‹ L'église du Canada après la conquête (volume 3)Chapitre 89 sur 209 · M. DSMEULLE DESSERT SA PAROISSE · texte numérisé non relu

M. DSMEULLE DESSERT SA PAROISSE

DANS un de ces entretiens familiers, eu tête-à-tête, qu'affectionnait Carleton, avec les chefs spirituels de notre Eglise, il s'ouvrit un jour à M. Montgolfier, au Séminaire de Montréal, et lui fit part d'un projet qui paraissait lui tenir beaucoup au cœur :

« Est-ce que vous ne pourriez pas, lui dit-il, parmi tant de vos bons jeunes gens, m'en choisir un qui pourrait être comme le gouverneur et le précepteur de mes enfants ? Je serais flatté que vous vous occupiez de la chose ...»

M. Montgolfier, pris au dépourvu par la soudaineté de la proposition, ne sut d'abord que répondre. Puis, après un moment de réflexion :

« Excellence, lui dit-il, la fonction dont vous parlez est bien délicate, surtout par rapport à la religion,

« — Cet article ne me touche guère, répliqua Carleton. Ce que je voudrais, ce serait un jeune homme de mœurs et de manières, capable de retenir mes enfants, de s'en faire aimer et respecter, et de les former comme il faut à la langue française. . . »

Nous avons déjà dit quelque part que Carleton parlait lui-même admirablement le français.

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« Du reste, ajouta-t-il, vous comprenez parfaitement que rien ne presse. Prenez votre temps, pensez-y, et vous me communiquerez plus tard le résultat de vos réflexions.»

M. Montgolfier écrivant tout cela à M^^ Briand :

" Je ne vois personne ici, disait-il, qui puisse être présenté pour cette place. Il faudrait un homme sûr dans sa foi, et habile pour en jeter adroitement les semences dans ces jeunes coeurs. Il en est peu de capables, et ceux qui le seraient auraient peut-être bien de la peine à accepter la commission, ou à se faire goûter.

« Son Excellence, à cette occasion, ajoutait-il, sent et éprouve combien il serait à propos qu'on pût faire venir ici de bons maîtres d'Europe. Il se propose d'en conférer avec Votre Grandeur.

« Si ces enfants étaient plus âgés, le meilleur parti serait peut-être de les mettre au Collège, et de leur y donner un répétiteur ; mais il n'y a pas à y penser, à leur âge * ... »

Eu effet, le plus âgé devait avoir alors au plus cinq ans. Carleton avait épousé la fille du comte d'Effingham, dans son dernier voyage en Angleterre ; et l'on se rappelle la belle lettre de félicitations que M^*" Briand lui avait écrite à Londres en 1773 à l'occasion de ce mariage -.

Ces enfants, du reste, étaient, paraît-il, très intéressants et très aimables. Les Sauvages du Lac des Deux-Montagnes, qui les avaient vus, nous ne savons en quelle rencontre, en raffolaient ; et l'on sait avec quelle finesse ils caractérisaient par des noms de leur cru telle ou telle personne. Ils avaient donc donné des noms aux trois petits garçons de Carleton ; et l'abbé de Terlaie, leur missionnaire, ayant écrit au Gouverneur pour les lui expliquer, tout en lui envoyant quelques présents de la part de ces

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