CHAPITRE: TE LE BON PASTEUR ET LA BREBIS ÉGARÉE
“ Alors Jésus leur proposa cette parabole : Quel # est l'homme parmi vous qui, ayant cent brebis et en “ayant perdu une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf “autres dans le désert pour s'en aller chercher celle qui s'est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve ; et lorsqu'il l'a retrouvée, il la met sur ses épaules avec Joie: “et étant retourné en sa maison, il appelle ses amis et ses voisins et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, “ parce que j'ai trouvé ma brebis qui était perdue !"— (Lu X Ve)
Pesons chacune des paroles de Jésus, et méditons-la avec l’aide de sa grâce,
Le Bon Pasteur a compté ses brebis ; mais, oh! malheur ! une d'elles manque à l'appel ! une d'elles s'est égarée et perdue sur la route! Cette découverte est comme une épine qui perce son cœur : il ne peut plus trouver de repos; il est inquiet, troublé et il laisse là ses quatre-vingt-dix-neuf brebis qu'il aimait tant ; il semble r & plus penser à elles, pour ne s'occuper que de celle qui s'est égarée. Il court après elle; il la
cherche de tous côtés et ne néglige aucun moyen, aucune démarche qui puisse le mettre sur la piste de sa chère brebis. Il se fatigue, s'épuise à la chercher. Aucun obstacle ne l’arrète, ni le rebute... Il aime tant sa chère brebis, qu'il ne pense plus qu'a elle! [la cherche sans jamais se décourager, jusqu’à ce qu'il la trouve. I] la voit enfin! Mais dans quel état ! A moitié morte de fatigues, déchirée par les épines, les pieds ensenglantés par les ronces et ne pouvant plus faire un pas.
Que va faire le Bon Pasteur à la vue de sa coupable, mais si chère brebis? Va-t-il lui adresser des reproches? Va-t-il la frapper pour la forcer à marcher et revenir au bercail ?
Non, non, le Bon Pasteur n’a pas un monvement de colère, pas une parole amère contre sa chère brebis. Son égarement n'a rien diminué de son amour pour elle... Cette brebis coupable a bien pu contrister, désoler le cœur du Bon Berger ; mais ce cœur brisé par la peine, est resté plein d'amour, de compassion. On dirait, au contraire, que les égarements, les malheurs de la pauvre brebis n'ont fait que donner une nouvelle force à l'amour du Bon Pasteur pour elle.
Il voit bien qu'elle est trop épuisée pour marcher et revenir au bercail. Que fait-1? Il se penche vers elle, il la prend entre ses bras, il la presse sur son cœur!... Puis il la met sur ses épaules! Et le voilà courbe sous son précieux fardeau, qui rapporte au bercail sa chère brebis égarée. Mais ce n'est pas tout. La joie du Bon Pasteur est si grande, son bonheur si sincère, qu'il ne peut plus se contenir! Il crie, il appelle ses amis ; il veut que la joie qu'il goûte soit partagée par tout le monde : il ne permet à personne de rester indifférent. “ Réjouissez-vous,” leur dit-il; “car ma brebis qui était perdue est retro ce!”
Le voilà, le Bon Pasteur de l'Evangile ; le voilà, dépeint par lui-méme, ce Sauveur du monde, dont le nom béni fait fléchir tous genoux dans le ciel, sur la terre et dans les enfers.
Le Bon Pasteur, le Jésus crucifié dont l'Evangile nous parle,est ia miséricorde de Dieu, amour, la charité sans bornes de l'Éternel, incarnés dans la personne du Sauveur. Le Sauveur de l'Evangile ne se fâche pas, ne se courrouce pas contre ses brebis, mème lorsqu'elles s'égarent. Il les aime toujours d’un amour si grand, si véritable, que jamais, non jamais, ni les saints, ni les anges, ni les vierges ne seront capables de les aimer autant !
Le Pasteur, le Jésus de l'Evangile, n'a jamais rencontré parmi ses amis, personne qui püt aimer ses chères brebis autant que lui... Jamais il n'a permis, ni sur la terre, ni au ciel, à personne de se mettre entre lui et ses brebis pour l’exciter à les aimer.
La moderne doctrine de Rome, qui nous dit que Île cœur du Bon Pasteur est tellement refroidi, irrité contre ses brebis cgarces, qu'il les oublierait ou les délaisserait, si la Ste Vierge ou d'autres saints n'étaient là pour lui rappeler ce qu'il a souffert pour elles, est d’une telle absurdité et d'une telle impiété, qu'on ne sait trop s'expliquer comment tant d'âmes se sont laissées prendre à ce piège.
