LES COUVENTS EN 180O
régulariser ce qui avait été fait pendant la période des débuts ; il accordera bien des dispenses, autorisera beaucoup de Sœurs à passer d un ordre à un autre^ mais on peut, en parcourant ses papiers, se rendre compte de l'intensité du mouvement de renaissance des ordres de femmes *. Jamais d'ailleurs ils n'avaient été plus nécessaires, jamais l'église de Paris n'avait eu un plus grand besoin d'être soutenue par ces humbles filles qui s'immolent obscurément en union mystique avec ceux qui travaillent; ceux-ci sont souvent surpris de reffîcacité de leur ministère rendu plus puissant par une grâce qu'ont obtenue les prières et les pénitences de celles qui mènent une vie de sacrifices cachés aux yeux des hommes, mais hautement méritoires devant Dieu.
Paris était loin d'être tranquille quand le général Bonaparte dut s'éloigner pour prendre le comman-
I. « Il y a à Paris i-jlx religieuses groupées en une quarantaine de communautés » (F' 3829, 5 floréal an 1\). « Les réunions de ci-devant religieuses se multiplient ; on donne une somme pour être admis et celte somme doit être destinée à Tacquisition de biens fonds (je crois que tout d'abord cette somme était employée à acheter de quoi manger). La Demoiselle Cicé voulait, ainsi que d'autres femmes de sa trempe, assister à la procession de la Fête-Dieu, dans l'intérieur, en habit de religieuse, mais l'abbé Pansemon (sic) s'y est opposé. » (Ibid., jq prairial^). Les Dames de la Congrégation de Notre-Dame, chanoinesses de Saint-Augustin, consacrées par état à l'éducation des jeunes personnes, tiennent une maison d'éducation » (prospectus cité par le Citoyen Français du 25 prairial, avec cette réflexion : « ce sont des anarchistes qui ne se conforment pas aux lois ».)
Peu après une note de police relève l'existence à Paris de Ai 4 religieuses.
6o CAMPAGNE DÏTALIE
dément de l'armée qui allait combattre les Autrichiens. Chaque jour on était mis sur la trace de quelque nouveau complot : révolutionnaires et royalistes rivalisaient d'audace et la police était sur les dents. En Normandie et en Bretagne, les chouans étaient prêts à frapper un grand coup, et sur les côtes on ne cessait de voir croiser les bâtiments anglais. Et cependant, il fallait regarder et faire face du côté opposé : vers l'Allemagne et l'Italie. La brillante campagne de la fin de 1799 avait disloqué la coalition, mais ne l'avait pas entièrement rompue. Avec des forces énormes les Autrichiens menaçaient d'une part le Rhin, de l'autre la frontière des Alpes.
Une armée, dite de réserve, avait été formée à Dijon, d'où elle menaçait à la fois Baie, Genève et Turin. Le Premier Consul en prit le commandement. Une marche audacieuse, par le col du Grand-Saint-Bernard, lui permit de s'emparer de Milan et des principaux points stratégiques de la Lombardie, en prenant à revers Mêlas qui s'était avancé jusque sur le littoral à la poursuite de Masséna ; dès lors les Autrichiens étaient obligés de tourner le dos à la Francepour faire face à l'armée française.
Ce premier succès arrivait à temps pour rendre un peu de calme aux imaginations en travail ; dans certains milieux, on avait cru pouvoir escompter une catastrophe qu'on croyait inévitable. Bonaparte arrêté dans les neiges des Alpes ou battu à son arrivée en Italie, c'était le signal d'une complète débâcle. Les chouans rentraient en campagne et soulevaient la moitié de la France; les Jacobins étaient de nouveau