‹ L'église du Canada après la conquête (volume 3)Chapitre 183 sur 209 · Les Ursuliues de Q., t. III, p · texte numérisé non relu

Les Ursuliues de Q., t. III, p

De Montréal, le Prince se rendit à Chambly, puis â Sorel, et revint à Québec, qu'il quitta définitivement le mercredi 10 octobre.

Le Coadjuteur descendit à Québec au commencement d'octobre, mais retourna passer l'hiver à Montréal. Tout en effet semblait l'éloigner de Québec, oîi régnait depuis quelque temps un certain malaise provenant de malentendus, de différences de caractères, entre le vénérable évêque de Québec, M^*" Desglis, et son grand vicaire, M. Gravé. Le Coadjuteur faisait allusion à ce malaise dans sa lettre à M. Gravé, en date du 2 août, que nous avons citée au chapitre précédant :

«Je vois avec un vrai plaisir, disait-il, que votre vertu vous met au-dessus des tracasseries qu'on vous suscite... »

Qui, dans l'idée du Coadjuteur, suscitait au Grand Vicaire ces « tracasseries» dont il parle si lestement? sinon le vénérable Evêque de Québec, contre lequel il se prononçait de suite, sans plus d'explications, sans lui donner au moins le bénéfice du doute en sa faveur. M^^' Briand, comme nous allons voir, était plus juste, plus droit, mieux averti. Il commençait par établir que l'Kvêquc, dans l'administration de son diocèse, a toujours raison à priori \ c'est lui qui est évêque, c'est lui qui a la responsabilité. Si son grand vicaire croit qu'il a tort, il peut, il doit même le lui dire, mais avec toutes sortes d'égards et de ménagements. Or M. Gravé — plusieurs pièces des archives en font foi — n'était nullement d'une humeur facile, douce et accommodante : tout vertueux qu'il était, il avait quelquefois des mois bien rndes, qui n'étaient guère propres à adoucir Ic^s esprits, à toucher les cœurs. En voulons-nous un exemple? Ecrivant un jour un mandement aux habitants de l'Ile Verte et des Trois- Pistoles pour les inviter à mieux traiier le missionnaire que l'Evêque vient de leur envovtr :

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«Iv'Evêque a voulu, leur dit-il, vous civiliser, en vous dépouillant de cette grossièreté que vous auriez conservée sans le secours d'un curé ^».

Certes, on avouera que ce n'était pas là une parole bien douce et bien engageante.

M^^ Briand lui-même écrivant un jour tout intimement à son ami M. de LaCorne, à Paris, se plaignait des ennuis que lui avait causés M. Gravé, de plu«;ieurs actes qu'il ne craignait pas de taxer « d'impertinences et d'insolences,» et lui reprochait ses «mauvaises finesses ^ »

Le grand malheur, dans le cas présent, c'est que Plessis n'était plus là pour adoucir les rapports entre le vieil évêque de Québec, M^^ Desglis, et son grand vicaire : le Coadjuteur l'avait emmené à Montréal pour la visite pastorale. Ordinairement c'e!^t Plessis qui, de Québec, portait au vénérable curé de Saint Pierre les messages de M. Gravé, et il savait toujours leur donner une forme convenable.

Circonstance aggravante : il se trouvait que précisément à cette époque il y avait une question d'administration -qui passionnait les esprits, question toute locale, en apparence, mais devenue générale par suite d'un procès qui s'en était suivi : celle de la reconstruction de l'ég-lise d'Yamachiche, ou plutôt du site oîi on devait la reconstruire. Il paraît que l'Evêque avait changé deux fois d'opinion à ce sujet: quel est le supérieur à qui la chose ne peut arriver, sans qu'on puisse le taxer d'imbécillité ou d'incapacité pour le gouvernement ? M^^ Desglis, cela va sans dire, avait accepté de bon cœur le jugement final de la cour: écrivant au curé d'Yamachiche, M. Griault :

« Nous nous en tenons invariablement, dit-il, à la dernière

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