‹ L'Église de Saint-Germain des PrésChapitre 3 sur 3 · JU · texte numérisé non relu

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E. Chauliat, del.

Restitution d'une travée de la nef au XP siècle.

32 ÉGLISE SAINT-GERxMAIN DES PRES

teaux atteignent un niveau plus élevé que les autres vient se coller sur le porche plus ancien et la dernière est plus étroite pour mieux contre-buter les piles occidentales delà croisée. La raffinerie de salpêtre installée dans la nef pendant la Révolution laissait écouler les eaux corrosives autour des piles qui furent rongées si profondément qu'il fallut

Chapiteau de la nef au musée deCIuny.

les remplacer en 1821^ quand l'architecte Godde reprit toutes les travées en sous-œuvre. On tailla donc de nouvelles bases cerclées d'un seul tore : leur profil avait déjà dû être modifié au xvii^ siècle quand les moines firent exhausser le dallage.

Les chapiteaux romans des piliers étaient intacts au commencement du xix^ siècle^ mais pendant la déplorable restauration dont la nef fut l'objet en 1843, on en remplaça une douzaine et les autres^ garnis de volutes d'angle^ de palmettes, de deux sirènes qui tiennent des poissons, des serpents enlacés, du loup et de la cigogne, de guerriers, des scènes de la Visitation et de la Nativité furent les uns maladroitement copiés, les autres retaillés de façon à leur donner plus de relief, comme ceux des grosses colonnes de

la crypte de Saint-Denis. M. de Guilhermy déplore ces malencontreuses retouches dont il fut témoin (1).

Heureusement douze chapiteaux^ transportés en 1843 dans la salle des Thermes^ au musée de Cluny^ sont fort intéressants à étudier (2). Dans le premier groupe ornemental^ il faut ranger une corbeille ornée de dents d'engre-

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Chapiteau de la nef au musée de Cluny.

nage sous de longues feuilles d'acanthe, une autre avec deux rangs d'entrelacs et de rinceaux traités en méplat comme toute cette sculpture et trois chapiteaux garnis de deux ou de trois rangs de pàlmettes. Les sculpteurs, dont le talent était médiocre^ avaient laissé un certain nombre de vides entre les feuilles qu'ils eurent l'idée de

(1) Itinéraire archéologique de Paris, p. 135.

(2) Ces chapiteaux mesurent de 0,65 à 0,70 de largeur sur 0,74 de haut ur.

E. Lefèvre-Pontalis, ph'

Chapiteaux d3 la nef au musée de Cluny.

remplir avec des cartouches de feuillages^ par un cavalier mutilé ou par trois quadrupèdes^ deux lions et un aigle. Parmi les sept chapiteaux imagés, si rares au xi® siècle, trois représentent cinq et un six clercs décapités dont les vêtements forment de larges plis (1) : sur ce dernier le célébrant en chasuble tient un calice et les autres prêtres des livres. Trois chapiteaux méritent une description spéciale. Un Dieu de majesté, copié sur un modèle byzantin, se détache dans une gloire en amande entre deux colonnes

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F. Lcl'èvre-Pontalis, phot.

Chapiteau de la nef au musée de Cluny.

cannelées en hélice : le Christ est flanqué de trois anges mal dégrossis dont deux portent un livre. Le second représente Samson qui attaque tout d'abord le lion de Thamnata dressé sur ses pattes et qui le dompte ensuite en mettant les deux mains dans sa gueule. Enfin un personnage tient une palme entre des lions qui dévorent des monstres.

Bas-côtés. — Voûtés d'ogives au milieu du xvii^ siècle,

(1) Ces personnages chaussés et sans nimbe ne peuvent être ni des apôtres ni des saints.

comme la nef où se retrouve le même profil trompeur, les bas-côtés étaient recouverts au xi® siècle d'un lambris porté sur des arcs-diaphragmes en plein cintre, suivant une disposition qui existait à Morienval, à Cerny-en- Laonnois, à Trucy, à Urcel et à Vailly (Aisne) et qu'on peut encore constater dans plusieurs églises voisines de Laon, comme celles de Chivy, de Presles, de Vaux et de Vorges (1). Il est impossible d'expliquer autrement l'existence des colonnes engagées dans les piles et dans les murs goutterots dont les chapiteaux se trouvent à un niveau plus élevé que ceux des grandes arcades. L'hypothèse de voûtes d'arêtes montées sur les collatéraux, comme en Normandie,, doit être écartée en raison de l'usage général des plafonds de bois dans le nord de la France jusqu'au second quart du xii^ siècle. Au-dessus des fenêtres bouchées au nord (2) et élargies au sud, des arcs de décharge sans moulures retombent sur des piédroits remaniés, sauf dans la première travée du bas-côté nord où deux tailloirs en biseau sont encore intacts.

