Lettre du 15 oct
7. Toute la correspondance de Mgr Briand avec Paris et Rome passait par Londres. Le correspondant de l'Evêque à Londres, à cette époque, était un M. Vaillant. (Archiv. de l'Ev. de Q., lettre de l'abbé de l'Ile-Dieu à Mgr Briand, 4 juin 1767).
sible à ses chers Jésuites du Canada le coup qui les frappait. Voici ce qu'il écrivait à ce sujet au cardinal Castelli :
" Les ci-devant Jésuites se sont soumis avec toute la docilité qu'on peut désirer au Bref de Sa Sainteté qui détruit leur Institut. Ils ont reconnu leurs privilèges éteints, et se sont remis entièrement à ma disposition. Le gouverneur a voulu que je ne changeasse rien à l'extérieur, dans les circonstances présentes: i° à cause de l'embarras où le jettent les tracasseries des Anglais établis en Canada, qui paraissent vouloir se pourvoir contre le Bill que le Parlement a fait en faveur des Canadiens catholiques 8 ; 2° parce que l'Officier (Amherst) qui a conquis le Canada demande les Biens des Jésuites, que lui (Carleton) s'efforce de conserver pour l'utilité de l'Eglise du Canada ; 30 parce que le gouvernement ayant pris sur lui de les laisser s'éteindre sans les molester, il suffit, dit-il, d'en demeurer là pour le présent. C'est pourquoi j'ai pris le parti de nommer les mêmes supérieur et procureur, qui gèrent les Biens sous mes ordres. Ils ne sont que quatre dans la ville, et huit autres dans des missions soit de Français, soit de sauvages : places qu'il me serait impossible de remplir, si j'étais obligé de les retirer. C'est le moyen qui m'a paru mieux accorder les ordres de Sa Sainteté avec les vues du gouvernement.
" Il y avait des indulgences dans leurs églises pour les jours de fêtes de la Circoncision, des martyrs du Japon, de saint Louis de Gonzague, de saint François Régis, de saint François de Borgia, de saint Stanislas de Kotska, de saint François Xavier, pour la neuvaine que l'on finit le 12 mars, et qui fait des biens infinis dans les villes de Québec et de Montréal. Il y avait des Saluts tous les jeudis et samedis de chaque semaine. S'il était possible que tout continuât sur le même pied, je le pense convenable, et je prierais Votre
8. L'Acte de Québec. — Constitiitional Documents, p. 413, 473, etc.
Eminence de le faire agréer à Sa Sainteté. Au reste, je suis soumis, je n'ai d'autre vue que de conserver la même piété dans mes ouailles.
" Reste la Congrégation, dont ces Pères étaient les conducteurs. Je les en ai encore chargés ; mais les indulgences en sont peut-être éteintes. Ce serait encore une nouvelle grâce, si Votre Eminence les faisait renouveler, soit que je me servisse de ces prêtres, soit que je pusse dans la suite me servir de prêtres séculiers 9. . . "
La bonté et la condescendance de Mgr Briand pour les Jésuites éclatent encore davantage dans la lettre qu'il écrit vers le même temps aux Dames de Pontbriand :
" Vous avez su longtemps avant moi la triste catastrophe des Jésuites. Elle m'a affligé, et mis ma foi à l'épreuve. Qu'il m'en a coûté pour dire à ces bons Pères que j'avais le Bref du Souverain Pontife et l'ordre de le signifier! Leur prompte soumission, leur entière docilité ne m'ont pas soulagé dans ma peine ; au contraire, elles l'ont rendue plus sensible. Le soulagement est venu du côté d'où je ne l'espérais pas : du gouvernement lui-même, tout protestant qu'il est. Ainsi nos Jésuites ont encore l'habit de Jésuites, ont encore la réputation de Jésuites, font les fonctions de Jésuites, et il n'y a que le gouvernement, moi et mon secrétaire qui sachent en Canada qu'ils ne sont plus Jésuites, eux exceptés. Je rends compte au Souverain Pontife de toute ma conduite, et j'ai la hardiesse de lui demander toutes les indulgences qui se gagnaient dans leurs maisons, cependant sous mes ordres et ma direction, lui marquant que j'ai établi les mêmes supérieur et procureur, afin de répondre à ses ordres, et les ai laissés dans le même extérieur, pour entrer dans les vues du gouverneur.
" Je suis entré dans ce détail, persuadé qu'il vous ferait
g. Lettre du 6 nov. 1774.
plaisir. Est-il à propos que vous le communiquiez? Tout se divulgue, et s'étend plus loin qu'on ne l'imagine. Je m'en rapporte, mesdames, à votre discrétion. . . "
Le pieux Evêque ajoutait ensuite:
" Notre illustre gouverneur, après quatre ans d'absence passés à Londres, pour obtenir du Roi et du Parlement un Bill favorable à notre religion et à ceux qui la professent, vient d'arriver 10, il y a environ six semaines. Je suis toujours dans son estime, sa confiance, et j'oserais dire son amitié. Cela aide à me soutenir dans une infinité d'autres croix que mes ouailles me font porter depuis plus de huit ans X1, mais dont, en vérité, saint François de Sales ne se serait point plaint 12. . . "
Les bons procédés de Mgr Briand à l'égard des Jésuites, après leur suppression, n'étaient pas sans lui causer certains sciupules, comme on peut s'en convaincre par une de ses lettres au Nonce de Paris :
" La Bulle du Pape qui abolit les Jésuites, dit-il, m'a embarrassé, parce que je manque de prêtres. Je la leur ai signifiée, ou plutôt lue, et leur ai dit en même temps de rester dans leur maison, de porter leur habit, de servir l'Eglise comme à l'ordinaire, et de garder le secret: tout ceci est de concert avec le gouverneur. Personne dans le Canada ne sait le secret. Je l'ai écrit au Souverain Pontife : sa mort 13 me sera peut-être favorable : son successeur 14 ne me blâmera peutêtre pas. Au reste, je n'ai pas cru que le temps fût propre à exécuter cette Bulle. Les conquérants demandent le bien de ces religieux : je veux le conserver à l'Eglise, et notre aimable