RETOUR DE M^ BRI AND À LONDRES; AU CANADA
Trois jours après sa consécration, le 19 mars, fête de saint Joseph, M^ Briand quittait Paris, en route pour Calais, après avoir dit adieu à ses amis des Missions-Etrangères, à M. de LaCorne, à l'abbé de l'Ile-Dieu, à bon nombre de Canadiens qui se trouvaient alors en France. On voit qu'il suivait à la lettre les conseils de ses amis de Londres, et ne voulait mettre aucun tort de son côté. Il fallait arriver à Londres le plus tôt possible, faire bonne contenance, et tout en y mettant beaucoup de discrétion ne plus faire un mystère à personne de son élévation à l'épiscopat. Les Anglais, il en avait le ferme espoir, accepteraient de bon cœur le fait accompli, et seraient heureux de n'avoir plus à s'en occuper.
11 emmenait avec lui M. Jacrau, dont la santé s'était un peu refaite en France, et qui paraissait même plus en état que l'Evêque de supporter les fatigues du voyage :
" Je commençais à être inquiet, lui écrit à Londres l'abbé de l' Ile-Dieu, de votre passage de Calais à Douvres, qui, à ce que je vois par votre lettre, vous a fort incommodé. Je souhaite que vous me donniez des nouvelles de M. Jacrau, qui, à ce que j'ai vu par votre lettre, monseigneur, et par la sienne, soutient toutes les fatigues possibles, parce que tout irrite son zèle, et que rien ne le rebute \ "
1. Lettre de l'abbé de l'Ile-Dieu à Mgr Briand, 13 avril 1766.
A Québec, également, on avait hâte d'avoir des nouvelles. M. de LaCorne écrivit dès le 29 mars à ses confrères du Chapitre :
" Enfin, dit-il, notre affaire principale est consommée. . . Ce cher M. Briand est parti d'ici il y a dix jours. Il a dû arriver hier à Calais. Il sera incessamment à Londres, où il pourra bien rester quelque temps, mais j'espère qu'il n'y aura pas d'obstacles à son retour en Canada. . . Sa séparation m'a été des plus sensibles. Elle m'est toujours présente, et je ne puis vous en parler sans renouveler mes larmes. Je ne vois rien de si cruel que les adieux éternels.
" Jugez> messieurs, des assauts que le pauvre malheureux a eu à essuyer en laissant sa famille où il a été passer environ un mois. Sa respectable mère, qui est une vraie sainte, en a été malade, et ses frères et sœurs, qui sont des plus recommandables par leur probité et belles qualités, sont inconsolables. Les lettres que j'ai reçues à cette occasion m'ont véritablement attristé. Il faut en vérité autant de vertu qu'il en a, et de fermeté, pour avoir résisté et n'y avoir pas succombé. Vous avez un saint, messieurs; prions le Tout- Puissant de le conserver au Canada. Il ne se ménage pas assez ; je crains pour sa santé, qui n'est pas forte. C'est à vous à veiller, et à l'obliger à se ménager 2. . . "
M. de LaCorne terminait sa lettre par une nouvelle peu agréable au Chapitre: l'union de l'abbaye de Maubec aux Economats. Le Roi, cependant, en laissait la jouissance au Doyen, sa vie durant, l'obligeant seulement à l'entretien de l'abbaye, et au paiement d'une pension annuelle de quatre cents francs à chacun de ses confrères du Chapitre. Voilà tout ce qui leur restait pour partage, de cette belle et antique abbaye, que Mgr Laval avait reçue de Louis XIV pour son Eglise !