L'Église de Saint-Germain des Prés
Après tant d'illustres auteurs qui ont étudié la célèbre église abbatiale de Saint-Germain des Prés, comme Mabillon (1)^ Montfaucon (2)^DomBouillart (3),rabbé Lebeuf (4), Alexandre Lenoir (5)^ et de Guilhermy (6), il est peutêtre présomptueux de rédiger une nouvelle monographie du monument religieux le plus remanié de Paris, mais la restitution de son plan et de sa charpente au xi® siècle, l'état primitif de la nef et du transept, la question du triforium et des arcs-boutants de l'abside soulèvent des problèmes intéressants que je crois pouvoir résoudre à l'aide de comparaisons qui font défaut dans les œuvres de mes devanciers. Je tiens à remercier cordialement nos confrères H. Deneux, architecte en chef des Monuments historiques, qui m'a communiqué sa restitution de la charpente primitive, E. Chauliat et H. Heuzé qui
(1) Annales ordinis Sancli Benedidi, t. I, p. 169.
(2) Monuments de la monarchie fi ançaise, t. I, p. 55.
(3) Histoire de Vabbaye royale de Saint- Germain des Prés, 1724, p. 309.
(4) Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, éd. Bournon, t. I, p. 261.
(5) Statistique monumentale de Paris, p. 70 et album, t. I, pi. 1 à 36.
(6) Itinéraire archéologique de Paris, p. 125.
ont contribué à l'illustration de cet article, Marcel Aubert^ qui a bien voulu dépouiller les documents d'archives relatifs aux remaniements de l'église. Deux édifices se succédèrent sur son emplacement, le premier fut la basilique du vi^ siècle, incendiée par les Normands et réparée à la fin du ix^ siècle ; le second, l'église romane du xi^ siècle dont le chevet rebâti fut consacré le 21 avril 1163. Voûtée de 1644 à 1646, restaurée d'abord en 1820 puis en 1845, elle a été peinte par Flandrin et Denuel de 1843 à 1861.
La fondation du monastère et de la basilique par le roi Childebert (1) fut la conséquence de son expédition d'Espagne en 542, d'où il rapporta la tunique de saint Vincent et une superbe croix d'or décorée de pierreries. L'église abbatiale, placée sous le double vocable de la Sainte-Croix et de saint Vincent, fut consacrée le 23 décembre 558, jour de la mort de Childebert, d'après le martyrologe d'Usuard (2). D'ailleurs, il est certain que Childebert, la reine Ultrogothe et leur fils Dagobert furent enterrés dans le chœur où leurs tombeaux ont été découverts en 1656. D'autre part, en 576, saint Germain donna à l'église son alleu de Bitry (Nièvre) avec la forêt de Poiseux pour l'entretien du luminaire (3). Quand il mourut le 28 mai de la même année, il fut inhumé dans la crypte de la chapelle de Saint-Symphorien, au sud de la nef (4)» Saint Eloi orna son tombeau d'orfèvrerie au vu® siècle. Grégoire de Tours cite deux fois la basilique de Saint- Vincent (1) et Fortunat, qui vint en Gaule vers 565, nous a laissé sous le titre « De ecclesia parisiaca » une description
(1) Quicherat a démontré que le diplôme de Childebert, daté de 558^ qui confirmait les biens de l'abbaye, avait été fabriqué au xi* siècle. Bibl. de V Ecole des chartes , 1865, p. 5 13.
(2) Migne. Patrologie latine, t. GXXIV, p. 830.
(3) Polyptyque d'Irminon. Ed. Longnon, t. II, p. J56.
(4) Dominus itaque Germanus in illa adhuc crypta quiescebat. Acia sanclorum, mai, t. VI, p. 779.
poétique de cette église cruciforme dont il attribue la -construction à Childebert, en admirant ses colonnes de marbre^ ses lambris et ses fenêtres vitrées (2). Ainsi l'existence de la basilique dans la seconde moitié du vi® siècle ne saurait être mise en doute. L'auteur de la vie de saint Droctovée, premier abbé du monastère, mentionne les quatre autels dont l'un se trouvait à l'ouest, le pavage de mosaïques et la toiture dont les plaques de bronze ■étaient dorées (3).
