Ibid., lettre du 22 fév
s'imaginaient sottement qu'ils s'acquièreraient de la gloire et de la réputation auprès des habitants...
« M. Hubert et quelques autres personnes m'avaient parlé sur un ton différent, il y a quelques années. On m'avait dit du bien de vous, et j'espérais que vous feriez impression aux habitants en prenant le bon parti. J'ai été trompé, et je n'en ai pas honte : vous êtes un mauvais sujet, vous vous faites gloire de retarder l'édifice d'un temple au Seigneur, et de résister à votre Evêque. Continuez, je n'ai besoin ni de votre travail, ni de vos lumières. Comme l'on ne prie ni le démon ni ses suppôts, je ne vous prie pas non plus de cesser vos mauvais discours, ni vos menées secrètes et malignes. L'ouvrage se fera sans vous ; c'est l'œuvre de Dieu, qui est plus fort que tous les diables ensemble. Vous n'y aurez point de part, et peut-être ne la verrez-vous pas achevée, ou, si vous la voyez, votre dépit ne la renversera pas. Quelles que sottises que vous ayez vomies contre moi, je n'ai pas oublié que Dieu m'avait chargé de votre âme, et ordonné de travailler, sans me rebuter, à votre salut. C'est ce qui m'a engagé, avant d'aller plus loin, à m'humilier devant vous, et à vous écrire cette lettre : exemple que vous ne retrouverez point en France, peut-être, d'aucun évêque vis-à-vis d'un homme de votre trempe : auprès de moi, l'âme du plus simple habitant est aussi précieuse que celle du plus grand et du plus redoutable monarque. Si cela vous touche et vous engage à réparer le tort et le scandale que vous avez occasionnés, j'en bénirai Dieu, et je ne vous en voudrai pas. Si au contraire votre cœur indocile et orgueilleux a honte de reconnaître sa faute et sa méchanceté, et de montrer de la repentance, sachez que j'userai de tous les pouvoirs que Notre Seigneur Jésus-Christ m'a communiqués, et que je vous déclarerai publiquement déchu de la noble qualité d'enfant de Dieu et de l'Eglise, vous, toute votre famille, et tous ceux qui opiniâtrement
adhéreront et demeureront attachés à votre rébellion et à vos sentiments.
« Je pense bien que vous n'en serez pas effrayé : il faut avoir de la religion pour craindre Dieu et l'Eglise, l'enfer et les censures qui y conduisent ; et votre conduite ne me laisse pas lieu de penser que vous en ayez. Mais les châti. ments ne sont pas pour les désespérés, ils ne sont que pour fortifier les faibles, édifier les bons, ramener les pervertis et empêcher de tomber les indifférents et les mauvais à demi ; et de mon côté je ne prends ce parti que pour satisfaire à mon devoir et pour éviter le reproche que pourrait me faire au jour redoutable du Jugement mon Maître Jésus- Christ, de n'avoir pas repris le pécheur et de l'avoir laissé périr dans son iniquité, faute de l'avoir instruit, repris et menacé.
« Voilà, mou frère, des sentiments qui sortent du cœur et qui doivent vous prouver mon affection sincère pour vous. »
Et le Prélat ajoutait en postcriptum :
« Nous ordonnons à M. Vézina de vous lire cette lettre en présence des marguilliers, syndics, et anciens de la paroisse. Si elle ne vous touche pas, on la lira publiquement au prône pendant trois dimanches, et il nous en enverra certificat, signé, et de votre conduite : après quoi nous procéderons ainsi que de raison^''. »
Quelle fut la suite de ce document? Nous n'en trouvons trace dans les archives. Mais pour la construction de l'église de Saint-Henri, les choses traînèrent en longueur. Il n'y avait encore rien de réglé le 11 août de l'année suivante, puisque ce jour-là l'Evêque adressait une lettre pastorale K aux rebelles » de la paroisse, pour les exhorter à revenir à de meilleurs sentiments: « Le curé et les syndics, disaitil, vont faire une répartition. Mais j'aurais mieux aimé