La chapelle voisine où se trouvent les fonts-baptismaux est surmontée d'une voûte en cul-de-four moderne et flanquée de deux colonnes engagées dont un des chapiteaux du xi^ siècle, garni de petites palmettes, a été retaillé et dont l'autre encore intact représente deux personnages debout, à côté d'un rinceau vertical. Or c'est un mur droit qui devrait limiter le collatéral de ce côté, mais l'architecte qui construisit la nef trouva bon de mettre un angle du clocher-porche dans œuvre après coup en y adossant la première travée du bas-côté nord. Une opération analogue fut faite au xi^ siècle à Morienval et au xii® siècle à Saint- Rambert-sur-Loire et à Notre-Dame d'Étampes, mais la reconstruction de la chapelle Saint-Symphorienauxvii^siè-

( 1 ) On en voit d'autres exemples à Villers-Saint-Paul (Oise), à Aizy^ à Bonnes, à Glennes, à Saint-Martin de Laon (Aisne), à Lavardin (Loir-et-Cher), à Gréville (Manche) et à Saint-Pierre de Northampton.

(2) Le cloître du xiiie siècle était adossé au bas-côté nord.

cle entre le clocher-porche et le Bas-côté méridional ne permet pas de savoir quel parti avait été adopté au sud.

Transept. ■ — Au xi^ siècle^ le carré du transept^ recouvert d'un plafond de bois, comme à Morienval, à Saint- Léger-aux-Bois (Oise), à Saint-Remi de Reims, à Vignory €t à Notre-Dame de Domfront, était limité par des piles flanquées de quatre colonnes encore visibles et par quatre arcs en plein cintre, mais en 1645, en les entoura de colonnettes qui correspondent aux doubleaux en tiers-point, garnis de quatre boudins, et aux ogives dont l'arête se profile entre deux tores. On remarquera le mauvais style de la clef de voûte et la retombée verticale des boudins des doubleaux du nord et du sud au-dessus des chapiteaux qui provient de l'étroitesse du sommier. Il ne faut pas s'étonner de voir les Bénédictins de Saint-Germain des Prés s'inspirer du style gothique pour remanier le transept au xvii^ siècle. A Saint-Etienne de Caen, Dom J. de Baillehache suivit la même tradition pour restaurer l'abside du XIII® siècle vers 1620.

Le croisillon nord, dont la voûte et la grande fenêtre appartiennent à la série des travaux exécutés de 1644 à 1646, est recouvert de lourdes nervures qui retombent dans les angles, mais au nord-ouest un faisceau de trois colonnettes de la fin du xiii® siècle s'arrête au niveau de la baie en tiers-point de faux style gothique qui s'ouvre dans le mur de fond. Les colonnettes du meneau central sont dépourvues de bases et leurs chapiteaux sans caractère reçoivent deux arcs brisés surmontés d'une petite rose. A l'ouest, deux fenêtres du xi® siècle, encore intactes, sans aucun ressaut, prouvent que la longueur des bras du transept roman est restée la même. En face, la première absidiole qui fut défoncée au milieu du xii® siècle pour donner accès dans le déambulatoire devait être très profonde comme dans beaucoup d'églises romanes bénédictines, mais elle ne communiquait pas avec le chœur. Comme cette cha-

pelle était surmontée d'une des tours jumelles^ l'architeete du XI® siècle avait appareillé sous les murs du clocher deux larges doubleaux en plein cintre, sans moulures, qui venaient s'appuyer sur de fortes colonnes engagées encore visibles. Il serait intéressant de retrouver sous le dallage la trace de l'hémicycle voûté en cul-de-four qui devait être précédé d'une voûte d'arêtes. La seconde absidiole fut démolie en 1717 pour établir un passage qui reliait l'église au petit cloître en longeant les deux sacristies (1). Le mur est masqué par un grand retable.

