‹ L'église du Canada après la conquêteChapitre 134 sur 220 · Lettre du 8 juin · texte numérisé non relu

Lettre du 8 juin

reproché un jour. Le Prélat lui ayant, en effet, offert la cure de Québec, après la mort de M. Récher et la démission du Séminaire de tous ses droits à cette cure, Porlier s'informe des revenus qu'elle peut donner,, et ne les trouvant pas suffisants, écrit aux marguilliers qu'il ne peut accepter, à moins qu'on ne lui assure un supplément de cent cinquante louis 4. Les marguilliers lui répondent par un refus très poli, il répond lui-même à l'Evêque qu'il n'accepte point la cure, M. Latour-Dézéri qui la dessert depuis la mort de M. Récher reste curé d'office jusqu'à l'automne, alors qu'il entre chez les Sulpiciens, et M. Dosque devient curé titulaire de Québec.

M. Dosque aurait bien voulu être chanoine honoraire, comme M. Récher — si grand est l'attrait des honneurs ! — mais Msr Briand lui fit comprendre que la chose, pour le moment, souffrirait trop de difficultés 5.

Lorsque M. Dosque mourut en 1774, M87 Briand songea encore à Porlier: celui-ci avait je ne sais quel aimant qui l'attirait :

" Je travaille toujours à vous faire curé de Québec, lui écrit l'Evêque, et vous seriez, dans mon projet, chanoine. Mais j'y trouve des oppositions qui me surprennent, et de toutes parts. M. Cramahé n'a pu aller contre mes raisons, mais il est soufflé. Malgré tout ce que vous avez fait écrire ou parler contre moi, mon cœur n'est point changé, et il est le même pour vous qu'il était il y a vingt-cinq ans. Je me flatte que vous chercheriez la gloire de Dieu et le salut de mon peuple; que votre caractère doux et riant, que votre esprit, votre éducation, votre savoir-vivre, votre religion, qui se réveillerait et par les exemples et par les sentiments d'honneur, votre attachement à la religion de vos pères et à votre patrie, votre amour-propre même, votre ancienne affection

4. Archiv. paroissiales de X. D. de Q.. assemblée du 20 août 1769.

5. Lettre à M. Dosque, curé de Q., 18 oct. 1772, Reg. IV, p. 357.

pour Jean Briand vous engageraient à vous conduire suivant les principes de la foi et de la subordination de la hiérarchie ecclésiastique; et je ne vous crains point, et je ne présume pas que vous puissiez ni veuillez même me donner, comme l'on dit, du fil à retordre. "

Ce que l'Evêque lui écrit ensuite nous laisserait quasi soupçonner que Porlier n'était pas exempt de ce que l'on appelle aujourd'hui " modernisme " :

" Il est vrai, dit-il, que vous paraissez avoir trop lu de nouveaux livres, et vous être laissé enticher de nouveaux systèmes; mais je me figure toujours qu'il n'est pas impossible de vous convaincre et de vous persuader même chrétiennement de leur opposition à la religion et aux bonnes mœurs.

" D'ailleurs, ajoute-t-il, le sentiment intérieur et continuel que j'ai toujours conservé, malgré les drôleries (permettezmoi ce terme le plus doux), pour vous donner cette place, m'engage à désirer toujours que vous l'occupiez, et à penser que c'est la volonté de Dieu. N'allez pas croire que c'est superstition: je ne me connais point, si je suis taché de ce vice 6. . . "

Il faut croire cependant que Dieu ne l'appelait pas à la cure de Québec. Diverses circonstances qu'il serait trop long de raconter vinrent entraver les plans de M61- Briand. Le Prélat se vit obligé de se contenter pour le moment d'un curé d'office, M. Beaumont ; et ce fut M. David-Augustin Hubert qui devint l'année suivante curé titulaire de Québec. M. Porlier dut se contenter trois ans plus tard de la cure de Saint-Ours.

Ajoutons, pour en finir avec ce curé, qu'il avait même — fait assez curieux pour l'époque — composé un ouvrage, nous ne savons sur quel sujet; mais l'Evêque s'opposa à sa publication :

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