Caribert (f 570),Chilpéric I^^ (f 584), ses deux fils Clovis €t Mérovée, Frédégonde (f 597) dont la tombe plate de mosaïques refaite au xii® siècle se trouve à Saint-Denis, Clotaire II (f 628) et la reine Bertrude, Childéric II (f 673) •et la reine Bilibilde y furent enterrés. Un vaste cimetière où les tombes de pierre voisinaient avec les cercueils de plâtre s'étendait au sud de la basilique et fut soigneusement fouillé par M. Vacquer en 1874, quand on perça le boulevard Saint-Germain (4). Le 25 juillet 754, le corps de saint Germain, extrait de la crypte de la chapelle Saint-Symphorien, fut transféré dans le sanctuaire de l'église en présence du roi Pépin et de son fils Charles (5). Une inscription qui se trouvait dans cette chapelle jusqu'à la Révolution conservait le souvenir de la translation des reliques et de la donation de la terre de Palaiseau (6). Faut-il en conclure que l'édifice avait «été rebâti à cette époque ? Cette hypothèse est d'au-
(1) De gloria confessorum, chap. lxxviii. Hisioria Francorum, 1. VIII,chap. 33.
(2) Splendida marmoreis attolitur aula columnis Et quia pura manet, gratia major inest Prima capit radios vitreis oculata fenestris Artificisque manu clausit in arce diem.
Mon. Germ. hisl. Audores anliqiiissimi , t. IV, l''* partie, p. 40.
(3) Acla sandoriim, 10 mars, p. 38.
(4) Bulletin de la Société de V Histoire de Paris, 1874, p. 36.
(5) Martyrologe d'Usuard dans Migne : Palrologie latine, t. CXXIV, p. 296.
(6) Dom Bouillart. Histoire de Vahbaye de Sainl-Germain des Prés, pi. XV, p. 285.
tant moins plausible que les sources qui concernent la reconstruction de l'abbatiale de Saint-Denis par Pépin le Bref ne font aucune mention de Saint-Germain des Prés.
En 845, les Normands pillèrent le monastère et essayèrent plusieurs fois d'incendier l'église. Ils se contentèrent de mettre le feu à un grenier de l'abbaye (1). Aimoin.
Inscription commémorative de la translation des reliques de saint Germain en 754.
moine de Saint-Germain à ceite époque^ raconte qu'ils prirent dans la charpente de la basilique les bois nécessaires à la reconstruction de leurs bateaux et que l'un des pirates s'étant introduit dans la confession où reposait le corps du saint essaya treize fois de briser une colonne de marbre qui se trouvait à droite, lorsque sa main se
(1) Acta sanctorum, mai, t. VI, p. 788.
EGLISE SAINT-GERMAIN DES PRES i
dessécha (1). Le chef des Normands Régnier montra au roi Horic une poutre de l'église qu'il avait fait scier pour le convaincre de la véracité de ses récits (2).
Les moines qui avaient emporté le corps de leur patron à Coulaville^ dans la Brie, d'où il était revenu à Paris au mois de juillet 846^ furent encore victimes des envahisseurs en 857 et en 861. A cette date, les reliques de saint Germain se trouvaient à Nogent-l'Artaud^ près de Château-Thierry. Quand la sécurité sembla rétablie^ le corps de l'évêque descendit la Marne en bateau et arriva à Paris le 19 juillet 863. Les chanoines de Notre-Dame le portèrent en procession au milieu d'une foule immense et le déposèrent dans la crypte de la chapelle Saint-Symphorien où il avait été inhumé (3). Dans la suite le sarcophage fut réintégré derrière le maître-autel. Le moine Abbon^ historien du siège de Paris en 886, qui avait été moine à Saint-Germain^ fait mention de l'ancien puits qui se trouvait au fond de l'abside actuelle (4).
