Les Ursulines de Québec, t. III, p
23. Murray n'était que le troisième lieutenant de Wolfe à la bataille des Plaines d'Abraham ; mais les deux premiers, Moncton et Townshend, ayant été blessés, et obligés de retourner en Angleterre, la charge honorable de commander à Québec échut à Murray. (Constitutional Documents, t. I, p. 22).
le continua dans son gouvernement, nomma le général Gage gouverneur de Montréal, et le colonel Burton gouverneur des Trois-Rivières : le tout sous le bon plaisir du Roi, qui confirma ces nominations, ainsi que les cours eu chambres de justice qui furent établies dans chaque gouvernement, et donnèrent généralement satisfaction aux Canadiens. Tout s'y faisait en français, et suivant nos lois et coutumes françaises. Chacun des trois gouverneurs avait à son service un secrétaire Suisse français 24, et rendait généralement ses ordonnances et ses jugements en français.
" Du reste, nous dit un historien, les Canadiens, un peu défiants, s'arrangeaient de façon à vider leurs différends à l'amiable, en appelant des notables ou le curé comme arbitres. Les études des notaires de cette époque contiennent des centaines de transactions de ce genre, qui avaient la vertu d'une sentence finale 25. "
Voici ce que dit un des premiers publicistes canadiens qui écrivirent sur la période qui suivit immédiatement la Conquête :
' 'Les gouverneurs de cette époque n'avaient rien tant à cœur que de nous attacher à eux, en conservant nos usages et nos lois. L'on n'apercevait nulle part la prétention d'introduire les lois anglaises, et encore moins celle de juger suivant la loi martiale. . . Les cours de justice n'avaient de militaire que le nom, qu'elles avaient pris des juges qui y présidaient 26. "
Il faut dire la même chose du régime des quatre premières années qui suivirent la Conquête : on l'a appelé le régime ou le règne militaire, parce que le gouverneur du Canada
24. Cramahé, secrétaire de Murray; Mathurin, secrétaire de Gage; J. Bruyères, secrétaire de Burton.
25. J.-Edmond Roy, Histoire de la Seigneurie de Lauzon, t. III, p. 10.
26. Mémoires de la Société historique de Montréal, Règne militaire en Canada, p. 41.
î l'était autre que le Chef des Troupes Britanniques de l'Amérique, et que ceux qui administraient, sous lui, les trois gouvernements canadiens, appartenaient, eux aussi, à l'armée anglaise qui occupait encore le pays. Ce régime n'avait de militaire que le nom : rien de plus juste et de plus bienfaisant, en général, que ce régime, surtout lorsqu'on le compare avec la première constitution qui nous fut donnée après le Traité de 1763, avec ce régime despotique qui substitua les lois anglaises à nos lois françaises, et exigea de ceux qui voulaient, prendre part à l'administration du pays le serment anticatholique du test.
Tant que le sort du Canada ne fut pas scellé, le pays n'étant pas encore cédé officiellement par la France à l'Angleterre, celle-ci avait tout intérêt à ménager les Canadiens. Notre pays était conquis, il est vrai ; mais était-on absolument sûr de le garder? était-on bien certain de la tournure que pouvaient prendre les choses en Europe? Pour les Canadiens, surtout, on sait que leur espérance de retourner à la France n'était pas éteinte dans leurs cœurs, non seulement ceux des campagnes, mais ceux de la classe instruite : nous lavons montré dans le volume précédent 27.
On ne trouve généralement rien de blessant pour les Canadiens dans la correspondance des gouverneurs de l'époque: tout au plus peut-on signaler une boutade du Suisse Haldimand, le futur gouverneur du Canada ; mais alors il n'était que gouverneur des Trois-Rivières, où il avait remplacé Burton, devenu gouverneur de Montréal. Ecrivant à son ami Gage, qui, lui, avait remplacé Amherst à New-York :
" Je voudrais, disait-il, que nous fussions débarrassés de toutes les Croix de Saint-Louis et de tous les prêtres 28. "