Le croisillon sud, encore plus remanié, conserve ses deux baies occidentales du xi® siècle et un contrefort intérieur de la tour jumelle méridionale qui doit être une addition du XII® siècle. La voûte d'ogives du xvii® siècle et ses formerets en cintre brisé retombent sur trois colonnettes engagées dans les angles du mur de fond où s'ouvre une grande baie en tiers-point de la même époque dont le meneau central porte le même remplage |que dans l'autre croisillon. La construction de la sacristie méridionale entraîna la démolition de la seconde absidiole dont il ne reste aucune trace, mais les grosses colonnes du xi® siècle engagées dans la première sont intactes sous le petit clocher. A l'ouest, on éleva vers 1645 la chapelle de Sainte-Marguerite surmontée d'une coupole ajourée qui communique avec le transept et avec le bas-côté sud par deux arcades en plein cintre soutenues par une pile d'angle à quatre colonnes.

Chœur. — Le chevet de l'église, consacré le 21 avril 1163, présente des ressemblances frappantes avec l'abside de la cathédrale de Noyon qui devait être terminée vers 1157, notamment dans la forme des grandes arcades du chœur qui sont en plein cintre tandis que celles de l'hémicycle décrivent une courbe en tiers-point, dans les voûtes et les chapelles du déambulatoire. Une arête se profile entre deux

(1) Ces sacristies se terminaient chacune par un hémicycle.

tores sur les trois croisées d'ogives du chœur qui se divise en quatre travées^ mais les nervures de la dernière conver-

Doubleau et ogives de l'abside.

gent, comme à Noyon, sur la clef de voûte de l'abside ornée de feuilles d'acanthes : on voit deux têtes humaines autour des autres clefs. Les doubleaux en tiers-point, garnis de deux baguettes^ de deux boudins et d'une arête centrale

Pile N. E. de la croisée et doubleau du chœur.

retombent dans la première travée pleine sur des colonnettes jumelles de chaque côté. Les formerets toriques décrivent une courbe en plein cintre.

La présence des deux tours excluait toute idée de percement^ comme à Morienval(l)^ mais l'architecte du xii®

(1) Un mur plein séparait également du chœur la première absidicle à Jumièges et à La Trinité de Caen.

siècle appliqua sur leur face intérieure un contre-mur, suivant une disposition adoptée plus tard à la cathédrale de Chartres quand les clochers de façade furent englobés dans œuvre. Il put ainsi le décorer d'une arcature identique au remplage des baies des tribunes qui constitue un pré-

H. Heuzé, phot.

Fausses tribunes du chœur.

cieux témoin de leur disposition primitive. Ses arcs en tiers-point, ornés d'un tore et soutenus par des colonnes engagées, sont recoupés par une colonne et deux arcs brisés aux arêtes abattues. Les chapiteaux garnis de feuilles d'acanthe, les tailloirs moulurés et les bases à griffes sont

intacts. Au-dessus, une baie aveugle en tiers-point est flanquée de deux colonnettes qui reçoivent le tore de l'archivolte.

Les trois travées suivantes se composent d'arcades en plein cintre surbaissées dont les claveaux flanqués de deux boudins retombent sur des colonnes isolées formées de tambours comme celles de l'abside qui soutiennent des arcs en tiers-point surhaussés. Les gros chapiteaux du chevet, au nombre de dix^ portent sur leurs tailloirs trois colonnettes qui correspondent aux ogives, aux doubleaux et aux formerets, sauf dans la seconde et la troisième travée où ces derniers arcs s'appuient sur des masques au niveau de l'imposte des fenêtres. Huit nervures rayonnent au-dessus de l'hémicycle entre des formerets en tiers-point.

Au milieu du xvii^ siècle, on supprima les tribunes recouvertes d'un toit en appentis, comme celles de Domont, de Chars et de Gonesse, pour allonger les fenêtres hautes. Ce remaniement qu'il faut comparer à celui qui eut lieu à Notre-Dame de Paris vers 1240 se prouve également par le niveau de la base des colonnettes extérieures. Les tribunes devinrent un triforium, comme dans le chevet de Saint-Leu-d'Esserent où leurs arcades furent conservées, tandis qu'à Saint-Germain des Prés les deux petits arcs brisés de chaque baie furent supprimés et remplacés par deux linteaux. Cette forme qui est celle du triforium du XII® siècle dans la nef de Saint-Pierre de Montmartre est donc purement accidentelle.