Bien que l'église eut été incendiée par les Normands pendant leurs dernières invasions, les religieux se contentèrent de la réparer et de refaire la toiture. Au commencement du xi^ siècle, l'abbé Morard qui fut élu en 990 et qui mourut le 1^^ avril 1014 démolit la basilique mérovingienne et jeta les fondations d'un nouvel édifice^ comme le prouve son épitaphe jadis placée derrière le maître-autel : Morardus. honae memoriae ahhas qui istam ecclesiam a paganis ter incensam evertens a fundamentis noi^am reaedifica^it turrim quoque cum signo muUaque alla ihi (5). De même que celle
(1) Ad confessionem Domni Germani deveniret columnam marmoream quse ibidem orantibus ad dexteram sita erat tredecies totiusquo corporis adnisu, veluticapulam hostem, percuteret. Acta sanctorum, p. 789.
(2) Ibid., p. 789.
(3) Intulimus illud in Sancti Symphoriani cryptam ubi primum migrans quieverat. Ibid., p. 795.
(4) Migne. Palrologle latine, t. GXXXII, p. 747.
(5) Do m Bouillart. Histoire de r abbaye royale de Saint- Germain des Prés, p. 71.
de Morienval, l'église romane de Saint-Germain des Prcs^ commencée à la fois par le clocher-porche où l'abbé Morard avait fait installer une cloche et par le chevet^ fut terminée par la nef dont la première travée vient se coller sur le revers du mur occidental et dont le bas-côté nord se prolonge sur le flanc de la tour occidentale. L'abbé Ingon, mort en 1025^ n'eut qu'à terminer les travaux^ car la dédicace du dimanche 19 novembre^ inscrite en marge du martyrologe avec la mention du vocable de Saint- Germain (1) peut se rapporter à l'année 1021 aussi bien qu'à l'année 1010.
Dans le martyrologe d'Usuard, des notes marginales mentionnent deux dédicaces de cryptes le l^'' et le 10 juin (2), Dom Bouillart était d'avis qu'elles se trouvaient au nordest de l'église sur l'emplacement de la chapelle de la Vierge (3) bâtie au xiii^ siècle par Pierre de Montereau^ mais on peut supposer que l'une des deux cérémonies se rapporte à la consécration de cinq autels d'une crypte établie après coup, comme à Saint-Philbert de Grandlieu, sous l'abside du vi^ siècle (4) quand le tombeau de saint Germain y fut transféré en 754 et que l'autre dédicace d'une crypte qui renfermait trois autels concerne celle du XI® siècle.
Vers le milieu du xii® siècle^ les dimensions du sanctuaire ne correspondaient plus aux nécessités du culte. Les moines se décidèrent à faire démolir l'abside romane et ses tours jumelles qui furent remontées pour la remplacer par un rond-point^ comme à La Charité-sur-Loire et à Pontigny. La même opération fut faite antérieurement
(1) Migne. Palrologie Mine, t. CXXIV, p. 712.
(2) Ibid.,p. 110 et 140.
(3) Il allègue que l'anniversaire de leur dédicace ne fut plus célébré après la construction de la chapelle de la Vierge.
(4) Le moine Aimoin fait mention de cette crypte dans son récit du pillage de l'abbaye par les Normands en 845. Ada sanclorum, mai, t. VI, p. 789.