Par quelle raison la Ste Vierge s'intéresserait-elle plus au salut des pécheurs que Jésus lui-même? Pourquoi le cœur de Marie serait-il, au ciel, plus compatissant a nos miscres que le cœur de Jésus? Et pourquoi son oreille serait-elle plus attentive à nos prières que celle du Sauveur ?—Jamais on ne trouvera de reponse à ces questions, en consultant le sens commun. Jamais, non plus, on ne pourra, dans les Saintes Ecri-
tures, trouver un seul mot qui puisse en aucune manière servir d'excuse et de prétexte à cette monstrueuse doctrine. Et c'est certainement outrager les Saints du ciel, comme c'est outrager Jésus-Christ lui-méme, que de croire et de dire avec l'Eglise romaine, que notre salut ne tient pas wniguement à l'amour et à la misericorde de notre Sauveur, mais que cet amour et cette miséricorde de Jésus-Christ, étant paralysés par nos péchés, il faut qu'ils soient comme stimulés et réveillés par les compassions et la charité plus actives et plus efficaces des saints.
Pour faire accepter le culte sacrilège qu'elle rend aux saints, et pour porter les pécheurs à mettre toute leur confiance dans la Ste Vierge, l'Eglise de Rome nous assure que nos péchés ont l'effet de refroidir l'amour et la compassion de Jésus-Christ pour nous. Mais alors l'Eglise de Rome devrait nous dire comment il se fait que nos péchés n'ont pas de méme l'effet de refroidir le cœur de la Ste Vierge et des saints, qui, suivant l'Eglise romaine, savent tout ce que nous faisons.
Si, comme il n'y a pas à en doc 2r, les saints au ciel sont unis de volonté et de sentiments avec Dieu, ce qui déplait à Dieu doit déplaire aux saints ; ce qui contriste et refroidit le cœur de Jésus-Christ, doit également contrister et refroidir le cœur des saints (toujours en supposant vrai le systeme de Rome sur la pretendue connaissance que Îles saints ont de tout ce qui se passe sur la terre), ainsi donc, lorsque Jésus-Christ s'irrite et se fache au ciel, comme les papes de Rome nous l’assurent, les Saints et la Ste Vierge surtout, devraient partager et approuver cette colcre, au lieu de la combattre et de s'opposer à ses effets.
Voila le malheur de l'Eglise de Rome: ayant aban-
FE
donné la parole de Dieu, qui est la seule boussole de l'esprit humain, pour suivre les fables et ies traditions des hommes, elle a oublié que JESUS est notre avocat au cel; non pas l'avocat des saints, mais des pécheurs ; elle a oublié que cet avocat est suffisant, et que, par conséquent, il n'en est pas besoin d’antres ; elle a oublié que mille et mille fois Jésus a dit aux pécheurs : “ Venez à moi et vous serez sauvés...” et quil n'a jamais dit “Allez à ma mere où à tel ou tel saint et vous serez sauvés...“ L'Eglise de Rome a oublié que le nom de JÉSUS est le se/ nom que l'on puisse invo-
quer pour ètre sauvés... Elle a oublié que St. Paul, ou plutôt l'Esprit Saint, par la bouche de St. Paul, dit: “Nous n'avons pas un sacrificateur qui ne
“puisse compatir à nos infirmités, puisqu'il a êté “tenté de même que nous, en toutes choses, excepté “le péché.”
“ Allons donc avec confiance au trône de grâce, afin “ d'obtenir miséricorde et de trouver grâce, pour ètre : secourus dans le temps convenable.” (Hébr. IV, v.16.)
L'Eglise de Rome ayant donc oublié que Jésus était toujours bon et miséricordieux ; mais croyant ct préchant aux peuples qu'elle a trompes, que Jesus- Christ était souvent en colère contre le pécheur, et voyant bien que le besoin des pécheurs est d'avoir un Sauveur toujours bon et toujours misèricordieux, un Sauveur en un mot toujours prèt à écouter ceux qui invoquent son saint nom, toujours prèt à recevoir ceux qui viennent à lui, elle a dû alors mventer et tächer de trouver un autre Sauveur que ce Jésus qu'elle nons dit étre toujours en colère... Alors elle s'est crée d'autres sauveurs au ciel: elle s'est cherché d’autres amis, d'autres intercesseurs, d’autres avocats, à qui elle a sacrilégement accordé toutes Îles qualités de bonté, de
miséricorde, de douceur à toute épreuve, dont elle avait dépouillé le vrai Sauveur !
Mais espércns que nos freres de l'Eglise de Rome comprendront bientôt qu'ils sont trompés par leurs papes. Ce n’est pas Marie, mais Jésus qui est la porte du ciel, l'espérance des pécheurs, le salut du monde.