Rcg. III des lettres, lettre du 6 nov
pieuse, douce, à ce que je crois, polie et intelligente. Il lui faudra sans doute une autre fille ; mais que ce ne soit pas une jeune; car je souffre avec bien de l'impatience, qu'après une première ménagère catholique, l'on en ait d'autres qui, bien loin de l'être, sont souvent tout autre chose. »
Puis il ajoutait avec cette simplicité et cette bonté qui lui étaient si naturelles :
« Dites à cette chère et ancienne fille spirituelle, que j'ai bien souffert à la mort de son fils, et à cause de lui, et à cause d'elle ; que je n'ai pas manqué à prier pour lui, pensant que l'ignorance l'aura excusé auprès de Dieu, plein de miséricorde. De plus savants que lui ont erré et ont failli, hélas ! Dites-lui que j'ai regardé ce malheur comme une punition de n'avoir pas obéi à sa mère, dans l'affaire de son mariage. Dieu est toujours le même : P^re et mire honoreras^ afi,n de vivre lo7iguement. Il a été puni par une mort prématurée : j'espère qu'il ne l'est pas par une éternité malheureuse. Ce sont les sentiments dans lesquels je veux qu'elle soit ^ >»
Mais revenons au Coadjuteur, M^'" Hubert. Nous sommes au printemps de 1788. Il est au Séminaire de Montréal, où il a passé l'hiver, et il se prépare à continuer la visite pastorale du diocèse, qu'il a commencée l'année précédente. Il a visité la moitié du district de Montréal : il va visiter cette année l'autre moitié. Il vient de recevoir de son supérieur hiérarchique, M^'' Desglis, la belle lettre que nous avons citée au chapitre précédent, dans laquelle le bon vieux Prélat lui souhaite beaucoup de succès « dans sa nouvelle campagne, i» Il part joyeux et content, emmenant de nouveau avec lui M. Poujet *, curé de Berthier, et
3. Reg. III des lettres, p. 601, lettre à M. Dubois, curé de Saint- Cuthbert, 28 août 1776.
4. M. Poujet était parent de Louis Payet, le grand ami de Mgr Hubert, parent aussi de M. Denaut, son futur coadjuteur.
aussi, croyons-nous, le Père Well : du moins nous savons que le pieux Jésuite accompagnait aussi quelquefois l'Evêque dans ses visites pastorales. Le Père Well savait l'allemand, et M^*^ Hubert lui conféra des pouvoirs extraordinaires pour tous les Allemands qui pouvaient se trouver dans le diocèse ^
La visite était annoncée pour commencer à Longueuil le lo mai, et se terminer aux Trois-Rivières le 4 août. Le Coadjuteur avait vingt-neuf paroisses à visiter ; il y restait deux ou trois jours suivant l'importance de chacune : dans plusieurs il n'était qu'une journée. Voici, du reste, son itinéraire : Longueuil,|Bouclierville, Varennes, Verchères, Contrecœur, Saint-Antoine de Chambly, Saint-Ours, Saint- Denis, Saint-Hyacinthe, Saint- Charles, Saint-Jacques du Ruisseau Vacher, Saint-Roch de la Chute, Saint- Pierre du Portage, Repeutigny, Saint-Sulpice, LaValtrie, Saint-Paul, Lanoraie, Saint-Cuthbert, Berthier, l'Ile Dupas, Sorel, Saint-Michel d'Yamaska, le village des Abénakis, Saint- François du Lac, Le Baie du Febvre, Nicolet, Bécancour, les Trois-Rivières ®.
Chose remarquable : après avoir terminé sa visite à Saint-Charles, près Saint-Hyacinthe, le 8 juin, M»'^ Hubert s'était alloué quelques jours de repos, qu'il devait passer au Séminaire de Montréal, avant de reprendre sa visite sur la côte nord, à Saint- Jacques du Ruisseau Vacher, le 27 juin. Avait-il quelque pressentiment que le vénérable évêque Desglis pourrait bien mourir dans cette période, et qu'il lui faudrait se rendre en toute hâte à Québec recueillir sa succession et prendre possession du siège épiscopal ? C'est du moins ce qui arriva, précisément dans les jours libres qu'il s'était réservés, de sorte qu'il put faire le voyage de
S. Rég. D. E., 20 déc. 1788.
é. Mtnd. des Ev. de Q., t. II, p. 331.
Québec et revenir, sans déranger en rien le cours de sa visite.
Nous connaissons déjà celui qui était à cette époque curé de Longueuil, le bon M. Demeulle, si estimé de M^"" Briand. La paroisse avait alors 500 communiants et donnait 650 minots de dîme. M. Demeulle mourut l'année suivante et fut remplacé par M. Denaut, le futur successeur de M^' Hubert.
Boucherville avait alors pour curé, avec le titre de vicaire général, l'un des deux fils de la vénérable Mme d'Youville, Charles Youville-Dufrost, l'ancien curé de Saint-Joseph de Lévis. La paroisse comptait 800 communiants et donnait 600 minots de dîme. M. Dufrost mourut deux ans plus tard, et Boucherville fut desservi quelque temps par le curé de Longueuil, M. Denaut.
La paroisse de Varennes avait pour curé un homme d'un grand mérite, M. Duburon, qui refusa absolument le titre de grand vicaire que lui offrit M^' Hubert en 1790: si grandes étaient son humilité et sa modestie'^! Varennes comptait alors 8 à 900 communiants, et donnait à son curé 12 à 1300 minots de dîme. On se rappelle que M^'' Briand, lors de la nomination de son coadjuteur M^^ Desglis, lui avait alloué un certain revenu à prendre sur celui du curé de Varennes'.
Il y avait à Verchères 900 communiants, et la paroisse donnait 11 à 1200 minots de dîme à son curé, le Père Claude Carpentier, l'ancien curé de Longueuil.
Le curé de Contrecœur était M. Kimber. A Saint- Antoine, nous trouvons M. Louis Payet, l'ancien confrère de M»' Hubert au Détroit ; à Saint-Ours, M. Porlier, qui mourut l'année suivante ; à Saint-Denis le bon M. Cherrier,
7. On peut lire dans Tanguay, Répertoire du Clergé, p. 112, la magnifique lettre que M. Plessis lui écrivit à cette occasion.