‹ L'église du Canada après la conquête (volume 2)Chapitre 28 sur 204 · Invasion du Canada, p · texte numérisé non relu

Invasion du Canada, p

qu'on voulut mettre sur pied la milice, deux cent cinquante habitants prirent des bâtons et menacèrent d'assommer le grand Juge que le Gouverneur avait envoyé pour enrôler les volontaires. On fut obligé de remettre la partie à un temps plus favorable ^.

Les femmes, en général, étaient bien pires que les hommes. Le journal de Baby mentionne un paroissien de Sainte-Marie de Beauce, « qui tout d'abord avait montré du zèle et de l'affection pour le service du Roi. Il n'a été corrompu que par sa femme, dont l'esprit a de tout temps semé la zizanie dans la paroisse, dit mille impertinences des curés et de tous les honnêtes gens, et n'a cessé de tenir des discours séditieux dans la paroisse et les paroisses voisines. »

Eu quelques endroits, les habitants, qui avaient sans doute entendu parler de la célèbre Marie-Thérèse, et qui nous étonnent quelquefois par la facilité avec laquelle ils retiennent dans leur mémoire certains faits, ou certains noms historiques qui les frappent, avaient baptisé ces mégères du nom de Reines de Hongrie. Il y en avait une à Saint-Pierre, île d'Orléans :

a La femme d'Augustin C, surnommée ironiquement par les habitants la Reine de Hongrie^ dit le Journal, a perverti par ses discours séditieux, eu courant les maisons d'un bout à l'autre de la paroisse, presque tous les habitants. Il paraît que cette femme a beaucoup de langue, et a fait, suivant le rapport de plusieurs, beaucoup de sensation dans leurs esprits.

« A la Pointe-aux-Trembles, les femmes de Joseph et Jean G. ont été de porte en porte pour noircir ceux qui engageaient les jeunes gens, l'automne dernier, à marcher

8. Invasion du Canada, p. 319. — Histoire de la Seignenrie de Lauzon, t. III, p. 53.

avec M. MacLean ^, disant qu'on les menait à la boucherie. «

«A Saint-Vallier, la veuve G., surnommée la Reine de Hongrie^ a fait plus de mal dans cette paroisse qu'aucun autre. Elle tenait souvent chez elle des assemblées, oii elle présidait, tendant à soulever les esprits contre le gouvernement et à les animer en faveur des Rebelles. Pour mieux parvenir à son but détestable, elle leur faisait boire des liqueurs fortes. «

Qui aurait cru que le féminisme et le métier de suffragettes dataient de si loin dans notre pays ?

Que d'incidents scandaleux, dans cette triste période de notre histoire, où viennent se mettre à nu des sentiments de haine et d'aversion, contre le clergé surtout, qui en temps ordinaire restent à l'état latent, et n'éclatent que dans les temps de troubles ! Citons-en quelques-uns, d'après le texte même du Journal de Baby : est-ce que tout cela n'appartient pas à l'histoire de l'Eglise du Canada ?

« Le nommé L., à Saint-Joachim, a rendu aux Rebelles tous les services qui pouvaient dépendre de lui. Il a prêché la Rébellion dans toutes les paroisses où il a passé, et nommément dans celle-ci. Il avait réussi à s'y faire un parti, et comme il pensait que M. Gravé ^^ et le curé Corbin nuisaient à ses projets, il les a fait traduire au Camp. En un mot, il avait été proclamé Capitaine, et en cette qualité il a répondu à la confiance que pouvaient avoir en lui les Rebelles, tant pour l'exécution de leurs ordres, que pour faire piller les Fermes des prêtres. . .

V A Champlaiu, le nommé B., boucher de la paroisse,

9. Le colonel MacLean commandait un corps de troupes levées en Canada. Carleton n'avait pas en lui une grande confiance. De fait, il parait avoir joué un rôle de traître dans l'afifaire du Sault-au-Matelot, et "fut mis aux arrêts". (Invasion du Canada, p. 54, no, 118).

Page 1