CHAPITRE XXII
PREMIÈRE VISITE PASTORALE DE Mgr BRIAND (suite)
Kamouraska était, pour cette année, le terme de sa visite, du côté de l'est; mais il y avait plus loin, en descendant, de nombreux établissements éparpillés çà et là. Un certain nombre d'habitants de la Rivière-du-Loup, de l' Ile- Verte et des Trois-Pistoles lui présentèrent une requête demandant la permission de bâtir une église. Il leur répondit, après la visite, à son retour à Québec :
" Nous sommes trop persuadé, Nos Très Chers Frères, de votre attachement à notre sainte religion pour entrer en soupçon de la sincérité des sentiments que vous nous exposez dans votre requête. D'ailleurs, l'équité de M. Fraser qui nous a rendu de vous les mêmes témoignages, vous met à l'abri de toute atteinte. Mais en même temps que nous sommes consolé de trouver en nos chers frères une foi si vive et si constante, nous sommes affligé de ne pouvoir vous aider aussi efficacement et aussi promptement que nous le voudrions ; car vous pensez bien que je ne puis vous donner actuellement un Pasteur, quoique je le désire très fort : je n'en ai point. Mais nous espérons que Dieu pourvoiera à la conduite de son Eglise en lui donnant des pasteurs. C'est dans cette ferme confiance en la bonté de Dieu pour ses fidèles serviteurs que nous consentons que vous bâtissiez une église et un presbytère dans la Rivière-du-Loup, au lieu que vous indiquera M. Fraser, vous exhortant à suivre exacte-
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ment les sages et judicieux conseils que ce monsieur voudra vous donner *. . . "
En revenant de Kamouraska, Msr Briand faisait la visite de la Rivière-Ouelle, que desservait alors M. Dosque, excellent prêtre français, qu'il devait nommer deux ans plus tard à la cure de Québec 2. Songeait-il dès lors à cette nomination? Nous ne le croyons pas. D'abord, la cure de Québec n'était pas vacante: M. Récher ne mourut que l'année suivante. Et puis, eût-elle été vacante, l'homme qu'il songeait à y placer était M. Porlier, curé de Sainte-Anne. Malgré les défauts qu'il lui reprochait, comme nous l'avons vu, M. Porlier était son homme: il avait beau faire ce que M81" Briand appelait des " équipées ", il avait beau parler contre l'Evêque, le critiquer, tout était sinon pardonné, du moins oublié, et Porlier rentrait dans ses bonnes grâces. Il avait demandé la cure de Québec :
" Je n'y ai point de répugnance, écrit l'Evêque à M. Marchand. Je la lui eusse donné bien volontiers, et avec le sentiment que c'était un des capables, avant ses équipées. Ce printemps, il a encore parlé mal, dans des maisons distinguées de Québec, et, entre autres choses, qu'il ne ferait pas difficulté de célébrer le mariage de catholiques avec protestants, chose que la religion condamne de tout temps, que la Sorbonne et le Souverain Pontife défendent absolument. J'en ai les décisions par écrit. C'est ignorance dont on peut le faire revenir. Qu'en pensez-vous 3? "
Ce qui fit échouer l'affaire de Porlier, c'est précisément le manque de désintéressement que Mgr Briand lui avait déjà
1. Archiv. de l'Ev. de Q., Reg. C, mand. de Mgr Briand aux habitants de la Riv.-du-Loup, de l'Ile-Verte et des Trois-Pistoles, 12 sept.
2. Ibid., Provisions de la cure de Québec pour M. Dosque, 5 nov. 1769. — Sur M. Dosque. voir Henri de Bernières, p. 353.