La galerie, large d'un mètre et recouverte d'un plafond de bois, est séparée des combles par un mur. On y avait réemployé les colonnettes antiques de marbre qui portaient les arcs secondaires et qui proviennent peut-être de la basilique du vi® siècle : trois sont galbées et leur astragale fait corps avec le fût. Leurs chapiteaux du xii® siècle se distinguent par la variété des feuilles d'acanthe, mais il faut signaler sur une corbeille quatre animaux encadrés

dans des médaillons. Le profil des tailloirs se compose d'un listel^ d'un tore central et d'un cavet et celui des bases à griffes d'une baguette, d'une scotie et d'un tore ; leur diamètre varie suivant la section des fûts. Les fenêtres en tiers-point sont jumelles dans le chœur oii leur trumeau

H. Heuzé, phot.

Colonnettes du triforium.

très mince flanqué d'une colonnette peut être considéré comme un prototype du meneau^ suivant un principe également adopté dans le transept et dans la nef de la cathédrale de Noyon. Leurs colonnettes qui reçoivent un tore furent allongées jusqu'au niveau du triforium^

mais celles des baies aveugles de la première travée conservent leur ancienne dimension.

E, Chauliat, del.

Chapiteaux du triforium.

Déambulatoire. ■ — Les croisées d'ogives qui le recouvrent sont ornées d'une arête entre deux tores et une petite rosace se détache sur leur clef, mais dans les travées tournantes les nervures ne sont pas dans le même prolongement. On remarque des formerets toriques en plein cintre dans les deux premières travées et les arcs doubleaux surhaussés décrivent la même courbe, comme

H . Ileugé, phot.

Saint-Germain des Prés,

Déambulatoire.

dans le rond-point de la cathédrale de Noyon : leurs arêtes sont simplement abattues. Les travées qui se trouvent sous les tours jumelles faisaient partie des absidioles du transept dont l'hémicycle fut démoli pour donner accès dans le déambulatoire^ mais au xi® siècle leurs doubleaux en plein cintre qui retombent sur de grosses colonnes engagées étaient dépourvus de boudins. Le troisième doubleau repose sur deux colonnes du xii® siècle dont la base à tore aplati est rehaussée de griffes. La voûte d'ogives du xii® siècle s'appuie sur les mêmes colonnes que les doubleaux.

Dans la seconde travée s'ouvrait une fenêtre en plein cintre désaxée encadrée par un tore et deux colonnettes. Des chapelles rectangulaires correspondent aux deux dernières travées du chœur^ comme à Noyon. Leurs croisées d'ogives bombées^ garnies d'une arête entre deux baguettes^ retombent sur un faisceau de trois colonnettes d'angle qui soutiennent un formeret torique en plein cintre surhaussé au-dessus de la fenêtre élargie et deux formerets surbaissés en tiers-point à l'est et à l'ouest. Cet artifice^ qu'on peut signaler aussi à Noyon, permettait d'amener au même niveau que la clef des nervures celle de tous les arcs d'encadrement^ y compris l'arcade en plein cintre surhaussé qui s'ouvre sur le déambulatoire et qui s'appuie sur deux colonnes engagées.

Les chapelles rayonnantes en hémicycle^ au nombre de cinq, encadrées par un arc en plein cintre avaient toutes la même profondeur^ comme à Noyon, à Senlis et à Saint-Germer, mais celle de l'axe fut démolie en 1819 et remplacée par une chapelle d'un style très médiocre. Les quatre autres qui ressemblent beaucoup à celles de la cathédrale de Noyon sont voûtées par cinq branches d'ogives dont les deux tores et l'arête intermédiaire s'appuient sur une colonnette. Comme l'une des nervures retombe dans l'axe^ chaque hémicycle qui renferme quatre

E. Chauliat, dei.

Chapelle latérale du chevet.

E. Chauliat, del.

Chapelle rayonnante.

formerets en tiers-point n'est éclairé que par deux fenêtres de la même forme^ comme à Saint-Denis et à Saint-Maclou de Pontoise. Deux fausses baies sont également dépourvues de colonnettes. Dans la chapelle nord-est apparaît une arcature formée de huit archivoltes toriques qui s'appuient sur une colonnette^ mais ces petites arcades sont masquées dans les autres chapelles par des boiseries ou des enduits.

E. Chauliat, deU

Chapiteau du déambulatoire.

