint-Gervais, mais sans recevoir aucune rétribution de ses services*. Au Concordat, il fut charge de fonder la paroisse de Sainte-Elisabeth.

M. Michel Bruant avait été curé de Gongy, dans le diocèse de Châlons ; il avait prêté le serment de 1791 et

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