EGLISE SAINT-GERMAIN DES PRES \f
à Morienval où l'étroit déambulatoire est dépourvu de chapelles. En 1163, cette œuvre importante qu'on peut •considérer comme une réplique du chevet de la cathédrale de Noyon^ incendiée en 1131^ était achevée. La cérémonie •de la dédicace eut lieu le dimanche 21 avril en présence du pape Alexandre II I^ accompagné de douze cardinaux, •de Maurice de Sully^ évêque de Paris^ de plusieurs évêques français^ italiens et espagnols comme l'archevêque de Tolède (1). Le cortège fit trois fois le tour de l'église, puis Je souverain pontife consacra le maître-autel sous le vocable primitif de la sainte Croix, de saint Etienne et de saint Yincent dont les reliques furent scellées dans la pierre. Humbauld, évêque d'Ostie, fit la consécration de l'autel matutinal en l'honneur de saint Germain. Trois autels <jui se trouvaient sans doute dans les chapelles rayonnantes avaient été consacrés la veille (2) et furent placés comme les autres sous le vocable de plusieurs saints. A cette •époque où des tribunes lambrissées régnaient autour de l'abside dépourvue d'arcs-boutants doivent se rapporter les tombes en demi-relief de Childebert I^^ et celle de Frédégonde en mosaïque incrustée de filets de cuivre ■qui se trouvent aujourd'hui à Saint-Denis. Comme l'abbé Hugues de Monceaux (1162-1182) concéda l'office de son père à un charpentier nommé Gilbert (3) qui est mentionné dans l'obituaire (4), on peut supposer qu'ils avaient tra- A^aillé à la croupe de l'abside.
Au xiii^ siècle, toutes les ressources de l'abbaye furent •employées à la reconstruction des bâtiments monastiques •qui commença par le cloître en 1227 et qui se termina •en 1273 par le dortoir bâti au-dessus de la salle capitu-
(1) I.asteyrie (R. de). Carlulaire général de Paris, p, 375.
(2) Bibl. nat. lat. 13882, fol. 18. — Dom Bouillart, p. 310.
(3) Poupardin (René). Recueil des chartes de l'abbaye de Saint-Gerjnain des Prés, t. I, p. 297 Publication de la Slé de V histoire de Paris.
(4) Bibl. nat. lat. 13882, fol. 74.
laire (1). Au lieu d'adopter le même parti qu'à Saint- Germer où la chapelle abbatiale communique avec le chevet, l'abbé Hugues d'Ivry chargea le célèbre architecte Pierre de Montereau qui avait construit le réfectoire en 1239 d'élever en 1245, au nord-est de l'église, une chapelle de la Yierge, comme à Châalis. Ce grand artiste, mort le 17 mars 1266, y fut inhumé (2). Les derniers débris
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Vue de l'abbaye du côté nord en 1724.
de son œuvre, démolie en 1802, ont trouvé asile dans^ le square de la rue de l'Abbaye et le portail a été remonté dans le jardin du musée de Cluny.
On peut supposer que le transept fut voûté après coup à la fin du xiii® siècle, c-omme l'indique le profil des bases de trois fines colonnettes engagées dans l'angle occidental du croisillon nord. Sous l'abbé Richard qui fortifia le monastère (1361-1387) un accident, mentionné
(1) D) n B) lillirt, p. 118, 123 et 126.
(2) Ibid., p. 127, 133 et pièces just. p. cxxiv.
dans son épitaphe (1), nécessita une réparation dans l'église dont je n'ai pu retrouver la trace. Au commencement du xv^ siècle, l'abbé Guillaume III fit renouveler le mobilier du chœur à l'exception des stalles. Après avoir commandé l'aigle du lutrin (2), il passa marché avec les trois orfèvres Jean de Clichy^ Gautier du Four et Guillaume Boey pour la châsse de vermeil de saint Germain qui ressemblait à une église flanquée de bascôtés^ épaulée par des arcs-boutants, couverte de feuilles d'or et surmontée d'une flèche. Entre les culées^ les statuettes des apôtres étaient encadrées dans des niches polylobées (3). La quittance du 20 août 1409 prouve que ce magnifique reliquaire, posé sur quatre colonnes (4) au fond de l'abside^ fut livré dans le délai fixé (5).