Six chapiteaux des grosses colonnes sont garnis de deux rangs de feuilles d'acanthe élégamment découpées qui se recourbent à leur extrémité et de volutes superposées^ mais quatre autres également peints par Denuel vers 1845 sont décorés au nord de colombes qui becquètent

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Chapiteaux du rond-point.

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Chapiteaux du cléïmUlatoirc.

H. Hcuzé, phot.

Chapiteaux de l'abside.

E. Lei'èvre-Pontalis, phot.

Chapiteaux de l'abside

une tête humaine sous des dragons afîrontés, de deux rangs de colombes affrontées comme au sud où l'on voit des griffons à tête humaine et des dragons superposés. A l'entrée des chapelles, les corbeilles sont ornées de palmettes, de feuilles d'acanthe, de têtes d'angle qui tiennent des rinceaux, de lions, de colombes affrontées séparées par un masque.

Les tailloirs des grosses colonnes reposent sur huit dés de pierre : leurs angles légèrement abattus, comme dans le déambulatoire de Notre-Dame de Paris, fournissent un exemple précoce du prototype des tailloirs octogones :; leur profil se compose d'un filet, d'une arête, d'un tore et d'un cavet. Les autres tailloirs, de plan carré^ sont garnis des mêmes moulures et chaque astragale est décoré d'une baguette et d'un cavet. Les bases à large scotie et à tore aplati se distinguent par la variété de leurs griffes

Griffes des bases.

formées de feuilles plates qui se recourbent en volutes ou qui se replient sous une palmette.

Portail. — En 1607, un affreux porche fut élevé en avant du beau portail occidental qui avait remplacé vers 1163 la porte romane primitive, mais cette malencontreuse addition entraîna la transformation de l'archivolte en tiers-point et la disparition du tympan qui représentait probablement le Dieu de majesté flanqué de l'ange et

des animaux symboliques. Sur le linteau mutilé on distingue la Cène^ comme à Charlieu et à Nantua. Dix apôtres sont assis derrière une table recouverte d'une nappe €t de plats ronds ; saint Jean appuie sa tête sur la poitrine du Christ et Judas mutilé est de l'autre côté de la table. Il est probable que la pierre fut raccourcie.

Les huit statues furent brisées en 1793^ mais les chapiteaux qui les surmontaient existent encore. Ornés de

£. Lelfvre-Pontalis, phot.

Chapiteau du portail.

harpies à corps d'oiseaux et de dragons^ d'acanthes et de fruits d'arum^ ils sont étroitement apparentés à ceux des chapelles rayonnantes et doivent être attribués aux mêmes artistes. Un cavet surmonté d'un listel se profile sur les tailloirs. Les bases à tore aplati reposent sur des

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socles garnis de pointes de diamant en creux et de oodrons, comme à Chartres^ à Étampes et à Notre-Dame de Châlons. 1^'une des têtes de lions des anciens vantaux qui porte un anneau est au musée du Louvre.

Les huit statues-colonnes nimbées reproduites dans les ouvrages de Mabillon (!), de Montfaucon (2) et de Dom Bouillart (3) représentaient deux rois tenant un sceptre^ deux- femmes habillées à la mode du xii® siècle^ trois personnages tenant des phylactères et un évêque qu'on peut identifier avec saint Germain^ patron de l'église (4). Saint Loup est également représenté vêtu du costume épiscopal sur le trumeau du portail de Saint-Loup-de-Naud. Mabillon

était d'avis que les autres statues étaient celles de Clovis^ de Clotilde^ de Clodomir, de Chilpéric, de Childebert et de la reine Ultrogothe et de Clotaire. Dom Thierri Ruinart^ qui attribuait le portail au viii^ siècle^ tandis que Dom Bouillart le faisait remonter au vi® siècle (5) et l'abbé Lebeuf au xi^ siècle (6), lut sur deux

Base d'une colonne du portail.

(1) Annales ordinis Sancli Benedicli, t. I, p. 169.

(2) Monuments de la monarchie française, t. I, pi. VII, p. 55.

(3) Histoire de Vabbaye de Saint-Germain des Prés, pi. IV, p. 311. Cf. la dissertation de l'auteur, Ibid., p, 296 et les discussions de Claude de MDulinet avec Dom Bouillart dans le Mercure de France, mai 1723, p. 895 ; janvier 1724, p. 24 ; mars 1724, p. 472 ; avril 1724, p. 613 ; mai 1724, p. 826 et juillet 1724, p. 147.

