‹ L'église du Canada après la conquête (volume 3)Chapitre 126 sur 209 · Coll. Haldimand, B. 66, lettre du 17 mars · texte numérisé non relu

Coll. Haldimand, B. 66, lettre du 17 mars

sont occupés par son «Journal intime,» qu'il commença à Londres le premier janvier 1786. Il y a de tout dans ce Journal ; et il y mentionne une infinité de personnages, depuis sa cuisinière, qu'il traite de « très mauvais sujet, » jusqu'au Roi, dont il vante les « gracieusetés « à son égard, jusqu'au Pape ^^, qui a fait présent à un de ses amis d'un petit tableau eu mosaïque : « C'est assurément, dit-il, la plus belle chose que j'ai vue dans le genre. »

Nous n'avons nullement intention d'analyser ce journal. Contentons-nous d'en citer quelques petits extraits qui peuvent donner une idée de la manière de l'auteur.

Dès les premiers mots, on voit qu'il était revenu du Canada, aigri contre les chefs de notre Eglise, qui pourtant ne lui avaient fait aucun mal :

« L'Evêque et Gravé, dit-il, se sont très mal conduits.»

Nous verrons plus tard ce qui probablement avait donné lieu à cette boutade.

Du reste, il n'a pas l'air, non plus, bien enchanté de l'Angleterre, son pays adoptif :

« Plus je connais ce pays, dit-il, et plus je m'aperçois que c'est la dernière des duperies de se fier sur la générosité de la Nation : les services rendus sont oubliés dans le moment qu'on n'a plus besoin de nous »,

Même note de désenchantement dans les lignes suivantes :

« Saint-Ours et le capitaine Scott ont dîné chez moi *°. Le premier nous a donné une fort mauvaise idée du gouvernement français : le Roi, fort absolu, et la Reine, fort galante : le Roi toujours de mauvaise humeur. Il est en France comme chez nous : tout est par esprit de parti, et par l'influence de quelques personnes au pouvoir. . . »

39. C'était alors le Pape Pie VI, quivoccupa le trône pontifical de 1775 à 1799.

40. D'après Brvniner, il aimait à recevoir les Canadiens de passage à Londres (Rapport de 1889, p. XXV).

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Il voit assez souvent des Canadiens, et il est bien aise d'avoir par eux des nouvelles de son ancien gouvernement, aujourd'hui aux mains de Dorchester:

« Le lieutenant Deschambeault arriva de Québec, et m'apporta des lettres du Colonel Hope *\ Mabane et Mathews, qui me donnent une idée de la confusion qui règne en Canada. Il paraît que Hope s'est très bien conduit. .. Le Chef de Justice *- s'est démasqué comme un sot, et Lord Dorchester observe un silence si profond que les meilleurs amis du gouvernement ne savent qu'en penser... Cependant tous les Canadiens, voyant l'Acte de Québec en danger, se sont réunis à M. Hope et aux vrais amis du gouvernement : ce qui a emporté la balance. . . »

Ceci était écrit au mois de juillet 1788; et c'était un tableau fidèle de la situation politique au Canada à cette date *^ Carleton est le véritable auteur de l'Acte de Québec: il y a des Canadiens qui demande son abrogation et un changement de constitution : AF'" Briand n'a pas voulu se joindre à eux. Carleton assiste impassible à la discussion. L'Acte de Québec est maintenu pour le moment ; mais avant longtemps il fera place à celui de 1791.

Çà et là, dans le Journal, un mot qui peint les mœurs de la haute société anglaise de l'époque. Voici, par exemple, pour les dîners et leur suite :

« Dîner chez Lord Sydney. . . Après dîner, je lui dis que Roubeau était dans la dernière des misères. . . Ou peut obliger les Jésuites de lui payer la pension qu'ils ont consentie, avec les intérêts, et même les intérêts des intérêts. Il l'avoua, et s'endormit. »

41. Henry Hope, qui avait succédé à Hamilton comme lieutenant gouverneur de Québec.

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