La même année, cet abbé fit refondre le devant d'autel d'argent exécuté en 1236 pour le remplacer par un retable de cuivre doré destiné au maître-autel. Au centre, il s'était fait représenter au pied du Crucifix flanqué de la Vierge et de saint Jean : à droite, sous des arcades trilobées, on voyait les statuettes de saint Jean-Baptiste, de saint Pierre, de saint Jacques, de saint Philippe, de saint Germain, de sainte Catherine et à gauche celles de saint Paul, de saint André, de saint Michel, de saint Vincent, de saint Barthélémy et de sainte Madeleine (6). Enfin, il compléta cet ensemble artistique par une croix processionnelle enrichie de pierreries.
En 1527, l'abbé Guillaume Briçonnet prit le parti de renouveler le mobilier du chœur qui subit le même sort au xvii^, au xviii^ et au xix® siècle. Il remplaça succès-
(1) Istius ecclesiae lapsœ quondam relevator. Ibid., p. 164.
(2) Dom Bouillart, p. 166.
(3) Ibid., p. 166 et pièce just. n» GXVII.
(4) Ibid., p. 251.
(5) Arch. nat., L. 762, n° 11.
(6) Dom Bouillart, p. 167.
sivement tous les anciens autels des chapelles et du transept, jadis isolés et posés sur des corps saints, par de nouveaux autels adossés aux murs qu'il consacra en 1527 et en 1528 et il fit établir dans la chapelle de Saint- Nicolas, la troisième au nord du déambulatoire, une tribune réservée à l'abbé. Enfin, il supprima un très haut chandelier à sept branches placé au milieu du sanctuaire, sous prétexte que cette belle œuvre de ferronnerie était gênante les jours de cérémonie (1). En 1557, on démolit le maître-autel, consacré en 1163 par le pape Alexandre III, qui devait être porté sur des colonnettes et qui renfermait une fiole de verre pleine de reliques. Le nouvel autel, sculpté par Antoine d'Artois et inauguré le 21 avril, coûta 2.808 livres (2). Flanqué de quatre colonnes de cuivre et des statues de saint Germain et de saint Vincent, il se composait de deux volets où le peintre Firmin Lebel avait représenté la Nativité et l'Adoration des mages (3) ; une crosse centrale soutenait la pixide. La même année, les deux cloches fêlées de la tour occidentale furent descendues au bas de la nef. Les moines les firent refondre, l'une au mois de septembre 1580 et l'autre au mois de janvier 1581, par Pierre Le Roy, fondeur à Paris, pour le prix de 400 livres (4).
Un maître-maçon, nommé Marcel Le Roy, qui demeurait rue de la Bûcherie, travailla en 1607 et en 1608 (5) à enlaidir le portail occidental du xii^ siècle pour l'abriter sous l'afïreux porche actuel qui coûta 2.000 livres. Il supprima la partie supérieure du tympan et les statuettes des voussures qui furent remplacées par des boudins en saillie sur une archivolte en tiers-point surbaissée. Guillaume Douglas, prince d'Ecosse, qui s'était converti,
(1) Dom Bouillart, p 181.
(2) Arch. nat., L. 762, n° 11. — Dom Bouillart, p. 189.
(3) Arch. nat., L. 762, n°8 13 et 14.
(4) Dom Bouillart, p. 198.
(5} Arch. nat., L. 762, n"* 5 à 19.
fut inhumé dans la chapelle Saint-Christophe^ au sud du déambulatoire^ le 11 mars 1611 : sa statue couchée se détache sur un mausolée de marbre noir. Le 28 avril 1619, saint François de Sales, évêque de Genève^ consacra le nouvel autel de la chapelle Saint-Symphorien^ au sud du porche^ qui venait d'être réparée (1) ; son abside était orientée au midi (2).
