PRÉFACE
La pensée qui a dicté cet écrit que j'offre a la méditation des populations canadiennes françaises de l'Amérique, est tout entière dans ce titre : “ L'Eglise de Rome est l'ennemie de la Sainte Vierge et de Jésus-Christ.”
Bien des Catholiques romains seront probablement surpris d'entendre dire que leur Eglise est l'ennemie de la sainte mère du Sauveur, accoutumés, comme iis le sont, à croire que la Ste Vierge n'est honorée que parmi eux. Mais qu'ils lisent ce petit livre que leur offre le plus dévoué de leurs frères ; et ils resteront convaincus que les honneurs rendus, parmi eux, à l'humble et pure Vierge de Nazareth, sont des honneurs sacrilèges, dont elle doit avoir horreur.
Car si jamais la prédiction du prophète Siméon a eu son accomplissement : “ Ton âme sera percée par un glaive” (LUC IT, 35); c’est surtout depuis que les Papes de Rome, oubliant tout ce qu'ils doivent d'amour, de reconnaissance, de respect et d’adoration à Jésus- Christ, ont osé dire que la Ste Vierge était l’unique espérance des pécheurs ; la porte du ciel ; le salut du monde, l'unique fondation de leur espoir et de leur foi, l'avocat des pécheurs, &c. &c.
Loin d'honorer la Ste Vierge, en lui donnant des titres qui n’appartiennent qu'a Jésus, on l'outrage, on l’'abreuve de honte et de douleur, s’il est permis de
parler ainsi. Aujourd'hui que, sans aucun doute, elle jouit au ciel du bonheur que le Seigneur promet à ceux quil aime, elle ne peut avoir qu'une pensée, qu'un désir: c'est que Jésus soit sel reconnu, béni et adoré, comme l'unique espérance du pécheur, l'unique porte du ciel, l'unique salut du more, l'unique fondation de notre espoir et notre foi, l'unique avocat que nous ayons au ciel !
Plus on étudie les tendances de l'Eglise de Rome, plus on est épouvanté de l’habileté, et de la redoutable persévérance avec lesquelles elle repousse le monde vers l'idolâtrie des temps passés,
L'Eglise romaine ne trouve pas encore ses peuples prèts à accepter son dernier mot de blasphème contre Jésus-Christ ; elle n'ose pas encore dire que la grande victime du Calvaire, que Jésus crucifié, n’est qu'un homme impuissant et faible, un imposteur que nous pouvons oublier sans danger pour notre salut : mais, il est visible qu'elle prépare rapidement le monde à ne pas seffrayer de ces doctrines !
L'Eglise romaine parle encore de Jésus-Christ, comme ayant une certaine mesure de bonté, de puissance ct de bonne volonté pour sauver le pécheur. Mais à peine a-t-elle fait ces aveux, qu'elle semble les regretter ct se hâter d'en détruire toutes les salutaires impressions, en assurant le pécheur que quoique Jésus- Christ soit bien bon, bien miséricordieux, il n'est pas prudent ni convenable d'aller droit à Luz lorsque l'on a quelque faveur à demander, vu que sa Sainteté et Sa Justice inexorable l'obligent à être souvent, sinon constamment, en courroux contre le pécheur !
L'Eglise de Rome avoue bien encore qu'il y a un Sauveur du monde qui s'appelle Jésus; mais elle nous assure que ce Jésus est tellement choqué, fatiqué de
nos péchés, qu'il est à tout moment sur le point de nous abandonner, de nous maudire et de nous jeter en enfer ! Heureusement pour nous, assure-t-elle, que nous avons au ciel une mère qui, elle, bien différente de son fils et bien plus compatissante que Lui, ne se fiche jamais contre le pécheur! Elle n'est que douceur et miséricorde pour les coupables...Pourvu qu'on s'adresse à elle, tout est bien; le salut est assuré! Elle va vers son fils qu'elle trouve toujours courroucé, la foudre en main! Mais elle dit un mot en faveur du pécheur ; et, comme un bon fils ne peut pas repousser la pritre de sa bonne mére, voilà le Sauveur des ’apistes qui oublie tout-à-coup sa colere et consent à épargner le coupable et à lui pardonner !
Ce n’est pas par sa propre bonté, par sa propre miséricorde que le Sauveur nouvellement inventé par Îles papes a pitié du pécheur; c'est par amour pour sa mère, c'est par respect et obéissance à ses ordres qu'il nous pardonne !
Dans le système de l'Eglise romaine, ce n'est plus le sang du Calvaire qui crie miséricorde au ciel pour nous pécheurs ; c'est la voix de Marie qui se fait entendre et nous assure notre pardon !
Et cet horrible blasphème est prèché comme une vérité évangelique dans toutes les chaires, soutenu dans tous les livres, et propagé par tous les prêtres, les évêques et les papes de l'Eglise de Rome.
