Recherches historiques, vol. XVI, p
A Londres, il en fut pour M8r Briand comme il l'avait prévu, et comme le lui avaient dit et écrit ses amis Mills et Cramahé. Tout le monde fut content de le revoir, et il reçut partout le meilleur accueil. Ecrivant le premier mai à l'évêque d'Orléans :
" Avant-hier, disait-il, le ministre m'a dit que je pouvais partir pour le Canada, qu'on était bien disposé dans tous les Bureaux à favoriser les Canadiens en tout, même sur l'article de la religion, et qu'il ne doutait point que le Conseil du Roi ne fût du même sentiment et ne l'approuvât. Je me dispose donc, ajoutait-il, à partir lundi prochain, au plus tard. "
L'évêque d'Orléans, qui disposait en France de la feuille des bénéfices, lui avait fait voter une somme annuelle de trois mille livres, et cela, à la demande des Canadiens résidant à Paris depuis la Conquête :
" Je vous remercie de tout cœur, ajoutait l'évêque de Québec, des trois mille francs que vous m'avez accordés, et je vous demande d'ajouter à cette faveur celle de les faire expédier au plus tôt. Né sans biens, et pourvu d'une dignité sans revenu, je n'étais pas en état, sans secours, de me procurer les ornements nécessaires à mon ministère. Avec ce secours, j'espère les faire venir l'année prochaine, et j'en aurai à Votre Grandeur toute l'obligation. . . "
Né sans biens. . . Ces mots ne nous rappellent-ils pas une parole analogue de Notre Saint-Père le Pape Pie X, de si sainte mémoire? "Je suis né pauvre, j'ai vécu pauvre, et je veux mourir pauvre. " M51" Briand, lui aussi, nous le verrons, vivra jusqu'à la mort dans le plus parfait détachement des choses d'ici-bas.
On conserve à Québec, au Séminaire, un précieux souvenir du séjour de M61" Briand à Londres : une étole de saint Charles Borromée. Elle lui avait été donnée par le vicaire apostolique d'Angleterre, M81" Challoner, et elle fait partie du magnifique trésor de reliques que possède le Séminaire de Québec.
i6o l'église du canada
Parti de Londres avec M. Jacrau dans la première quinzaine de mai, il arriva à Québec le 28 juin au soir, le jour même du départ du gouverneur Murray à onze heures du matin pour se rendre en Angleterre. Les deux vaisseaux se rencontrèrent quelques lieues en bas de l'Ile d'Orléans; et M. Mills, qui avait fait la traversée sur le Petit-Guillaume avec M51* Briand, ainsi que deux ou trois autres personnages anglais, allèrent à bord du Commerce, où était le gouverneur, pour lui présenter leur respect. La Gazette de Québec, qui nous apprend ce détail, ne dit pas que l'Evêque alla avec eux saluer le gouverneur. Il se contenta sans doute de lui faire parvenir par son ami Mills ses bons souhaits de voyage, en même temps que ses regrets de n'avoir pu le voir avant son départ, lequel, comme on sait, fut définitif. Ces deux hommes, qui s'étaient connus, aimés, estimés et appréciés mutuellement, ne se revirent jamais.
Avant de quitter Québec, M. Murray avait donné au clergé de la ville et des environs un dîner 3, où il s'était montré très aimable, puis il avait laissé à M61" Briand la lettre suivante, qui prouve l'estime sincère qu'il avait pour le Prélat :
" Je désirais ardemment vous serrer la main et vous féliciter sincèrement sur votre promotion, événement dont je suis d'autant plus heureux que j'ai tout fait pour y contribuer, tant par mes lettres officielles au Roi et à ses ministres, que par mes sollicitations à mes amis, et en particulier à l'archevêque de York et à mon frère, le Doyen de Durham. Je recommande mes Canadiens à vos soins ; ils se sont conduits de manière à gagner pour toujours ma sincère affection. C'est avec regret que je les quitte; mais ma présence à Londres