Du 6 avril 1644 au 26 mai 1646^ l'église fut livrée aux maçons qui commencèrent par voûter d'ogives la nef et les bas-côtés recouverts d'un plafond de bois. Antoine Lopinot^ moine de l'abbaye^ se chargea de diriger les travaux, de commander les matériaux et de payer les ouvriers chaque semaine (3), comme au moyen âge. Le concours de l'architecte Christophe Gamare (4) et de Dom Cotton, prieur du monastère, lui fut très utile. Le salaire hebdomadaire de l'appareilleur se montait à 16 livres, celui des vingt-neuf tailleurs de pierre variait de 7 à 9 livres, celui des douze maçons de 5 à 6 livres et celui des trente-sept manœuvres de 3 à 4 livres. On acheta 5.400 pieds de pierre aux quatre carriers Potery, Saintar, Parvelle et Cousin, à raison de 10 sous le pied, mais le charroi, qui coûtait 30 sous la voie, fut fait presque entièrement par les chevaux de l'abbaye. Il est donc probable que la pierre fut extraite des carrières de Montrouge ou de Clamart. En 1644 et en 1645, 1.096 tonneaux de pierre de Saint-Leu furent livrés sur le chantier, au prix de 4 livres 10 sous le tonneau, ainsi que de très nombreux sacs de plâtre à 3 livres la voie. En posant le nouveau dallage de la nef, les maçons découvrirent le 9 décembre 1645 la tombe de l'abbé Guillaume III, mort en 1418 (5).
(1) Dom Bouillart, p. 220.
(2) Ibid., pi. XVI, p. 308.
(3) Arch. nat., L. 762, n° 20.
(4) Cet architecte qui fut maître des œuvres de la ville de Paris de 1626 à 1643 commença Saint-Sulpice et bâtit l'église des Incurables, celle de Saint-André des Arcs et la porte de l'Hôtel-Dieu.
(5) Dom Bouillart, p. 238.
Les voûtes du transept étaient terminées le 19 avril
1645 (1) :ses murs de fond furent éventrés pour substituer aux deux baies en plein cintre une grande fenêtre à meneau central de faux style gothique. On défonça le mur occidental du croisillon sud et la dernière travée du bas-côté méridional pour donner accès dans la nouvelle chapelle de Sainte-Marguerite. Le portail latéral sud dessiné par l'architecte Gamare, s'éleva pendant la même campagne. Deux sculpteurs^ nommés Giot et Leroy^ qui sont cités dans les comptes travaillèrent à l'ornementation intérieure et extérieure. Les tribunes de l'abside furent supprimées et remplacées par un triforium dont les baies sont amorties par des linteaux, ce qui permit d'allonger les fenêtres hautes ainsi que leurs colonnettes. Ces importants travaux qui se ralentirent en
1646 s'achevèrent le 11 juillet de cette année (2) et coûtèrent 60.847 livres (2). Le 10 mai 1644^ le maître charpentier Philippe Pelletier qui demeurait au Pré-aux- Clercs avait signé un marché de 60.000 livres pour la réfection des combles de la nef, de la croisée et du chevet ; il toucha le dernier acompte le 10 septembre 1645 (3). Cet entrepreneur avait installé une grue pour démonter la charpente du xi^ et du xii^ siècle et pour assembler les nouvelles fermes encore en place, mais il réemploya 371 pièces de vieux bois. L'ancienne toiture de tuiles fut remplacée par des ardoises (4).
A la fin de janvier 1656 commencèrent les travaux destinés à modifier l'ancienne disposition du chœur. On retira d'abord les huit châsses qui furent transportées
(1) Arch. nat., L. 762, n° 22. Le transept avait dû être voûté après coup antérieurement, mais ses voûtes menaçaient ruine en 1644. Cf. Bibl. nat., fr. 18818, p. 126.
(2) Dom Bouillart, p. 238.
(3) Arch. nat., L. 762, n° 20, dernière page.
