MARENGO
maîtres de Paris bien décidés cette fois à ne plus se laisser enlever le pouvoir.
Déjà les gens prudents de la trempe de Sieyès, de Talleyrand et de Fouché étaient à la recherche d*uji moyen de se tirer d'affaire et se demandaient devant quel soleil levant ils auraient à se prosterner^.
Comme pour compliquer la situation, les mauvaises nouvelles parvenaient de tous les côtés : la France était comme Job apprenant coup sur coup les calamités qui l'accablent : c'est Kléber qui signe à £1 Arich l'abandon de l'Egypte ; c'est Augsbourg qu'il faut évacuer ; c'est Masséna qui capitule à Gènes. Une série noire ! Le 20 juin une dépêche expédiée de Mih\n annonça qu'une terrible bataille est engagée depuis le i4f mais on en ignorait encore l'issue. La nuit du ao au si juin se passa dans les plus cruelles angoisses» car l'absence de nouvelles était de mauvais augure. La matinée du 21 fut fiévreuse : les Consuls se préparaient à recevoir, comme chaque semaine» la visite du corps diplomatique et faisaient en eux-mêmes les plus sombres réflexions, quand» vers onze heures, un mouvement se produisit dans la foule qui stationnait anxieuse autour des Tuileries. C'était un courrier venant d'Italie î Qu'avait-il annoncé? On se perdait en conjectures sinistres quand» tout d'un coup, ce fut une traînée de poudre qui s'enflamma : on était vainqueur! Puis on vit arriver un second, un troisième courrier et le nom du yilljage de Marengo, hier obscur et inconnu» maintenant immortel, volait de bouche en bouche !