Lettre du 23 oct
coup déblatéré contre moi ; Dieu le lui pardonne ! Je n'y suis point sensible, mais uniquement à la perte de son âme, qui est inévitable, à moins de changement et d'une grande pénitence, car il aura à répondre non seulement de ses propres péchés, mais de tous ceux de ses vassaux, auxquels, selon les principes de la religion, il devrait donner bon exemple. Il aura à répondre à Dieu d'avoir retardé la bâtisse de son temple. . .
" Les raisons qu'apportent les gens pour soustraire quelque chose de leurs dîmes, ne les excuseront point au tribunal de Dieu. Ici la cupidité, la malice et la passion les leur montrent plausibles, mais là elles s'évanouiront. Hé! mon cher Hingan, que d'habitants qui se perdent par là! J'en ai souvent le cœur percé de douleur. . .
" Les syndics, ajoute le Prélat, m'ont dit que Vincelotte empêchait les gens de contribuer à la construction de l'église. Il n'a pas raison. S'il l'avait bien placée dès le commencement, il aurait église et presbytère sur sa seigneurie. Peutêtre ne s'en soucie-t-il pas. Tant qu'il vivra, on ne viendra à bout de rien. Je le livre à la justice de Dieu, que ces ouvrages regardent plus que moi. C'est là où j'ai recours, dans la rébellion et la désobéissance. . . "
On est surpris de la longanimité de M.^ Briand à l'égard de ce personnage. Il était le beau-frère d'un vénérable prêtre, M. de la Coudraie, décédé curé de Varennes. Le prélat lui écrit un jour à lui-même pour lui rappeler le souvenir de ce saint prêtre, espérant que ce souvenir le ramènera à des sentiments plus chrétiens :
" Faites réflexion, je vous prie, à ceci, lui dit-il : c'est l'amour le plus tendre qui me fait parler. M. de la Coudraie, qui était mon véritable ami, et auquel vous appartenez, est un lien qui m'a toujours attaché à vos intérêts, auxquels je sacrifierais bien volontiers les miens, s'ils y étaient seuls compromis. . . "
2l6 l'église du canada
Et les habitants de la Pointe-à-Lacaille, où en étaient-ils avec leur église? Ils auraient dû apprécier l'honneur que leur avait fait leur Evêque, en allant les visiter, eux, avant tout le reste de la colonie. Eh bien, à eux aussi il est obligé d'écrire quelques semaines après sa visite :
" Rien, Nos Très Chers Frères, ne nous afflige davantage que l'obligation de donner des ordres, particulièrement lorsqu'il s'agit des intérêts de Dieu et de la religion. Nous voudrions les peuples, dans ces occasions, se porter d'eux-mêmes et sans contrainte à tout ce que le devoir leur prescrit. Combien plus grande encore est notre douleur, lorsque nous prévoyons que nos ordonnances affligeront! Ce fut le motif qui m'engagea, aussitôt après mon arrivée dans cette colonie, à me transporter chez vous, dans la flatteuse espérance que peut-être je viendrais à bout de vous persuader et de vous réunir tous dans le même sentiment. Je n'ai pas eu l'avantage de réussir ; chacun a persisté opiniâtrement dans sa première résolution. . .
" Nous avons attendu avec patience que la réflexion et la crainte d'encourir l'indignation du Seigneur ramèneraient au devoir ceux qui persistaient dans leur opposition. Mais nos espérances ont été trompées, nos démarches inutiles. . . "
Le Prélat se décide alors à ordonner la construction de l'église :
" Elle sera bâtie, dit-il, au lieu qui a déjà été fixé par l'autorité, " chez Roussin, contre la Rivière ".
Il leur rappelle qu'il a parcouru en tous sens leur paroisse, et que c'est par conséquent avec connaissance de cause qu'il rend cette ordonnance :
" La paroisse, ajoute-t-il, ayant la figure d'un fer à cheval, l'église, par ce moyen, se trouve comme au milieu, et à peu près à une égale distance des deux grandes extrémités.
" Nous ne faisons, du reste, que confirmer l'ordonnance
de notre prédécesseur, qui a marqué la place de l'église " chez Roussin, à quelques pas de la Rivière-du-Sud 8. "
Six ans plus tard, l'église n'était pas encore construite, et l'Evêque était obligé d'écrire de nouveau aux habitants de la Pointe-à-Lacaille, pour leur rappeler sa visite de 1766, le parcours qu'il avait fait de leur paroisse " le long du fleuve et le long de la rivière ", et l'ordonnance qu'il avait rendue après avoir " visité la place et consulté plusieurs personnes ". Il renouvelait cette ordonnance, et les exhortait à s'unir pour rebâtir leur église " sur le terrain ci-devant acheté de Roussin " :
" Allez voir le Cap-Santé, ajoutait-il, et la paroisse de Sainte-Foy : ils ont bâti une église et un presbytère. Toutes les autres paroisses se sont rétablies depuis la guerre : il n'y a que vous autres qui depuis plus de quinze ans n'avez pas encore eu assez de zèle de la gloire de Dieu pour lever tous les obstacles qui vous empêchent de travailler.
" Si vous vouliez, ajoute-t-il, vous réunir les uns et les autres, vous seriez en état d'élever au Seigneur le plus beau temple qui soit dans cette colonie. "
Et qu'on ne croie pas qu'on était à cette époque bien exigeant pour les édifices du culte et pour les presbytères. A la Pointe-à-Lacaille, par exemple, il fallait aussi bâtir un presbytère, puisqu'on changeait la place de l'église. Eh bien, sait-on quelles dimensions devait avoir ce presbytère? Trente pieds 9 !
L'église et le presbytère se bâtirent, grâce à la bonne volonté du plus grand nombre des habitants. Mais il restait toujours quelques récalcitrants. Le gouverneur intervint. Ils méprisèrent ses ordonnances :