(4) Les pieds du saint, d'un roi et d'une autre statue étaient posés sur des animaux.

(5) Histoire de Vabbaye de Saint- Germain des Prés, p. 309.

(6) Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris. Ed. Bournon, p. 265.

phylactères les noms de Clodomir et de Clotaire (1). Néanmoins, il est beaucoup plus probable que deux des rois étaient Salomon qui se trouvait à côté de la reine

Anciennes statues du portail.

de Saba et David voisin de Bethsabée, et que les autres personnages avaient joué un rôle dans l'ancien Testament, comme dans la plupart des portails romans de la même famille qu'on voit encore à Chartres, à Etampes, au Mans, à Saint-Ayoul de Provins, à Saint-Loup-de-Naud, à Bourges et à Angers.

(1) Dom Bouillart, p. 299.

M. de Lasteyrie s'appuie sur la forme pentagonale de la mitre de saint Germain pour reculer la date de la porte jusqu'en 1180 (1). En effet Eudes de Sully (1196- 1208) fut le premier évoque de Paris qui porta une mitre de ce modèle, d'après son sceau, mais Huo;ues, évêque d'Auxerre, en était coiffé vers 1144 et Barthélémy, évêque de Beauvais, en 1165 (2), ce qui confirme mon opinion basée sur la ressemblance des chapiteaux du portail et du chevet.

Clocher-porche. — Jusqu'au xvii^ siècle, on entrait sous le porche, planté obliquement et voûté en berceau, par trois arcades en plein cintre, mais celle du nord est murée et celle du sud est aveuglée par la chapelle de Saint- Symphorien, consacrée en 1619^ qui communiquait avec le bas-côté méridional. Leurs claveaux nus retombent sur des piédroits massifs et sur des tailloirs en biseau. Quand on éleva le collatéral nord au xi® siècle, un angle de la tour fut englobé dans Tœuvre, mais il est impossible de préciser aujourd'hui l'emplacement du mur occidental de ce bas-côté. Le plan de Dom Bouillart n'indique aucune clôture sous l'arcade qui donne accès dans la nef et qui est surmontée d'un grand arc en plein cintre au niveau de la tribune occidentale recoupée par un berceau du XVII® siècle, mais jadis lambrissée. On voit les témoins de la grande baie qui s'ouvrait sur le vaisseau central, malgré toutes les modifications consécutives à l'installation des orgues en 1664.

Pour monter à cette tribune oii l'appareil à taille oblique et à joints épais est bien visible, il faut prendre un escalier à vis à gros noyau logé dans l'angle nord-est de la tour : sa voûte est recouverte d'un enduit. La vis s'interrompt au premier étage pour reprendre dans l'angle sud-est ; sa cage carrée se compose au dehors de petits moellons

(1) Etudes sur la sculpture française au moyen âge, p. 40.

(2) Demay. Le costume d'après les sceaux, p. 270.

E. Lefèvrc-Pontalis, phot.

Arc de ia tribune dans la cage du clocher.

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Parement intérieur du premier étage du clocher.

avec chaînages d'angle modernes. Le noyau mesure 0 m. 55 de diamètre^ les assises 0 m. 18 à 0 m. 23 et les joints 0 m. 02 à 0 m. 04 d'épaisseur : la trace des couchis est bien visible sur le berceau rampant et trois petites fenêtres

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E. Chauliat, del.

Escalier à vis du clocher-porche.

cintrées éclairent la cage. Les murs extérieurs du clocher à peu près intacts au nord, au sud et à l'est ont été dénaturés à l'ouest.

Au second étage^ une baie en plein cintre large de 2 m. 37 s'ouvrait sur trois faces ; ses étroits claveaux dont l'extrados n'est pas concentrique à l'intrados ont un caractère

très archaïque. Il ne faut donc pas hésiter à faire remonter la construction de la tour jusqu'au niveau du dernier étage au temps de l'abbé Morard, élu en 990 et mort en

orocim

E. Chauliat, del.

Archivoltes des baies du cloclier-porche au sud.

1014. Son épitaphe^ transcrite par Dom Bouillart (1), en faisait mention : c'est donc l'un des plus anciens clo-

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Signes lapidaires dans le clocher-porche.

E. Chauliat, del.

Plan du troisième étage du clocher-porche.

