ic de Mgr de Laval, t. I, p
23. L'église de Saint-François de la Rivière du Sud fut consacrée par ]\Igr Hubert le 18 août 1790.
24 Iv ÉGLISE DU CANADA
années entières avant de revoir en tournée pastorale son premier pasteur.
Hâtons-nous de dire que la visite de M^*" Briand, commencée en 1775 sous des auspices aussi peu favorables qu'ils l'étaient à cette époque, s'accomplit néanmoins avec tout le succès qu'on pouvait attendre dans de pareilles conjonctures. Le Prélat s'était fait un devoir de ne faire allusion nulle part aux passions politiques qui aveuglaient les esprits. Le pays était emporté par un courant d'idées presque irrésistible : il n'aurait servi à rien, pour le moment, de chercher à refouler ce courant : c'était une afifaire de temps, de luttes patientes, fermes et courageuses. Ce qu'il fallait avant tout, c'était de s'élever fortement contre les vices et les désordres qui ravagaient nos campagnes et attiraient sur elles la colère du Seigneur : et c'est ce que firent avec un zèle inlassable le Prélat et ses auxiliaires Lefranc et Pressart, Lefranc surtout, car Pressart, miné par la maladie qui devait l'emporter, s'en allait tout doucement vers la tombe.
Ce qu'il fallait également, c'était de fortifier l'autorité des curés, et de recommander aux fidèles le respect et la soumission aux pasteurs des âmes; c'était surtout, pour l'Evêque, de s'entendre parfaitement avec son clergé sur la conduite à tenir par rapport au Canadiens qui favoriseraient la rébellion américaine. C'est ce qu'il fit dans le cours de sa visite et ce qu'il continua à faire après. Tous ses curés lui étaient dévoués ; tous admiraient la justesse de son coup d'oeil et sa fermeté dans les principes : il n'eut pas de peine à les convaincre qu'ils devaient tous s'unir à lui pour enrayer le mouvement annexioniste et assurer la fidélité du pays à l'Angleterre.
Quelle admirable organisation que l'Eglise de Québec, l'Eglise des Laval, des Saint- Vallier et des Briand ! Comme elle parut avec éclat dans sa lutte contre le parti anglo-
américain de l'époque, ceux surtout que Carleton appelait " les têtes chaudes de Montréal, -* » qui voulaient entraîner les Canadiens dans leur révolte -^ ! D'un bout à l'autre de la Province, dans le clergé, il n'y a qu'un cœur et qu'une âme. Dans tout ce clergé, pas une seule défection, ou à peu près : paruju pro nihilo. Montgolfier, qui tient dans sa main celui de Montréal, s'entend parfaitement avec l'Evêque :
« Il me paraît, lui écrivait le vénérable Sulpicien, qu'il n'y a pas de difficulté, que tous ceux qui, en violant leur serment de fidélité (et même quand ils n'auraient pas fait formellement de serment) prennent les armes contre le Roi, sont hors des voies du salut, indignes de tous sacrements et de la sépulture ecclésiastique ^^ »
Il semble que M. Montgolfier, par la phrase incidente de sa lettre, ait voulu répondre à l'objection de ceux qui prétendaient n'avoir jamais prêté serment d'allégeance au Roi, et être libres par là même, dans les circonstances présentes, de prendre le parti qu'ils voulaient. — Ce n'est pas nous, disaient-ils, qui avons prêté serment, ce sont nos pères. Et encore, comment l'ont-ils prêté ? En masse, pour faire comme les autres, sans trop se rendre compte de leur acte, sous l'empire de la craiute d'être dépossédés de leurs biens, et même de perdre la vie, comme par exemple les habitants de la rivière Richelieu, qui, en 1760, à la vue de Jeffrey Amherst descendant à Montréal avec un corps d'armée, abandonnèrent leurs maisons et se sauvèrent dans les bois : il fit donner après eux, les désarma, leur fit prêter le serment
24. Archiv. du Canada. Papiers d'Etat, Q. 11, lettre de Carleton à Darmouth, 11 nov. 1774.
25. Nous avons une " liste des principales personnes qui ont servi les Rebelles avec ardeur ". Il v a 29 noms, tous de langue anglaise, excepté un : Pélissier, des Trois-Rivières, un Français, qui était directeur des Forges de Saint-Maurice. (Ibid., Q. 13, p. 105).