Et plût à Dieu que ce que nous disons ici ne fût qu'une exagération, une erreur de notre part! Mais c'est une triste vérité; une vérité que pas même un seul prètre de l'Eglise romaine osera nier. Aujourd’hui dans l'Eglise de Rome, le Sauveur que l’on préche, n'est plus qu'un Sauveur fâché, irrité contre le pécheur; un Sauveur qu'il est à peu pres inutile de chercher à
apaiser nous-mêmes, à cause de nos péchés ; c'est un Sauveur vers lequel il n'est pas prudent d'aller pour en obtenir quelques faveurs !
L'Eglise de Rome porte ses doctrines blasphématoires à ce sujet jusqu'à l'absurde. Elle va jusqu'à comparer Jésus, l'agneau de Dieu, à l'impie Assuérus irrité contre le peuple hébreux, ct qui ne peut étre apaisé que par la voix et les larmes d'Esther! Elle compare l'humble, le doux, le miséricordieux Jésus de l'Evangile, au farouche et sanguinaire soldat romain, Coriolan, qui ne fit grâce à sa coupable patrie que pour l'amour de sa mère,
Après nous avoir montré Jésus, notre Sauveur, irrité comme Assuérus, ou furieux comme Coriolan, l'Eglise romaine, ne voulant pourtant pas nous jeter tout à fait dans le désespoir, nous assure que de mème qu'Esther apaise Assucrus et Véturie désarme Coriolan, ainsi Marie va fléchir le courroux de son fils irrité contre nous. Et, à cause de cela, elle appelle Marie : l'avocat des pécheurs, la porte du ciel !
Ainsi d'après l'Eglise de Rome il y a au Ciel un cœur plus miséricordieux pour les pécheurs que le cœur de Jésus, c'est le cœur de Marie! Si l’on en croit les papes, il y a au ciel une âme plus compatissante aux miscres de l’homme, que l'âme de Jésus: c'est l'âme de Marie! Il y a au ciel une oreille plus attentive aux cris douloureux des enfants d'Adam, c'est l'oreille de Marie! Et voilà pourquoi aujourd'hui tous les papes, les évêques et les prètres de Rome crient aux pécheurs et aux malheureux: “ Adressez-vous à Marie! !... c'est par clle que vous avez le salut !”
Que devient Jésus-Christ d'après cette nouvelle religion que les papes de Rome ont inventée? Il n'est plus qu'un être secondaire au ciel et sur la terre! Il
n'agit plus par l'impulsionde son éternel amour; ce n'est plus, comme dit le prophète : “ Parce que ses miséricordes sont infinies,” qu'il pardonne et qu'il aime; mais c'est parce que sa mère le veut ainsi que le pécheur sera sauvé! La conséquence inévitable de cette monstrueuse doctrine, est queJésus-Christ perd de plus en plus sa place dans la pensée comme dans le cœur de Fhomme.
Ce n'est plus vers Jésus que les espérances de l'homme se tournent : c'est vers Marie! Ce n'est plus vers Jésus que ceux qui sont chargés et fatigués vont chercher du soulagement : c'est vers Marie !
Et si déshonorer ainsi le fils, c'est briser le cœur de la mère, n'avons-nous pas le droit de dire que l'Eglise romaine est l'ennemie par excellence de la Ste Vierge, comme elle l'est de Jésus-Christ, et qu'elle perce son cœur d'un glaive de douleur ?
Ah! si du haut du ciel, elle voit l’encens sacrilège qui fume sur ses autels ; si elle voit ces multitudes si abjectement prosternées aux pieds de ses statues ; si elle entend les louanges blasphématoires qui lui sont adressées de tous les lieux où le pape de Rome compte des sujets ; et si elle pouvait faire entendre sa voix, comme elle dirait à nos frères égarés de l'Eglise romaine: “Cessez de m'appeler la porte du ciel, le refuge “des pécheurs, la fondation de votre espérance et de “ votre foi; cessez d'invoquer mon nom pour etre sau- “vés... Jésus seul est et sera pendant toute l'éternité, “ Ja ‘eule porte du ciel, le seul Sauveur des pecheurs, “ Ja seule espérance du monde, la seule joie des lus... C'est par son non seul, et par aucuñ autre nom, que “je pécheur est sauvé. À Jésus, et à Jésus seul, avec “son Père et le Saint-Esprit, soit donc tout honneur, “toute gloire, toute action de grâces pendant le temps “et Péternité.”
Mais c'est en méditant l'Evangile que l'on comprend surtout que l'Eglise de Rome outrage la mère du Sauveur en outrageant le Sauveur lui-même, dans le culte sacrilège qu'elle lui rend. Et voilà pourquoi nous conjurons nos frères de l'Eglise de Rome de méditer avec nous les pages des livres saints que nous présentons à leur intelligence, dans les quelques chapitres qui suivent.
Puisse le bon et miséricordieux Sauveur éclairer des lumicres de son St. Esprit chacun de ceux qui liront ce petit ouvrage; et puissent-ils bien comprendre que Jésus seul est notre espérance, notre avocat, notre salut, notre voie, notre lumière et notre vie, comme il est notre seul Sauveur pour le temps et l'éternité.
N.B.— Le lecteur est prié de se rappeler que toutes Les citations de l'Ecriture Sainte incluses dans ce traité sont lrées d'une version catholique romaine.