Ibid., p. 283, lettre de
vrier 1774, et fut alors remplacé par M. Pressart, du séminaire de Québec.
Notre Prélat aurait voulu faire le plus tôt possible la visite de son diocèse, qui n'avait pas vu d'évêque depuis plus de dix ans. Il sent qu'il y a partout des difficultés à régler, des misères à faire disparaître, des abus à corriger, des âmes à sauver. Il partirait de suite, s'il était libre de le faire; mais il a les travaux de son évêché à surveiller, ceux de la chapelle du séminaire, qu'il veut mettre en état de lui servir de cathédrale. Et puis, il tient à être ici pour l'arrivée du nouveau gouverneur, Sir Guy Carleton, qui est attendu à Québec dans le cours de l'automne.
Dans l'impossibilité où il est de faire immédiatement la visite de tout son diocèse, il veut du moins courir au plus pressé. Deux curés le réclament absolument dans leurs paroisses : celui de la Pointe-à-Lacaille et celui du Cap Saint- Ignace. Ils ne peuvent venir à bout de faire exécuter les ordonnances de son prédécesseur, Msr de Pontbriand. Ah, l'indocilité des Canadiens ! Que de fois Msr Briand aura à s'en plaindre !
" Quand, contre mon inclination, écrit-il un jour, je me suis chargé du pesant fardeau de l'épiscopat, je n'ai jamais imaginé que je rencontrerais dans le peuple canadien tant d'indocilité. . . Je m'étais persuadé que, tout en changeant de domination, ils avaient compris qu'il fallait changer de conduite quant aux affaires de la religion. Je me suis trompé, et je vois qu'en toute occasion, et dans toutes les affaires de mon ressort, il faut que vous consultiez procureurs, avocats, et que vous ne rougissiez pas de traîner votre évêque et votre pasteur de tribunaux en tribunaux, et de juger votre juge, qui vous tient la place de Dieu, et dont vous devriez respecter la décision, même pour les choses temporelles 5. . . "
5. Ibid., Reg. III des lettres, p. 429, lettre au curé de Sainte-Rose, 26 sept. 1768.
A la Pointe-à-Lacaille, il s'agit de rebâtir l'église, à peu près détruite à l'époque du siège de Québec, et, comme il arrive souvent, l'on ne s'entend point sur l'endroit où il faut la bâtir. Cet endroit a déjà été déterminé, pourtant, par l'autorité diocésaine; mais il y a des opposants qui veulent que l'église soit reconstruite à la même place qu'elle occupe depuis le commencement de la paroisse. Le démon de la discorde est là, et l'Evêque veut entreprendre de l'en chasser. Il part donc et se rend chez le curé Maisonbasse, puis avec lui parcourt la paroisse d'une extrémité à l'autre le long du fleuve, et aussi le long de la Rivière-du-Sud, se convainc par lui-même que l'église a été bien placée " chez Roussin, contre la Rivière ", rassemble les paroissiens et les exhorte à s'unir pour bâtir leur église à cet endroit, le seul convenable, le seul propre à accommoder tout le monde.
Puis il se rend au Cap Saint-Ignace, la paroisse voisine, où se dresse depuis vingt ans une difficulté du même genre. Ceux qui ont lu notre volume précédent se rappellent que Mgr de Pontbriand, après avoir fixé dans la seigneurie Gamache l'endroit de l'église à bâtir, s'était décidé, sur les représentations du seigneur Vincelotte, à permettre, moyennant certaines conditions, qu'elle fût construite dans la seigneurie de celui-ci. Les Gamache s'étaient opposés au changement, et avaient empêché la construction de l'église. Pour concilier les divers intérêts, l'autorité ecclésiastique proposa de la bâtir entre les deux seigneuries ; mais Vincelotte se mit en travers de ce nouveau projet, et empêcha les travaux. La visite de Mgr Briand n'eut aucun effet pour la pacification des habitants du Cap, et le Prélat leur adressa quelques semaines plus tard une lettre de reproches :
" Aussitôt après mon arrivée à Québec, leur dit-il, abandonnant toute autre affaire, je me suis transporté chez vous. Vous avez été témoins de mes sentiments, vous avez pu connaître que je n'avais aucune acception de personnes, et n'avais égard qu'à la commodité des habitants.
214 Iv ÉGLISE DU CANADA
" Nous lisons dans la sainte Ecriture que les Juifs ayant négligé de rétablir la maison du Seigneur, il leur envoya un prophète pour les avertir de la source de la misère et de la disette qu'ils souffraient depuis leur retour de Babylone: "Vous semez beaucoup, leur dit le Prophète, et vous ne " recueillez point, les chardons étouffent vos blés, les vers " les mangent, la rouille et la teigne dévorent vos moissons. " Tout le fruit de vos travaux périt. C'est, ajoute-t-il, parce " que vous avez négligé la maison de Dieu 6. . . "
" Je voudrais, continue le Prélat, pouvoir vous contenter tous, mais cela est impossible. Je me gêne même beaucoup en mettant votre église à la route. C'est en partie pour contenter la famille des Gamache, afin que, s'ils n'ont pas l'église, ils en soient moins éloignés et qu'ils n'aient pas lieu de se plaindre 7. . . "
Puis il leur rappelle qu'il y a vingt ans que la place de l'église a été marquée, et qu'ils n'ont encore rien fait; et il les menace de leur retirer leur curé, et de les faire desservir par celui de l'Islet: menace qu'il est obligé d'exécuter en effet les années suivantes :
" Vous avez méprisé, dit-il, toutes mes exhortations. Mes raisons, vous les avez sifflées, et n'y avez fait aucune attention. . . "
Franchement, lorsque l'on parcourt les documents de l'époque, l'on ne peut s'empêcher d'avouer que les Canadiens d'aujourd'hui, loin d'avoir dégénéré, sont infiniment meilleurs que leurs pères.
Vincelotte, par son opposition et ses mauvais conseils, faisait un mal incroyable dans sa paroisse :
" M. Vincelotte, écrit M61- Briand au curé Hingan, de l'Islet, qui desservait le Cap, a encore, à son ordinaire, beau-