(4) Arch. nat., L. 762, n»» 23 et 24.
dans la sacristie le 25 du même mois (1). En arrachant l'ancien dallage pour le remplacer par des carreaux de pierre de liais (2) et en nivelant le sol^ ce qui fit disparaître l'ancien puits de saint Germain au pied de la seconde colonne à gauche de l'axe dans l'hémicycle (3)^ on découvrit les tombes de pierre de Childéric 11^ de la reine Bilihilde et de leur fils Dagobert. Violé en 1645 par les ouvriers qui avaient travaillé dans le sanctuaire à cette époque et qui avaient volé la couronne d'or, le voile brodé d'or et la ceinture enrichie de plaques d'argent^ le sarcophage du roi ne renfermait plus que deux longues cannes^ une épée^ la boucle plaquée d'or du baudrier^ une plaque d'argent ornée d'un serpent qui avait une tête au bout de la queue^ des débris de souliers de cuir et un grand vase de verre (4);
On exhuma ensuite les corps de Childebert I®^ (f 558) et d'Ultrogothe^ de Chilpéric I^^ (| 584) et de Frédégonde, de Clotaire II (f 628) et de Bertrude (5), mais les deux premiers cercueils de pierre^ qui se trouvaient à droite au pied de deux colonnes de l'abside^ avaient été certainement déplacés vers 1160 quand on construisit le déambulatoire. Les quatre derniers tombeaux ainsi que ceux de Childéric II et de Bilihilde furent ramenés entre les piles du carré du transept^ à l'entrée des croisillons^ mais ceux de Childebert et d'Ultrogothe^ exécutés ou retouchés comme les autres par le sculpteur Michel Bourdin fils qui reçut 400 livres en 1656 et 1»150 livres en 1658 (6), furent placés au milieu du chœur^ devant le maître-autel qui précédait l'autel matutinal ou de Saint-Germain et
(1) Dom Bouillart., p. 251.
(2) Bibl. nat., mss. fr. 18818, p. 1 13.
(3) Ce puits qui devait se trouver à l'extérieur de la basilique mérovingienne ne fut englobé dans le sanctuaire qu'en 1163.
(4) Dom Bouillart, p. 252.
(5) Ibid., p. 252.
(6) Arch. nat., L. 753, n° 26.
l'autel de Saint-Michel^ encadré par les deux colonnescentrales de l'hémicycle (1).
Le maître-autel érigé en 1646 fut démoli le 23 mars 1656 et remplacé par un autre qui s'élevait à l'entrée du chœur (2) et qui renfermait le sarcophage de saint Germain.. Les nouvelles stalles^ au nombre de soixante et une posées la même année^ coûtèrent 10.000 livres (3). Elles étaient ornées de chérubins et le dôme de la chaire abbatiale ressemblait à une couronne royale. Dom Claude Cotton^. ancien prieur de l'abbaye^, qui les avait commandées le
17 février 1655 à Martin Formery^ sculpteur sur bois,. et à Jean Lepaultre, menuisier à Paris, contribua pour 1.600 livres à la dépense (4). Le 16 mars 1663, un marché était passé entre le doyen et Pierre de Farcy, maîtremenuisier, qui s'engageait à livrer au mois d'octobre un buffet d'orgues de seize pieds moyennant le prix de 3.200 livres ; le facteur Thierry devait exécuter l'instrument (5) dont le montage ne fut terminé qu'en 1667. En même temps, Pierre de Farcy se chargeait de faire appareiller pour 280 livres l'arc en anse de panier et la tribune destinée à porter les orgues à la place du jubé « qui estoit au fond de l'église » et qui fut supprimé le 26 juillet (6).
Après la mort de Jean-Casimir, roi de Pologne, décédé à Nevers le 16 novembre 1672, qui était abbé commendataire de Saint-Germain des Prés, on lui éleva un mausolée dans le croisillon nord, œuvre du sculpteur de Marcy et du frère Jean Thibaut (7). L'autel à colonnes de ce bras du transept fut consacré en 1683 sous le vocable de saint Casimir, en même temps que celui de Sainte-Marguerite
(1) Cf. le plan dons l'ouvrage de Dom Bouillart, p. 308.
(2) Dom Bouillart, p. 253
(3) Bibl nat., mss fr. 18822, fol. 25.
(4) Arch. nat., L. 762, n°' 25.
(5) Ihid., n° 26.
(6) Bibl. nat., fr. 18818, p. 212.
(7) Dom Bouillart, p. 266.
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