1) Histoire de V abbaye de Saint- Germain des Prés, p. 71.

chers de la France^ comme le prouvent d'ailleurs les baies sans ressauts extérieurs et la taille de leurs claveaux. Sur les piédroits primitifs des baies bouchées par un affreux remplage de briques moderne, on distingue, comme dans les angles, des signes lapidaires, ce qui est une véritable exception au xi® siècle. Les assises taillées obliquement au

E. Chauliat, del.

Impostes des baies du troisième étage.

marteau ou en chevrons mesurent 0 m. 35 à 0m.40 de longueur et 0 m. 20 de hauteur; les joints ont une largeur de trois à quatre centimètres.

Le mur de la tour a encore 1 m. 64 d'épaisseur au troisième étage où les assises hautes d'un pied se distinguent également par des signes lapidaires variés. De chaque côté, on voit à l'intérieur un grand arc de décharge en plein cintre qui encadre des baies géminées de la même forme soutenues par des piédroits massifs. Les petites archivoltes nues encore intactes au sud où elles présentent la particularité déjà signalée au second étage retombent sur un trumeau

rectangulaire de 0 m. 70 où se trouve engagé un des corbeaux moulurés qui soutenaient les contre-fiches placées sous les poutres du beffroi. A l'intérieur de la cage, des tailloirs en biseau accusent l'imposte : sur l'un s'étagent quatre rangs de damiers surmontés de lignes brisées et sur deux autres se profilent trois cavets sous un listel et une baguette entre deux cavets.

Le quatrième étage était une œuvre du premier tiers du xii^ siècle, mais son parement intérieur remonte seul à cette époque. Deux baies en plein cintre dont le trumeau est flanqué de trois colonnes tandis que leurs piédroits sont cantonnés de quatre colonnes s'ouvrent sur chaque face : un cordon de billet tes contourne leur archivolte. Le diamètre des fûts est exceptionnel dans la région parisienne. Les déplorables restaurations extérieures faites par Godde vers 1822 et par Baltard en 1848 ont fait disparaître tous les témoins de l'époque romane, y compris les anciens chapiteaux ornés de feuilles plates. Le gros noyau et l'appareil à gros joints de l'escalier qui monte jusqu'au niveau des baies supérieures prouvent l'existence d'un quatrième étage dès le xi® siècle. Le beffroi du xvii^ siècle est surmonté d'une flèche moderne de charpente à huit pans, flanquée de quatre clochetons et semblable à celle qu'on voit dans un dessin de 1368 (1).

Élévation latérale. — L'extérieur des bas-côtés n'offre aucun intérêt, mais les larges fenêtres en plein cintre

Corbeaux de l'ancien beffroi.

(1) Dom Bouillart, pi. VI, p. 160.

de la nef ont conservé leur cordon de billettes qui se continue au niveau de l'imposte en passant sur les contreforts saillants dont les glacis sont modernes comme la corniche. Lenoir avait dessiné plusieurs modillons primitifs ornés d'entrelacs qui portaient une tablette garnie de trois rangs de damiers '^l). Une grande porte du xvii^ siècle,

Lenoir, del.

Anciens modillons de la corniche.

surmontée d'un entablement et d'une balustrade pleine, s'ouvre dans la quatrième travée du bas-côté sud. Le croisillon méridional^ complètement transformé en 1645, est épaulé par des contreforts d'angle qui sont amortis par des consoles en forme de volutes. La grande baie en tiers-point de la même époque est encadrée par des billettes trompeuses : à la clef on voit les armes de l'abbaye martelées. Le mauvais profil du meneau des arcs brisés et de la petite rose du remplage prouve bien qu'on se trouve en présence d'un pastiche^ comme pour la fenêtre du croisillon nord. Seules les fenêtres occidentales du transept sont encore intactes.

(1) Architecture monastique, t. II, p. 170 et 173.

