LA. GOBRESPONDANGE DE M** SPINA
mis les propositions ; si ces propositions étaient inconsistantes, si elles se modifiaient au gré des événements extérieurs et des suggestions secrètes qui assiégeaient le Premier Consul, il n'y pouvait rien. Quant à communiquer à Rome les réflexions que lui inspiraient les projets qu'il avait à transmettre» il le faisait exactement, mais dans des conditions bien défavorables pour un échange de vues entre le Cardinal Consalvi et son envoyé. On a dit que les dépêches de Spina furent interceptées; qu'elles aient été retenues et lues, même celles qui étaient chiffrées, je n'en doute pas : c'est l'ABG de la diplomatie et Spina le savait si bien qu'à moins d'occasions particulièrement sûres, il était très réservé ; il parlait par allusions et délayait les quelques nouvelles qu'il pouvait risquer dans beaucoup de remplissage.
Ce qui ne doit pas être imputé k l'indiscrétion de la poste, c'est qu'à cette époque où on ne connaissait pas nos moyens modernes de locomotion et de correspondance, les délais se prolongeaient indéfiniment. Un courrier officiel, voyageant jour et nuit, pourvu aux relais de chevaux frais et libéré des interminables formalités douanières, faisait en temps ordinaire le trajet de Paris à Rome en douze jours, parfois dix, mais pour la poste ordinaire, il fallait compter au moins le double. La première lettre de Spina que reçut le Cardinal Con- ,sal\i était partie de Paris le 20 décembre et arriva à Rome le 10 janvier, au bout de trois semaines, mais, avant cette lettre privilégiée, il en était parti neuf autres qui ne parvinrent que du i4 janvier au 6 février, ayant mis de 25 jours à deux mois. La première
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dépêclie de Spina, confiée à un courrier espagnol, attendit à Nice le passage d'un autre courrier venant de Madrid et fut remise à destination au bout dcv 63 jours ^ Les réponses mettaient autant de temps, en sorte que Spina, ayant besoin d'un avis sur la manière de se comporter dans une circonstance donnée, ne pouvait espérer l'indication sollicitée avant le cinquantième jour. Il était donc isolé et devait la plupart du temps s'inspirer lui-même.
Il avait bien amené avec lui le courrier Livio Palmoni et à la fin de janvier, il se décida de l'expédier, mais des retards, imputables à la mauvaise volonté de ïalleyrand, firent que ce fut seulement dans la nuit du 26 au 27 février qu'il partit porteur d'un volumineux dossier contenant les projets de convention, du premier au cinquième, le texte des notes reçues et des réponses qui y avaient été faites et de nombreux documents explicatifs. Bernier envoyait aussi une bulle toute préparée, et que le Pape n'avait plus qu'à signer pour promulguer le Concordat, et, enfin, dans un ballot fixé sur ses épaules, Livio portait la statue de bois de Notre- Dame de Loreltc 2, que le Premier Consul, par une délicate attention, restituait au Pape 3.
Le voyage fut heureux puisque le matin du 10 mars, Livio faisait son entrée à Rome*. Le Cardinal Consalvi
1. Consalvi à Spina, 3 janvier 1801 (B. I, Sa^r) ; 10 janvier •{Ibid., 828) ; 17 janvier (Ibid., 336).
a. Annales Catholiques, VI, aSfi.
3. Depuis deux mois, cette précieuse statue, tout en restant au Cabinet des Antiques, avait été soustraite à la curiosité des visileurs (ïalleyrand à Ciiaptal, i5 décembre 1800. B. I, 16C-1C7).
/i. Consalvi à .Spina, i/» mars 1801 (B. II, 1 36- 139).