Abside. — Les fenêtres des chapelles du chevet conservent leur cordon torique, leurs contreforts et quelques inodillons primitifs qui portent une tablette moulurée d'une baguette et d'un cavet. Les arcs-boutants en quart •de cercle, restaurés en 1823 par l'architecte Godde qui fit poser des dalles sur leur extrados, furent ajoutés à la fin du xii^ siècle, mais la largeur des trumeaux entre les fenêtres hautes qui n'étaient pas reliées par des moulures ou une frise rend ce travail plus difficile à constater qu'à Notre- Dame de Châlons, à Saint-Leu-d'Esserent, à Saint-Remi •de Reims et à Saint-Quiriace de Provins. Néanmoins oomme tous les chevets gothiques antérieurs au xiii^ siècle étaient dépourvus d'arcs-boutants, il serait étonnant que celui de Saint-Germain <les Prés échappe à cette règle archéologique. Or, en examinant les culées du chœur plantées obliquement, on s'aperçoit qu'elles ne correspondent pas bien aux murs qui séparent les chapelles. Le solin en saillie sur leur parement indique la pente de l'ancien toit des tribunes qui venait s'engager sous l'appui des fenêtres supérieures accusé par un cordon.

Les colonnes à pans coupés, engagées dans le e. Chauiiat, dei.

mur de l'abside, qui Contrefort de l'abside restitué.

Abside et clochers restitués.

Lenoir, del.

soutiennent la tête des arcs -boutants^ sont bien contemporaines du chevet, car leurs chapiteaux à feuilles d'acanthe et leurs tailloirs moulurés sont identiques à ceux des fenêtres hautes^ mais en 1163, elles étaient simplement amorties par un glacis^ comme à Domont (Seine-et-Oise) où les arcs-boutants ne furent ajoutés au-dessus du déambulatoire qu'au xv^ siècle. A rorigine, ces fûts jouaient donc le rôle de contreforts-colonnes^ comme à Saint-Martin des Champs et à Saint-Germer. L'absence de base moulurée ne doit pas faire supposer que les angles des anciens contreforts auraient été abattus pour les transformer en colonnes en relançant les chapiteaux^ car l'architecte aurait fait buter les arcs sur ces contreforts^ comme à Saint-Leu-d'Esserent. De même que tous les arcs-boutants ajoutés à la fm du xii^ ou au début du xiii^ siècle pour conjurer la ruine des premières absides gothiques entourées d'un déambulatoire, ceux de Saint-Germain des Prés ne servent pas à l'écoulement des eaux.

Un chemin de ronde règne au niveau des fenêtres hautes comme dans les églises gothiques du nord de la France. Ces baies en tiers-point furent allongées au xvii^ siècle : leurs deux colonnettes du xii® siècle s'arrêtent au point où se trouvait le glacis primitif. Leur cordon de fleurs à quatre pétales^ concentrique au tore de l'archivolte^ n'est pas masqué^ comme à Saint-Remi de Reims^ par la tête de l'arc-bautant^ sauf à l'imposte d'une baie du nord, encadrée par un rinceau. Des têtes se détachent sur quelques anciens modillons de la corniche.

Les tours jumelles, dont la plantation dénote une influence rhénane, existaient avant la reconstruction du chevet, comme à Tournai, à Morienval, à Noyon, à Saint- Leu-d'Esserent, à la cathédrale et à Notre-Dame de Châlons et jadis à Saint-Corneille de Compiègne et à Saint-Martin de Pontoise. En effet, les deux étages inférieurs du clocher nord, épaulé par un contrefort d'angle du xii^ siècle,

remontent au xi^ siècle, comme le prouvent leur appareil, les marques de tâcherons visibles à l'intérieur de la cage et semblables à celles de la tour occidentale ainsi que le collage de l'abside. Une grande baie en plein cintre les éclairait au nord et à l'est. L'architecte de l'abside, consacrée en 1163, avait utilisé le soubassement de cette tour pour monter trois nouveaux étages dont les contreforts étaient plus étroits. Sur chaque face s'ouvraient deux baies en plein cintre, flanquées de pilastres à ressaut, dont les tailloirs chan freinés recevaient deux rangs de claveaux nus encadrés par un cordon à double biseau.

Le clocher sud, plus large, qui renfermait un autel consacré à saint Michel, fut repris du pied vers 1160, comme le prouvent le cordon à double chanfrein de ses longues baies inférieures et la liaison des assises du chœur avec celles de la tour. Les trois étages supérieurs, identiques à ceux de l'autre clocher, furent également démolis en 1822 par l'architecte Godde qui les avait d'abord cerclés pour prévenir tout accident et qui se proposait de les rebâtir, mais l'esprit d'économie prévalut. Les flèches de charpente octogones des tours jumelles, soulignées par des modillons, étaient flanquées de quatre petites pyramides.

PARIS. SOC. GÉNÉR. d'iMPR. ET d'ÉDIT., 71, RUE DE RENNES.

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